Synthèse désindustrialisation -DG Trésor

La désindustrialisation en France

Synthèse  du rapport de la DG Trésor  

Cahiers de la DG Trésor  N° 2010-01– Juin 2010)

Synthèse du 24 novembre 2012 par Didier Bertin du rapport de Lilas Demmou

8 120 mots  en 1 560 mots

"La notion de « désindustrialisation » renvoie au recul de l’industrie dans l’économie concomitant à une forte croissance du secteur des services. C’est un phénomène commun à l’ensemble des économies développées, dont l’ampleur varie selon qu’il est capté par l’évolution de l’emploi ou de la valeur ajoutée en prix courants."

Les principaux faits illustrant ces évolutions sont les suivants :

- De 1980 à 2007, l’industrie française a perdu 1 913 500 emplois (passant de 5 327 400 emplois à 3 414 000), ce qui représente une baisse de 36 % de ses effectifs (96% dans l'industrie manufacturière). Le recul de l’industrie dans la valeur ajoutée évaluée aux prix courants apparaît significatif puisque sa contribution au PIB est passée de 24 % à 14 %.

Les services marchands ont quant à eux suivi une évolution inverse puisque leur poids dans le PIB est passé de 45 % à 56 % en valeur et l’emploi au sein de ce secteur a augmenté de 53 %.

La branche des biens de consommation a perdu en 25 ans 52 % de ses effectifs, celle de l’automobile et des biens intermédiaires 40 %, celles de de l’énergie et des biens d’équipement 30 %  alors que les effectifs de l’industrie agro-alimentaire sont restés stable.

Les raisons de ces reculs est la recherche d’une plus grande efficacité par les entreprises par  l’externalisation de certaines tâches au secteur des services et d'une partie du processus de production vers d'autres secteurs.

La désindustrialisation ou la perte  des emplois dans l'industrie n'est qu'en fait et à la base qu'apparente puisqu'une partie des emplois perdus dans l'industrie sont recrées dans les services.

"Ce processus implique qu’une partie des réductions d’emplois observées dans l’industrie provient d’une transformation des frontières de l’industrie. Les pertes d’emploi qui en résultent ne sont donc qu’apparentes."

"Cette hausse a été plus particulièrement marquée pour la branche des services aux entreprises, où l’emploi est passé sur la même période 2 millions à 4,2 millions de personnes (+ 115 %) ainsi que pour l’emploi intérimaire qui est passé de 180 000 à 653 000 personnes (+ 264 %).

"Une partie du processus de désindustrialisation s’expliquerait alors par une mutation du système productif caractérisée par un recours croissant à l’externalisation d’activités productives du secteur industriel vers le secteur des services. "

En fait la définition de ce que représente les secteur industriel a changé et les analyses d'évolution ne devrait se faire qu'après ajustements dus à cette évolution.

Toutefois "Après une période de ralentissement des destructions d’emplois (l’emploi dans l’industrie diminuant au rythme de 0,4 % par an entre 1995 et 2000 contre 2,5 % dans la première moitié des années 1990), la période récente est caractérisée par un renforcement du rythme de désindustrialisation. Par ailleurs, le moindre recours de 2000 à 2007, à l’externalisation de la production industrielle vers le secteur des services dans la période récente suggère que la grande majorité de ces pertes d’emplois sont détruits (et non en partie transférés vers le secteur des services). "

On assiste en effet à un recul, en termes absolus, du recours à l’externalisation dans l’industrie sur la période 2000-2007 vérifié pour les trois mesures différentes de l’externalisation :

Sur la période 2000-2007, le recours au travail intérimaire recule au rythme annuel moyen de 1,2 % (contre une croissance annuelle moyenne de 14,5 % sur la période 1995-2000). "Le même constat peut être fait en ce qui concerne l’externalisation de l’emploi industriel en direction du secteur des services aux entreprises, qui croît de 0,1 % par an entre 2000 et 2007.Ainsi, le processus d’externalisation en direction du secteur des services tend à se stabiliser sur la période récente et n’expliquerait qu’entre 1 % et 5 % des 450 000 pertes d’emplois industriels entre 2000 et 2007 (contre 20 à 25 % entre 1980 et 2007)." 

" Les forts gains de productivité enregistrés dans l’industrie conduisent à réduire les besoins de main-d'œuvre dans ce secteur mais induisent, en contrepartie, une baisse des prix relatifs des biens industriels et, par suite, une hausse de leur demande relative.  L’effet net sur l’emploi dépend du degré de substituabilité entre les biens industriels et les services".

Par ailleurs la variation des prix due aux gains de productivité modifie la structure de la demande et sa répartition entre biens et services.

