Analyse du livre de Knobel

Commentaires du livre de Marc Knobel

Haine et violences antisémites-Une rétrospective : 2000 - 2013

DIDIER BERTIN - 6 MARS 2014

I- FORME

Cet épais livre de 347 pages probablement très coûteux à publier et en tous cas à acheter : 19 Euros, est une base de données trop détaillées au point d'être indigeste en raison d'une synthèse très insuffisante et de l'absence d'un fil conducteur qui aurait pu transformer cette base de données en un véritable livre.

De trop nombreuses pages reprennent en détails des descriptions de faits et probablement de copies d'informations d'agences de presse, de journaux ou de rapports officiels et donne l'impression d'un abondant remplissage. L'interprétation du fond par un historien manque terriblement.

Cette rétrospective prétend aller jusqu'en 2013, qui est une année riche en évènements concernant l'antisémitisme en France, s'arrête en réalité en 2012.

Les différents chapitres sont principalement organisés par année à l'intérieur desquels on celles-ci s'enchevêtrent. Des évènements comme des manifestations sont décrites avec une profusion de détails inutiles et des interventions individuelles sont reproduites presque dans leur intégralité alors qu'on en espère l'essentiel ou une interprétation significative.

Des séries de sondages d'opinions sont reproduites qui semblent issus des rapports du CNC DH et doivent être considérés avec prudence puisque les sondés tendent à se contraindre à dire ce qu'il faut plutôt que ce qu'ils pensent.

L'absence de synthèse n'est pas compensée par la mention des faits qui ne parlent pas toujours d'eux-mêmes contrairement à ce que semble penser Marc Knobel et si c'était le cas on se contenterait de la lecture des publications de presse sans devoir investir dans un livre.

 

II-FOND

Si la forme est décevante le fond l'est encore plus puisque l'on se contente de présenter la haine et les violences sans interprétation en profondeur. Ce livre est centré sur la situation de l'antisémitisme en France sans prendre en compte celles des autres pays d'Europe qui enrichirait son interprétation et sa compréhension.

1-Islam

Ce livre est beaucoup trop centré sur l'idée d'un nouvel antisémitisme issu de l'Islam et du conflit au Moyen Orient qui se situerait en France, un pays angéliquement non-antisémite et dont les lois seraient si parfaites que sa responsabilité ne pourrait être recherchée.

Les Juifs sont en effet en opposition avec une partie de la communauté musulmane qui se projetterait sur la Palestine et intégrerait stricto sensu le Coran.

Mahomet a en effet été déçu par le fait que le peuple juif ne le reconnaisse pas et nombre de versets connus du Coran vouent une haine ouverte et violente envers les juifs par exemple : verset 82 de la Sourate 5 (Al Maida-La table est servie), verset 30 de la Sourate 9 (A-Tawba - Le repentir), verset 56 de la Sourate 4 (An Nisan-femmes) et verset 69 de la Sourate 3 (Al-Imran-La famille). Heureusement nombre de musulmans prenne un certaine distance avec le sens de ces versets. Par ailleurs nombre de musulmans ne sont pas satisfaits qu'un État juif ait été réinstauré au Moyen Orient, c'est à dire pour eux en terre d'Islam et souhaiteraient le voir disparaitre.

Ce problème doit être résolu par un dialogue général qui amenait l'Islam à tolérer les autres religions et convictions et n'est pas propre à la communauté musulmane de France qui doit de toutes les façons respecter les lois de la République française comme tous les citoyens.

Si certains musulmans par ailleurs libres de leurs opinions ont des comportements violents et intolérants à l'égard des Juifs en France, ils illustrent surtout l'incapacité de la France ou la volonté sournoise de ce pays de ne pas imposer sa loi dans certains cas.  L'incapacité de la France comme d'autres pays européens d'appliquer leurs lois et de ne pas prendre de moyens coercitifs pour que toutes les communautés vivent en paix entraine directement leur responsabilité et ce comportement n'est pas toujours innocent. Ceci s'oppose à la compréhension du phénomène par Marc Knobel trop absorbé par les faits sans en rechercher la source.

