EGLISE ET ANTISEMITISME

 

L'ANTISEMITISME EUROPEEN

ET L'INFLUENCE DE L'EGLISE

Deux millénaires d'antisémitisme

Didier BERTIN

29 décembre 2013

 

I-INTRODUCTION

L'antijudaïsme européen appelé selon les époques antisémitisme ou antisionisme a progressivement formé l'esprit européen au cours des deux mille dernières années. La disparition presque totale du peuple juif d'Europe au cours de ces dernières années n'a pas suffi à l'éteindre tant ses racines ont été profondément ancrées par l'Église au cœur des sentiments, de l'intellect et de l'imaginaire européen. Ce que nous appelons l'Église est l'Église catholique romaine qui a longtemps régné seule sur le christianisme et qui encore aujourd'hui reste majoritaire et très influente.

Des européens (les Romains)  ont  expulsé le peuple juif de sa terre puis d'autres européens, deux mille ans plus tard, ont désiré lui redonner sa terre car ils réalisèrent qu'en tant qu'hôtes ils n'avaient su imposer au juif qu'un constant martyr. Ce désir n'est devenu réalité que lorsque les Européens ont atteint le paroxysme de la barbarie en réalisant ou en laissant se réaliser ou en ne réagissant pas, le génocide le plus important de l'Histoire du peuple accusé par l'Église de déicide. Cette haine perdure aujourd'hui car on ne peut guérir facilement deux mille ans d'intoxication.

L'antisémitisme nourrit encore des mouvances extrémistes qui n'ont parfois changé que leur apparence et même les  gouvernements européens qui travaillent à l'obfuscation de la Shoah.

L'Église après de prétendus efforts pour s'adapter au monde moderne avec Vatican II, mais ne veut pas mettre en cause sa doctrine qui est le moteur générateur de ses erreurs et renoue avec ses fautes. Cet entêtement de l'Église précipitera sans doute sa fin mais pas celle de l'antisémitisme qu'elle aura inspiré.

 

II - L'ÉGLISE ET L'ORIGINE DE L'ANTISEMITISME

 

Le Peuple Juif rendu vulnérable

L'Empire romain a créé le terreau  fertile au développement de l'antisémitisme en dispersant le peuple juif hors de Judée; les exactions romaines en Judée contre les Juifs pourraient être considérées comme les premiers actes antisémites des européens. Dans la Judée sous domination romaine, la répression des Juifs fut  organisée par Vespasien et Titus à la suite d'un soulèvement aboutissant en l'an 70 à la destruction du Temple de Jérusalem puis à la chute de Matsada en l'an 73. Après the révolte de Bar Kokhba en 135, Hadrien bannit les Juifs de Jérusalem et prit des mesures destinées à déjudaïser la Judée.

 

La religion Chrétienne instrument de l'antijudaïsme

Le Christianisme partiellement issu du Judaïsme aura concentré ses efforts depuis sa création puis par ses différents conciles, à fuir et à haïr ses racines.

Ainsi l'Église a choisi s'éloigner du monothéisme pour être plus proche de ceux qu'elle voulait convertir et a développé l'idée d'un Dieu pour partie anthropomorphique afin d'éviter le déroutant intangible.

Cet anthropomorphisme a malheureusement  rendu l'idée du meurtre d'un  Dieu pourtant éternel tout à fait crédible pour les simple croyants par l'utilisation d'une simple tautologie: Les juifs ont tué un homme, or cet homme était dieu donc les juifs ont tué Dieu.  L'attention  a été plus portée sur la mort de Dieu que sur son prétendu  libre choix d'un sacrifice rédempteur qui est pourtant la pierre angulaire du christianisme, en écartant la responsabilité de Rome.

L'Église a pu se défaire définitivement de ses racines  en déclarant que le peuple juif dans son entier était déicide et qu'elle était elle-même le nouveau peuple de Dieu. Judas fut désigné comme traitre et son nom a l'avantage de se référer à la fois au Judaïsme et à la Judée. Ainsi toutes les conditions étaient présentes pour créer un christianisme dont le corollaire existentiel était l'antijudaïsme. 

