PROPOSITIONS POUR L'EMPLOI parties1&2/4

Rapport envoyé aux parlementaires socialistes et au Parti Socialiste 

le 11 février 2013

 

PROPOSITIONS DE CREATION D'EMPLOIS 

 

EN FRANCE

 

NOUVELLE APPROCHE DES PRIORITES

 

DE PRODUCTION ET DE SERVICES

CONTRE-RAPPORT GALLOIS


Didier BERTIN - 11 FEVRIER 2013

PARTIES 1 et 2 sur quatre

 

TABLES DES MATIERES

 

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE : L'EVOLUTION DE L'EMPLOI DANS LES ECONOMIES DEVELOPPEES

I-L'ACCROISSEMENT DES SERVICES

II-LES FACTEURS REELS DE DESTRUCTION D'EMPLOIS

1-L'augmentation de la productivité

2-La déformation de la structure de la demande

3-Les échanges extérieurs

DEUXIEME PARTIE:POLITIQUE DE GRIBOUILLE - MIRAGE ALLEMAND
ET RENONCEMENT AUX VALEURS DE LA GAUCHE

I-LE RAPPORT DE L'ANCIEN CO-PRESIDENT D'EADS (5 novembre 2012)

II-LE RENONCEMENT AUX VALEURS DE LA GAUCHE (13 novembre 2012)

TROISIEME PARTIE: LA PROBLEMATIQUE DE L'EMPLOI

I-LES PRINPALES ENTREPRISES DANS LE MONDE

1-CRITERES DE FORBES

2-REPARTION GEOGRAPHIQUE DES MEILLEURES ENTREPRISES MONDIALES

3-REPARTITION SECTORIELLE DES MEILLEURES ENTREPRISES MONDIALES

4-PRINCIPAUX CRITERES UTILISES POUR MESURER L'IMPACT DES ENTREPRISES DANS LEUR SECTEUR EN MATIERE D'EMPLOI

5-PAYS DE REFERENCE POUR L'EMPLOI

II-PANORAMA DE L'ACTIVITE DES MEILLEURES ENTREPRISES MONDIALES PAR SECTEUR AUX ETATS UNIS, AU JAPON, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE ET LEUR IMPACT SUR L'EMPLOI

1-ETATS UNIS
2- JAPON
3-ALLEMAGNE
4-FRANCE

III -CONCLUSION DE LA TROISIEME PARTIE

QUATRIEME PARTIE: ANALYSE SECTORIELLE ET PROPOSITIONS POUR ACCROITRE L'EMPLOI

I-METHODE

II-INDUSTRIES DE BASE ET DE TRANSFORMATION

III-INDUSTRIES DE HAUTE TECHNOLOGIE

IV-INDUSTRIE ALIMENTAIRE

V-INDUSTRIE AUTOMOBILE

VI-TRANSPORTS

VII-COMMUNICATIONS

VIII - DISTRIBUTION

IX-PRODUITS ET SERVICES DESTINES AUX ENTREPRISES ET CONSOMMATEURS PRIVES

X -SERVICES AUX ENTREPRISES

XI-BANQUES ET ASSURANCES

XII- ENERGIE

XIII -TOURISME - UN ATOUT MAJEUR POUR LA FRANCE

XIV-MISSION DES MAIRIES ET AUTRES AUTORITES LOCALES

 

CONCLUSION GENERALE


17 ANNEXES

ANNEXE 1 - LES 1 800 MEILLEURES ENTREPRISES MONDIALES

ANNEXE 2 - ETATS UNIS - ENTREPRISES

ANNEXE 3 - JAPON -ENTREPRISES

ANNEXE 4 - ALLEMAGNE - ENTREPRISES

ANNEXE 5- FRANCE - ENTREPRISES

ANNEXE 6 - INDUSTRIES-BASE ET TRANSFORMATION

ANNEXE 7 - INDUSTRIE DE HAUTE TECHNOLOGIE

ANNEXE 8 - INDUSTRIE ALIMENTAIRE

ANNEXE 9 - INDUSTRIE AUTOMOBILE

ANNEXE 10 - TRANSPORTS

ANNEXE 11 - COMMUNICATIONS

ANNEXE 12- DISTRIBUTION

ANNEXE 13-PRODUITS -SERVICES -PARTICULIERS & ENTREPRISES

ANNEXE 14 - SERVICES AUX ENTREPRISES

ANNEXE 15 - BANQUES ET ASSURANCES

ANNEXE 16 - ENERGIE

ANNEXE 17 - TOURISME

 