2-La France et l'antisémitisme

C'est bien à la République française d'assurer l'ordre public sur son territoire sans quoi l'intégrité du pays serait menacé et si les moyens actuels ne suffisent pas il faut les accroitre.  Mais peut-être que l'antisémitisme actuel ne convainc pas la République d'accroitre ses moyens car il s'agit peut-être pas pour ce pays d'une priorité.

 Il fut un temps ou les attentats terroristes en Israël étaient permanents et des mesures efficaces ont été prises pour qu'ils cessent ; est ce que ce qu'Israël a fait, la France ne peut pas le faire ?

Un substantiel alourdissement des peines aurait eu un effet immédiat en France où l'antijuif M'Bala ne paye même pas ses faibles condamnations financière ; alors qui se moque des juifs : la France, l'Europe ou les Arabes ?

Nous devons nous concentrer sur les devoirs de la République et sur les musulmans comme le fait Marc Knobel car nous ne sommes en France et non pas au Moyen Orient et nous n'avons pas été chargés d'administrer les ministères de l'intérieur, de la Justice et de l'Éducation.

Qui permet aux salafistes de s'étendre en France ? Qui permet aux bouquets de télévisions des pays arabes de diffuser des émissions antijuives en France par le biais d'un satellite français comme le souligne justement Marc Knobel ? Qui a laissé Merah en liberté ? Pourquoi a-t-il fallu un second procès pour punir convenablement les assassins d'Ilan Halimi ? Pourquoi les Juifs se font attaqués dans des quartiers sensibles et ailleurs ?

La seule réponse est que la République française ne prend pas ou prend difficilement les mesures nécessaires. Nous ne devons pas non plus  oublier que la France est un pays de tradition antisémite n'en déplaise à Marc Knobel et de plus pro-arabe en raison d'impératifs économiques incluant le parfum du pétrole devant lesquels la communauté juive de France ne fait pas le poids.

En reprenant les chiffres mentionnés par Marc Knobel d'un sondage TNS SOFRES, 70% des français interrogés en Mai 2005, ont déclaré que l'antisémitisme était répandu en France et le livre aurait pu commencer par ce fait. Il aurait fallu aussi actualiser et affiner les chiffres des actes et menaces antisémites.

Selon le CNC DH - Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme, en 2012 les actes et menaces antijuives se sont élevés à 614 en hausse de 58%; les actes et menaces antimusulmans se sont élevés à 201 en hausse de 30% et les autres actes racistes à 724 en hausse de 2%.  Ces chiffres ne sont pas mentionnés par Marc Knobel bien que la rétrospective était supposée inclure 2012 et 2013.

Si nous appelions racistes tous ces actes nous pourrions dire que       sur 1 539 actions racistes en 2012, 40% étaient antisémites alors que les Juifs de France ne représentent que 0.9% de la population nationale et par exemple les musulmans environ 7.5% d'autres parlent de 10%.

La population musulmane représente donc 8.3 fois la population juive et à populations égales les actes antisémites seraient en chiffres pondérés de 5 096 en 2012 en comparaison de 201 actes islamophobes.

Le racisme en France est de loin constitué par l'antisémitisme et devrait être la plus haute priorité de la République ; ceci aurait être dû souligné par Marc Knobel.

Compte tenu de ces chiffres les organisations antiracistes de gauche toujours réticentes voire hostiles à traiter de l'antisémitisme semblent être des organisations politiques et partisanes voire d'une certaine manière racistes.

Le meilleur opposant à l'antisémitisme en France en 2013 et 2014 a été le ministre de l'intérieur Manuel Vals qui est un espagnol naturalisé français, ce qui semble lui donner une indépendance d'esprit bénéfique.  Manuel Vals a dû payer le prix de ses convictions par le recul de sa notoriété dans les derniers sondages d'opinion. Les français lui reprochent sans doute d'avoir été trop offensif contre l'antijuif M'Bala et ceci est un excellent indicateur de la mentalité française.