Le concept du meurtre de Dieu mis en place par l'Église est néanmoins théologiquement hérétique car il met en cause son éternité et les explications données sont vides de sens. Ces contradictions de l'Église sur la nature du Christ ont amené qui ont imposé à  l'empereur romain Constantin conscient de celles-ci à organiser le premier Concile de Nicée en 325. Le Concile accrût le flou car il décida que Jésus était à la fois  Dieu et son fils et qu'en plus  une troisième personne (hypostase) serait associé à eux: le Saint Esprit distinct mais consubstantiel formant la Trinité.

La trinité formée de trois personnes même consubstantielles fait du christianisme un trithéisme et le mot consubstantielle n'est qu'un jeu sémantique dont l'Église allait de venir coutumière pour surmonter des contradictions insolubles. Le trithéisme est un abandon du monothéisme, un divorce total avec le Judaïsme et un formidable retour en arrière vers le paganisme.

De plus en 787 le second concile de Nicée autorisa malgré de nombreuses hésitations dans le passé, l'adoration des icônes. La représentation anthropomorphique dans l'Église fut renforcée par le nouveau culte réservée à la mère de Dieu "Marie, Vierge perpétuelle" déclarée en 1857 exempte du "péché originel" par le Pape.

Le culte de la vierge Marie est appelé "hyperdulie" pour ne pas être confondu avec l'adoration de Dieu mais il ne s'agit et encore une fois que d'une frontière sémantique puisque dans la réalité la vierge bénéficie d'un culte d'adoration pour ceux qui la préfèrent au père et au fils; la chrétienté offre des possibilités à la carte qui permettent selon le niveau intellectuel des croyants de se limiter à Marie ou à son fils et pour ceux capable d'aborder  l'intangible sans avoir le vertige au père ou au Saint Esprit pour les pneumatologues avec le filet rassurant du fils et de la mère; l'étude du Saint Esprit est appelée "pneumatologie."

"L'Église se gargarise donc de mots pour défendre l'indéfendable."

Le Concile de Trente en 1542 confirma des aspects contestés de l'Église par la Réforme et renforça encore plus si cela était possible, le divorce avec le monothéisme par le culte des Saints et par  la "transsubstantiation."

La transsubtantation est le point culminant de la liturgie catholique que d'autres pourraient appeler magie. Au cours de la Messe le Prêtre célèbre le sacrifice de l'Eucharistie "actualisée", c'est à dire dans la réalité, en prêtant sa personne au Christ pour être "alter Christus" afin de réaliser le sacrement du don par Jésus de son corps matérialisé par le pain et de son sang matérialisé par le vin. L'Eucharistie reproduit le dernier repas du Christ lors de la Pâque juive (vin et matsa) en présence des apôtres mais la Pâque se tient à des symboles et souvenirs.

La transsubstantiation signifie donc que par le ministère du prêtre "configuré" le pain et le vin sont transformés en vrai corps et sang du Christ. Par la communion, les croyants ingèrent donc  le sang (vin) et le corps du Christ (hostie, matsa) et réalisent un acte de "théophagie" selon leurs convictions.

On abuse ainsi de la naïveté des croyants et l'Église fait preuve d'un manque total d'humilité en prétendant que ses prêtres peuvent réaliser des actes de Dieu en tant qu'"alter Christus." L'Église a même maintenu  aujourd'hui des prêtres exorcistes dont la fonction a été créée au moyen âge. Jean Paul II aurait réalisé trois exorcismes durant son pontificat.

L'intérêt de tels détails sur l'Église donne la  mesure de  la distance gigantesque qui sépare l'Église du monde moderne et de ses très lointaines racines Juives; cette distance a été agrandie avec le temps par les conciles et permet de comprendre à quel point les deux religions s'opposent totalement et pourquoi l'Église a d'abord inspiré l'antijudaïsme puis l'antisémitisme.

Des Juifs furent tués parce qu'ils furent accusés d'avoir brisé une hostie  tentant probablement de tuer encore Dieu et des témoins ont même vue du sang jaillir de l'hostie brisée. Les Juifs furent même accusés d'utiliser le sang des chrétiens pour confectionner la  Matsa de la Pâque. En 1903, 49 juifs furent tués pour cette raison à Kichinev (Russie). 