 

 

INTRODUCTION

Six mois seulement après les élections présidentielles et 5 mois après les élections législatives qui ont permis aux candidats du Parti Socialiste d'occuper le poste de président et d'être à la fois majoritaires à l'Assemblée Nationale et au Sénat, les nouveaux membres du corps exécutif se sont sensiblement écartés des engagements de campagne et plus généralement des valeurs de la gauche. Nous ne pensons pas qu'il y ait une volonté froide de détourner le sens des choix démocratiques des électeurs mais plutôt un manque d'assurance dans le domaine économique et des convictions politiques qui font que les membres de l'exécutif probablement dépassés par les contraintes économiques globales se sont ouverts à des idées suggérées puis saluées par la Droite et le Patronat. A cette fin il est probable que la Droite et le patronat aient pu jouer sur des préjugés qui prêtent faussement à la Droite le sens des réalités et à la Gauche l'aspiration à des idéaux inaccessibles, face à des interlocuteurs aux convictions incertaines et désorientés par la réalité économique et les contraintes européennes.


Il est vrai que la puissance publique s'effrite et cède devant la puissance des entreprises qui paraît lui être devenue supérieure; les entreprises privées déstabilisent l'État par le chantage économique; elles demandent et obtiennent la modération de la politique sociale, la fragilisation des contrats de travail et tout simplement de l'argent de l'État et donc des citoyens, en brandissant la menace des licenciements. L'affaiblissement de la puissance publique est aussi la conséquence d'une politique européenne entièrement au service du libéralisme économique et qui ne laisse plus aux États membres pour briller que les champs de bataille et les réformes sociétales de second ordre.


Les français se verront privés de 30 milliards d'Euros nécessaires pour réduire le déficit budgétaire augmentés de 20 milliards d'euros de cadeaux aux entreprises.


Les 20 milliards compenseront le manque compétence des entreprises en matière de gestion à long terme et sont supposés encourager les recrutements alors que les plans de licenciement se multiplient cyniquement chaque jour.


Des conseils ont été demandés à des dirigeants d'une Banque d'affaires pour créer la BPI et à l'ancien Co-président d'EADS dont le plan de relance a été accepté.


Une meilleure connaissance de l'économie de marché aurait pu permettre aux membres de l'exécutif de savoir que les entreprises sont "nécessairement amorales" dans la logique du libéralisme économique et qu'un retour ne peut être attendu de leur part que s'il a pour elles des conséquences bénéficiaires. Les négociations avec Lakshmi Mittal et Renault ont parfaitement illustré cette donnée incontournable.


Le rapport de l'ancien Co-président d'EADS accepté par l'exécutif est un document marqué par deux obsessions: l'exemple d'une Allemagne gouvernée par la droite et plus fragile en profondeur qu'on ne le pense et par la remise en cause de la rémunération du travail.


Les vingt milliards d'euros seront principalement couverts par la hausse de la TVA et par des réductions de dépenses de l'État qui entrainent souvent une diminution de ses services et pénalisent le bien-être des citoyens. La Cour des comptes a fait état de nombreuses mesures coûteuses et inutiles en faveur de l'emploi qui montre que l'argent de l'État ne doit récompenser que des résultats acquis.


Le rapport de l'ancien Co-président d'EADS a été salué par les leaders de l'UMP, du Modem et du MEDEF, ce qui est un signal clair qu'il s'écarte des choix électoraux des français qui se sont portés sur le Parti Socialiste et que le Parlement qui les représente au quotidien doit faire respecter.

Les entreprises ne se battent pas pour nos couleurs, ni ne font nation c'est à dire bloc avec les autres citoyens et ce n'est pas leur vocation. C'est à l'État au nom de ses citoyens de se battre pour nos couleurs dans univers globalisé dont l'économie fonctionne mécaniquement.

Les seules entreprises qui doivent être aidées sont celles clairement sélectionnées pour leur propension élevée à créer des emplois; nous vous soumettons un rapport incluant des orientations pour déterminer des mesures sélectives afin de n'encourager que les activités qui sont les plus génératrices d'emplois par opposition à un arrosage général sans garantie de résultat.

Le but de ce rapport est de proposer une approche plus performante en matière de création d'emplois et de sauver tout ou partie des vingt milliards d'euros.