"L’évolution du poids des consommations intermédiaires dans le processus de production constitue une première mesure, très globale, du processus d’externalisation. L’accroissement du poids des consommations intermédiaires dans la production de l’industrie rend en effet compte d’un renforcement de la division du travail dans l’industrie. " De 1980 à 2007, le poids des consommations intermédiaires dans la production industrielle est passé de 71 % à 75 %. , on mesure que l’externalisation aurait concerné 480 000 emplois sur la période ou de façon équivalente 18 000 emplois en moyenne par an, soit près de 25 % des pertes d’emplois industriels mesurées annuellement. 

Récapitulatif sur l’évolution de l’emploi industriel

Sources : Insee, calculs DG Trésor.

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"Une part de la baisse de l’emploi dans l’industrie au cours de la période 1980-2007 peut s’expliquer par la relation entre d’une part, les gains de productivité réalisés dans ce secteur (et plus généralement dans l’économie) et d’autre part, les comportements de demande des agents" qui modifient de façon non uniforme la composition de leur consommation  à mesure que leur revenu réel s'accroît.

Dans les pays développés la demande en bien industriels croît moins que la hausse du revenu et par suite l'emploi dans l'industrie diminue.

"La baisse des prix relatifs des biens industriels n’est pas compensée par une augmentation équivalente de la demande en volume conduisant à une diminution nette des besoins en travail dans ce secteur.  Le poids de l’industrie dans la demande en volume augmente mais insuffisamment au regard des gains de productivité réalisés dans ce secteur."

"La demande intérieure adressée au secteur des biens industriels apparaît ainsi faiblement dynamique lorsqu’elle est exprimée en valeur. Son poids dans la demande intérieure est passé  de 39 % à 32 % sur la période 1980-2007, ce qui est cohérent avec l’existence d’une demande faiblement élastique au revenu. Le poids du secteur des services dans la demande intérieure s’est en revanche fortement renforcé (passant de 24 % à 32 % en valeur) ce qui est au contraire cohérent avec l’existence d’une demande en services marchands élastique au revenu."                 

"L’impact des gains de productivité dans l’industrie détruisent des emplois dans ce secteur (du fait du surcroît d’efficacité) mais soutiennent la demande en biens industriels (du fait des plus fortes baisses de prix qui y sont associées) ainsi que la demande en services (du fait des gains de revenu réel qui sont associés à la croissance de la productivité)."

"Finalement, la perte d’emploi liée aux gains de productivité (et au faible dynamisme de la demande en biens industriels) s’élèverait à 560 000 emplois, soit 29 % des pertes d’emplois de 1980 à 2007."

"Le phénomène de désindustrialisation résulte donc, pour une large part, de mutations structurelles liées au caractère non uniforme de la croissance économique : la croissance du revenu réel résultant des gains de productivité dans un secteur n’est pas forcément utilisée pour accroître la demande des produits de ce secteur."

L’effet au cours du temps, notamment liée aux gains de productivité apparaît s’être renforcé sur la période récente. L'impact de la déformation de la structure de la demande  des biens industriels a reculé de 3 % entre 2000 et 2007 (contre un peu moins de 7% sur l’ensemble de la période 1980-2007). On estime à 300 000 les pertes d’emplois liées à la déformation de la structure de la demande intérieure entre 2000 et 2007, soit 65 % des pertes d’emplois observés sur la période.

Le rythme des destructions d’emplois liées à l’évolution de la productivité a donc fortement augmenté sur la période récente de 200 à 2007.

"Le caractère structurel de la désindustrialisation n'est pas  irréversible. La capacité des industriels à proposer de nouveaux produits sera probablement cruciale car le dynamisme de la demande dépend aussi de la qualité des biens et de leur contenu technologique." 

Le poids des échanges industriels dans le PIB a augmenté sur la période : le poids des exportations en biens manufacturés est passé de 12 % du PIB en 1980 à 17 % en 2006. Le solde extérieur de ce secteur s’est dégradé, passant d’un déficit de 15 Milliards € en 1980 à un déficit de 54 Milliards € en 2007. Les échanges avec les pays émergents ont connu une croissance particulièrement forte sur la période 1980-2008, les exportations passant de 3,9 % à 5,3 % du PIB et les importations de 1,1 % à 4,1 %.

Depuis la fin des années 1990, la position extérieure de la France s’est érodée, avec notamment un retour à une situation déficitaire depuis 2004.

Alors que nous avions estimé que les échanges extérieurs pouvaient expliquer 13 % des destructions d’emplois de l’industrie sur la période 1980-2007, sur la période récente, les échanges expliqueraient 28 % des destructions d’emplois observées.

Cependant, l’emploi apparaît s’ajuster relativement lentement aux performances extérieures ; la dégradation des performances extérieures entre 2000 et 2007 n’aurait ainsi pas encore produit tous ses effets sur l’emploi.