3-En bref : l'origine de l'antisémitisme français

a)La France est nourrie des valeurs de l'Église qui a ancré dans les esprits l'antijudaïsme et ses stéréotypes. Nostra Aetate de Vatican II n'est qu'un cautère sur une jambe de bois puisque l'Église reste profondément attachée à une doctrine éculée. Cette influence règne sur le conscient ou sur l'inconscient de nombreux citoyens, hommes politiques et dirigeants de médias.

b)La France a été la meilleure élève de la classe nazie au cours du second conflit mondial et le subterfuge qui a fait d'elle un allié de la dernière minute ne lui a pas permis de faire le travail moral de mémoire que les allemands ont fait.

c) L'antijudaïsme fait que nombre de français dont un certain nombre de gauche utilise leurs valeurs chrétiennes compassionnelles pour charger les juifs de tous les péchés et considérer les arabes comme les fragiles victimes des puissants juifs. Cette attitude perverse se retrouve dans toute l'Europe dont les actions ont réduit la population totale juive sur ce continent d'environ 74% de la population juive totale en 1880 à 10% en 2010. Par ailleurs cette compassion est aussi nourrie du pétrole arabe.

d) Nombre de députés européens dont de nombreux français incluant le Parti Socialiste ont soutenu la déclaration du Parlement Européen de 2008 faisant suite à celle de Prague rendant  la Shoah égale aux crimes communistes et les nazis égaux aux communistes. Finalement la Shoah est passée au second rang puisque le jour de commémoration proposé pour les victimes des nazis et des communistes est un jour qui symbolise la haine anticommuniste. Seuls les députés européens "allemands" n'ont pas soutenu une telle offense contre le peuple juif.

4-Le retour aux années 30

Contrairement à ce que pense Marc Knobel nous assistons bien à un retour à l'atmosphère des années 30 et la situation économique comme en 1930 joue bien sûr un rôle.

La banalisation de la Shoah lancé par l'antijuif M'Bala a donc rencontré le point de vue du parlement européen et la commission européenne qui s'ouvre à la renégociation de la place de la Shoah demandée par les pays de l'Est de l'Union européenne.

Seule une députée socialiste française a soutenu une déclaration pour la commémoration du 70e anniversaire de la conférence de Wannsee, mais Marc Knobel n'était peut être pas au courant de cette situation.

Des groupe antijuifs violents de Français se sont formés autour de M'Bala et d'Alain Soral et autres et qui remettent au goût du Jour les slogans des années 40 comme les Juifs hors de France ou les Juifs font de nous leur esclaves et domine le Monde. Il s'agit d'un phénomène européen qui se répand en particulier dans les pays de l'Est avec le support des gouvernements comme dans les pays baltiques, la Hongrie et hors de l'Union Européenne en Ukraine où des milices nazies et antijuives ont aidé manu militari le nouveau gouvernement de Kiev qui pourrait constituer une menace pour la communauté juive.

3-La liberté des Juifs en France et la liberté d'expression des dirigeants israéliens en France

Contrairement à ce que peut laisser penser le livre de Marc Knobel les Juifs ont parfaitement le droit de montrer leur attachement à Israël autant qu'à la France comme les arméniens français sont attachés à l'Arménie ou les maghrébins à leurs pays d'origine.

Il n'est ni honteux ni gênant d'être pris pour un israélien car les juifs ont le devoir de soutenir ceux qui ont fait le choix de construire ce qui peut devenir leur abri à tout moment.

Les juifs ne doivent "plus" abandonner une once de leurs droits pour plaire à quiconque et ont le droit d'exprimer au cours de manifestations leur inquiétude pour la sécurité d'Israël et de réagir face aux provocations haineuses.

Les dirigeants israéliens sont libres de dire ce qu'ils pensent même en France à propos de la sécurité des Juifs et ils ont le devoir de les encourager à partir même si la vérité déplaît aux autorités françaises qui devraient commencer par imposer leur souveraineté et des lois adéquates sur leur territoire.

Si les juifs devaient quitter la France en raison de l'incapacité du gouvernement français à assurer leur sécurité il serait légitime pour les autorités juives et Israël de négocier le versement d'indemnités aux victimes et au pays d'accueil.