L'identification des cibles d'investissements en France pourra être affinée par les services compétents de l'État. Nous avons voulu montrer avec des moyens très limités, bénévolement, civiquement et dans l'urgence, qu'il existe une approche rationnelle ou au moins fondée sur une méthode qui tend à l'être, permettant d'identifier les activités prometteuses d'emplois qui méritent une attention particulière.

En partant des 1 800 meilleures entreprises mondiales nous avons sélectionné dans chaque branche des "échantillons d'entreprises" dans des pays aussi développés ou plus développés que la France, qui montrent que dans chaque secteur il existe nombre de niches d'activité qui permettent de conjuguer rentabilité et création d'emplois.

Nous avons déterminé ce que nous avons appelé "Job ratio" ou "taux d'emploi" et qui représente le nombre de personnes employées par milliard de dollars vendu. Un important nombre d'entreprises parmi les meilleures du monde conjuguent à la fois rentabilité et taux d'emploi élevés. Les meilleures entreprises françaises sélectionnées ont malheureusement le plus souvent des taux d'emploi peu élevé. C'est le développement des ces types d'activité que l'État devrait encourager ou développer directement si nécessaire de façon à faire un usage optimal de l'argent public.

Nous suggérons également le développement et la réorientation de certaines activités génératrices d'emplois. Le développement de l'industrie comme celui des services créent des emplois avec chacun un effet multiplicateur; en revanche le développement des prestigieuses activités de hautes technologie n'engendre pas nécessairement beaucoup d'emplois.

Ce rapport montre que la création d'emplois n'est pas automatique et qu'il est indispensable que l'État retrouve sa puissance afin de pouvoir fermement orienter l'activité économique dans le sens de l'intérêt commun.

A cette fin il ne suffit pas de dire que "l'on fait bouger les lignes" qui est une expression imprécise qui devient malheureusement à la mode à l'initiative de membres de l'exécutif, dans l'Union Européenne mais de faire admettre clairement une conception de l'économie autre que le libéralisme à outrance prôné par la majorité des gouvernements de droite des États membres de l'Union Européenne.

 

 

PREMIERE PARTIE


L'EVOLUTION DE L'EMPLOI DANS LES ECONOMIES DEVELOPPEES


Source : Rapport de la DG Trésor-Juin 2010

I-L'ACCROISSEMENT DES SERVICES

La séparation des activités de production et de commercialisation de la production par des sociétés différentes est assez courante au Japon, en Corée du Sud et maintenant en Chine afin d'accroitre l'efficacité d'activités de natures différentes. Plus généralement à mesure de leur croissance, les sociétés industrielles ont externalisé leurs activités dans des sociétés de service; cette politique a engendré une chute "apparente" des emplois industriels. Cette chute n'a été dans un premier temps qu'un simple transfert d'activité du secteur production au secteur des services sans réelle destruction d'emplois. "Cette évolution a donné l'idée d'un recul de l'industrie dans les économies développées."

A partir des années quatre vingt les emplois dans les sociétés de service généraux et marchands ont crû pour faire face à l'externalisation et à l'outsourcing. La frontière entre industrie et services est devenue plus floue que par le passé et les destructions d'emplois ne peuvent être mesurées que si l'on considère ensemble les activités industrielles et de services aux entreprises.
A partir des années quatre vingt dix, de véritables destructions d'emplois ont eu lieu sans compensation par des activités de service. De 1980 à 2007 les emplois industriels ont décru de 5.3 à 3.4 millions mais en réalité dans une moindre mesure de 6 à 4.6 millions en incluant les services généraux et marchands externes qui leur sont liés.


II-LES FACTEURS REELS DE DESTRUCTION D'EMPLOIS

1-L'augmentation de la productivité

Les forts progrès en matière de productivité dus à des investissements adéquats débouchent sur autant de licenciements rendus possibles par ces progrès; l'économie libérale fonctionne mécaniquement sans s'encombrer de morale ou de patriotisme. L'investissement sans protection sociale de l'État génère des licenciements. Entre 2000 et 2007, 450 000 emplois industriels ont été ainsi perdus sans compensation par les activités de services.

2-La déformation de la structure de la demande

L'augmentation de la productivité permet une baisse des prix qui ne génèrent ni une augmentation similaire de la consommation et ni des créations d'emplois compensant ceux perdus du fait de l'accroissement de la productivité.
La demande de produits industriels s'accroit moins que celle de services lorsque les revenus des agents économiques augmentent.
On estime (DG Trésor) à 300 000 les pertes d’emplois industriels liées à la déformation de la structure de la demande intérieure entre 2000 et 2007 soit 65 % des pertes d’emplois observés sur cette période.
Le rythme des destructions d’emplois liées à l’évolution de la productivité a donc fortement augmenté sur la période récente de 2000 à 2007.
"Finalement, les pertes d’emplois liée aux gains de productivité et au faible dynamisme de la demande en biens industriels s’élèverait à 560 000 soit 29 % des pertes d’emplois de 1980 à 2007."

3-Les échanges extérieurs

Alors que les échanges extérieurs pouvaient expliquer 13 % des destructions d’emplois de l’industrie sur la période 1980-2007, ce taux s'est accru ensuite à 28%.
Le solde extérieur du secteur industriel s’est dégradé, passant d’un déficit de € 15 milliards en 1980 à un déficit de € 54 milliards en 2007.

 


DEUXIEME PARTIE:


POLITIQUE DE GRIBOUILLE - MIRAGE ALLEMAND


ET RENONCEMENT AUX VALEURS DE LA GAUCHE

 


I-LE RAPPORT DE L'ANCIEN CO-PRESIDENT D'EADS (5 novembre 2012)


Dans ce rapport on voit que l'Allemagne fait forte impression; l'Allemagne a toujours impressionné nombre de français par sa rigueur, sa discipline, sa puissance, son ordre social, son industrie et ses grosses PME au point que beaucoup semblent souffrir d'un complexe d'infériorité face à cette mythologie. Les récentes publicités "en langue allemande" de General Motors destinées aux consommateurs français qui très souvent ne comprennent pas les langues étrangères, sont très significatives ; les conseillers en marketing de General Motors ont sans doute pensé que les sonorités germaniques impressionneraient et rassureraient les consommateurs. L'exemple de General Motors a été suivi par une société allemande alors décomplexée.


La France n'est heureusement pas l'Allemagne et l'économie allemande brillante en apparence a de nombreux points de vulnérabilité : une trop grande partie de son succès vient de à "l'industrie automobile" qui constitue aussi son talon d'Achille; les grosses PME parfaites à la taille des Länder ne sont pas adaptées à la masse critique requise par la mondialisation et ce pays manque cruellement de grandes entreprises qui puissent figurer parmi les meilleures mondiales par rapport aux États Unis, au Japon et même par rapport à la France. L'Allemagne obtient une mauvaise place, derrière la France en matière de capacité d'innovation. Par ailleurs l'Allemagne est un pays très vieillissant qui n'a pas d'autre choix que de repousser l'âge de la retraite et d'adapter des postes de travail d'usine à des personnes âgées.


Dans son rapport, l'ancien Co-président d'EADS reconnait que les dépenses de R&D des entreprises françaises ne représentent que 1,4 % du PIB contre 2.24% pour les dépenses publiques en R&D. Ce déséquilibre général traduit bien l'intérêt des entreprises pour ce qui rapporte immédiatement sans se soucier de l'avenir et c'est pour cela que nous ne pouvons pas faire confiance à leurs actuels dirigeants. La France se classe mieux que l'Allemagne dans le domaine de sa capacité d'innovation mais cela grâce à l'activité du CEA qui dépose nombre de brevets internationaux, mais n'occupe que le 23ème rang mondial.


Les sociétés de services apportent dans certains cas aux entreprises industrielles les compétences qu'elles n'ont pas ou dont elles ne désirent pas s'encombrer. Le développement économique se mesure par l'importance du secteur des services et nous verrons que les plus fortes potentialités d'emplois en France sont dans les services et non pas uniquement dans l'industrie comme le suggère le rapport de l'ancien Co-président d'EADS.
Le rapport explique aussi que l'insuffisance d'investissement a obligé les industries française à réduire leur marge de 30% à 21% de 2000 à 2011; le rapport ne met pas en cause la gestion des entreprises mais préfère réserver ses coups à la rémunération globale du travail.


Les entreprises mettent sur le dos du coût global du travail, un prétendu manque de visibilité et leurs faibles marges. Cette accusation est une constante du libéralisme économique et même dans les pays où le coût du travail est négligeable il est encore trop cher; ainsi au Brésil et en Pologne où les salaires sont particulièrement bas, nombre d'entreprises paient en liquide tout ou partie du travail pour éviter les charges sociales.


On voudrait aider le développement des PME naturellement vulnérables par leur manque de fonds propres et par une offre de produits insuffisamment diversifiés pour résister aux fluctuations des marchés alors que la globalisation requiert de grandes entreprises dont la France est insuffisamment dotée avec seulement 63 entreprises figurant au palmarès des meilleures mondiales et seulement 52 pour l'Allemagne.


Le Japon dont la population n'est qu'une fois et demie plus importante que celle de l'Allemagne, a 4.5 fois plus de sociétés figurant au palmarès des meilleures entreprises que ce pays.


Il ressort de l'analyse qui suit que le développement des emplois en France est très lié à celui de grandes entreprises existantes, à développer ou à créer avec ou sans le contrôle de l'État et à une amélioration de la gestion; la réduction des salaires ne devrait pas être un élément clef pour la rénovation des entreprises mais pourrait entrainer une réduction de la demande et par suite une augmentation du chômage.


Dans le rapport de l'ancien Co-président d'EADS il est demandé 30 milliards d'euros à distribuer aux entreprises, l'augmentation de la TVA mais le blocage des taxes sur les dividendes.


On nous dit que les chefs d'entreprises ont le sentiment d'être cloués au pilori et qu'on ne leur fait pas confiance et ils ont raison car c'est leur mauvaise gestion qui est à l'origine de leur réputation; les entreprises n'ont pas été gérées dans une perspective à long terme et nombre de chefs d'entreprises ne tiennent pas leurs promesses en matière d'emplois. Les multiples plans de licenciement en cours vont de plus aggraver lourdement la méfiance des citoyens à leur égard.


Encore une fois les chefs d'entreprises suivent les règles d'un système sans âme ni morale et seul l'État peut introduire dans l'économie des principes de responsabilité sociale.


De plus les encouragements à l'optimisme n'ont pas leur place dans un rapport qui ne doit être fondé que sur des faits et non pas sur de bons sentiments.

 

II-LE RENONCEMENT AUX VALEURS DE LA GAUCHE

 

Le rapport de l'ancien Co-président d'EADS a été favorablement présenté et son acceptation a été confirmée lors de la première conférence de presse présidentielle du 13 Novembre 2012.

Ce rapport a été salué par:


1-Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP qui a déclaré: “Louis Gallois arrive exactement aux mêmes conclusions que nous, sur tous les sujets. Je soutiens donc le rapport.”
2-François Bayrou, président du Modem qui a indiqué que c'était un "plan cohérent qui mérite le soutien."
3-Laurence Parisot, présidente du Medef qui a déclaré: “Le diagnostic posé par le rapport Gallois est juste. La plupart de ses recommandations sont issues des réunions de travail entre Louis Gallois et les chefs d’entreprise.”

Ce plan adopté par un exécutif supposé être issu de la Gauche, a donc été salué par la Droite et le Patronat comme "leur Victoire transformant en défaite celle de la gauche aux élections", ce qui est une situation inquiétante pour la démocratie.


La majorité des citoyens avaient fait le choix d'une politique de Gauche en opposition avec celle de Nicolas Sarkozy et voient "leur" victoire aux élections privée de sens par une partie de ceux qu'ils ont élus.


Parmi les mesures en opposition aux promesses de campagne on doit noter l'abandon du principe de la retraite à 60 ans qui n'est plus appliquée qu'à des cas extrêmement rares; de plus les trimestres de cotisations requis repoussent dans les faits la retraite bien au delà de 62 ans. Ainsi les séniors sont attaqués à la fois par les entreprises qui les chassent au delà de 50 ans et par l'État qui les maintient sans revenus après 60 ans.


On nous dit qu' "une politique n'est pas une accumulation de mesures ou de promesses aussi respectées soient-elles, c'est une réponse cohérente à la situation du pays qui est grave," alors qu'il faut éthiquement faire les deux à la fois (1) respecter ses engagements et (2) mettre en place une politique cohérente et rien ne peut justifier que l'on méprise des électeurs pour des raisons qui transcendent prétendument leurs choix.


Le non respect des engagements risque de déboucher sur une radicalisation des actions d'un nombre grandissant de citoyens privés d'emploi ainsi que l'on peut déjà le constater et simultanément sur une défiance croissante à l'égard de la classe politique qui pourrait être extrêmement dommageable pour l'avenir de la Gauche.


On nous dit que "l'alternance change le pouvoir et non pas la réalité," certes mais la réalité doit être abordée avec les convictions sur la base desquelles le pouvoir a été démocratiquement changé.


On nous dit que "la seule question qui vaille n'est pas l'opinion publique mais l'état de la France dans 5 ans" comme si l'opinion des citoyens perdait sons intérêt après les élections. Les citoyens comme l'exécutif, se préoccupent de leur avenir dans cinq ans.


La promesse d'un futur radieux pour ne pas tenir compte du sort des citoyens "ici et maintenant" a trop souvent été utilisée dans l'histoire contre leur intérêt.


On nous dit que l'équilibre budgétaire requiert 30 milliards d'euros qui seront financés par la réduction des dépenses publiques, par des prélèvements fiscaux supplémentaires sur les ménages et sur les entreprises. Or la réduction des dépenses publiques pourrait affecter les services publics au détriment des ménages qui pourraient avoir ainsi à supporter les deux tiers de cet effort.


On nous parle d'un pacte de "confiance" fondé sans doute sur la confiance entre employeurs et salariés dont les intérêts économiques s'opposent objectivement.


On nous dit qu'il faut donner plus de visibilité aux chefs d'entreprises car ils la réclament, comme si cela était une raison suffisante, et plus de stabilité aux investisseurs pour qu'ils fassent des choix à long terme et que pour cela les citoyens doivent renoncer une partie de l'argent public utilisé pour permettre un accroissement artificiel des marges de toutes les entreprises.


L'expérience et la logique économique du système libéral fondé sur l'amoralité nous indique que si l'argent public sera bien englouti, il ne changera en rien le point de vue des investisseurs et des entreprises, ainsi que le montre l'intensification des plans sociaux malgré l'annonce des vingt milliards d'euros de crédit d'impôt immédiatement applicable.

On nous dit qu'il faut se livrer à un exercice de vérité et admettre que le coût du travail, c'est à dire la rémunération globale des travailleurs est trop élevée en France. C'est ainsi que les citoyens vont rembourser une partie de leurs salaires en offrant les 20 milliards d'euros argent public.
Ces 20 milliards seront financés par des économies de l'État et par la hausse de 19.6% à 20% de la TVA applicable en 2014.


Les ménages auront donc un double effort à faire de 30 milliards pour réduire le déficit budgétaire et de 20 milliards de dons aux entreprises. Ces cinquante milliards seront financés par des impôts directs, la hausse de la TVA et des économies, c'est à dire par une probable réduction des services publics et une augmentation de la plus inique des fiscalités: la fiscalité indirecte préférée des gouvernements de droite. La TVA pourrait réduire la demande et accroitre la crise puisqu'elle frappe indifféremment mais avec le même poids riches et pauvres et en fait ceux qui ont la plus grande propension à consommer plutôt que d'épargner. C'est ainsi l'accroissement de la TVA en taux peut même réduire son montant en volume et être à la fois injuste et inutile.


Autres gadgets:


1-L'association des salariés au conseil d'administration sous réserve qu'ils respectent le secret des débats au Conseil, c'est à dire qu'ils ne fassent pas usage des informations qu'ils pourraient apprendre.


2-Les contrats générations: si une entreprise recrute un junior c'est pour faire l'économie d'un sénior et non pas pour garder les deux à moins que l'État ne couvre la totalité du coût du sénior jusqu'à sa retraite puisqu'après un délai d'échange d'information sa présence sera inutile.


3-La sécurisation de l'emploi par fragilisation des CDI.

Nous avons aussi entendu parler de (a) faire nation entre entreprises et salariés et (b) que le patriotisme était au fond de nous même et (d) d'entreprises qui se battent pour nos couleurs.


Les entreprises se concentrent sur leur mission économique et se battent pour leurs propres couleurs; seul l'État peut leur imposer des règles dont le résultat pourrait leur donner uniquement une "apparence" anthropomorphique d'entités patriotiques.

Il existe même et malheureusement des États qui préfèrent imposer des contraintes à leurs citoyens dans l'intérêt des entreprises; ainsi la Pologne et le Royaume Uni n'ont pas accepté que leurs citoyens bénéficient des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne avec le scandaleux accord des autres États membres.

Partie 3 et 4 et conclusion sur pages suivantes à venir