 

Décorum

Les représentations de Jésus et de Marie supplantent de fait la présence de Dieu dans les églises qui préfèrent l'anthropomorphisme à l'intangible.  Le résultat est que la représentation d'un homme supplicié et assassiné sur une croix  nourrit  le sentiment de vengeance et de haine à l'égard du peuple déicide.

La soif de pouvoir de l'Église et son esprit de conquête

Forte de sa doctrine facilitant les conversions, l'Église pu mener  une politique d'expansion et être une puissance temporelle. En 313 et 380, la doctrine de l'Église fut imposée comme religion exclusive dans tout l'empire romain. L'Église marcha sur les traces de l'empire Romain et adopta son modèle d'organisation et sa langue; les diocèses furent créés sur la base des provinces romaines régies par les évêques sous l'autorité du patriarche de Rome et aussi Pape. Après la chute de Rome en 476, l'église exerça une vaste campagne de conversion des Barbares. La conversion de Clovis et des  Francs en 496 fut un brillant début suivi par celui des Wisigoths, des Anglo-Saxons, des Germains, des Slaves, des Celtes, des Vikings ... L'Église pu continuer à exercer une autorité temporelle en contrôlant les nouveaux rois chrétiens.

L'esprit européen a été influencé pour l'entendement par une théologie visant à multiplier les adeptes et pour les sentiments par des représentations et une liturgie mêlant douleur, mort et sainteté.

Les Croisades et la vie au moyen âge

 Les croisades (1095-1291) furent lancées pour conquérir la Terre Sainte sur la demande de plusieurs papes. L'esprit croisé apparut et avec lui le bon chrétien devint le chevalier chrétien. Les croisades entrainèrent un accroissement des massacres, des expulsions des juifs et leur fuite pour échapper au baptême forcé ou la mort.

Les conditions de vie des Juifs s'aggravèrent au Moyen Age en raison des diffamations propagées par l'Église telles que:

  • Les Juifs empoisonnent les puits et répandent la peste noire
  • Les Juifs conspirent contre l'Église
  • Les Juifs sacrifient des enfants chrétiens pendant la Pâque; cette croyance est restée vivace jusqu'au début du XXe siècle.

 

Restriction des activités

 Les activités des Juifs furent souvent limitées au prêt d'argent jugé impropre pour les chrétiens et parce qu'il permettait une saisie plus aisée de leur biens et créances. Par exemple en 1182, le roi français Philippe Auguste saisit l'ensemble des biens des juifs et les expulsa de France; ils purent revenir plus tard sans recouvrer leurs biens.

 

Ségrégation

En 1215, lors du  4ème Concile de Latran, le Pape Innocent III  décida d'obliger les Juifs à être visiblement différenciés des chrétiens. Les Juifs furent obligés de porter une pièce de tissu ronde et jaune sur leurs vêtements "la rouelle" et après le concile de Vienne de 1267 un chapeau pointu. En France le roi Louis IX, Saint Louis après sa canonisation, obligea les juifs à porter un symbole jaune sur la poitrine et dans le dos.

La couleur jaune représente la trahison de Judas et la forme ronde celles des pièces qu'il aurait reçues en paiement de celle-ci. Les juifs étaient cantonnés dans des quartiers particuliers; en 1516, le quartier fermé de Venise, où les Juifs étaient cantonnés s'appelait  « ghetto» et ce nom s'est répandu.

 

Massacres et expulsions

Parmi les nombreux massacres et expulsions de juifs, nous pouvons noter par exemple les suivants en France et en Allemagne:

En 1289, Charles d'Anjou (France), frère de Louis IX et aussi Croisé, expulsa les Juifs des provinces françaises du Maine et de l'Anjou.

En 1298 d'importants  massacres de Juifs lourds eurent lieu à Rintfleisch en Franconie (Allemagne).

Le 17 Septembre 1394, Charles VI expulsa de nouveau les Juifs de France.

 

RECONQUISTA

L'Espagne et le Portugal appelés ensemble "Al Andalous" formaient ensemble un territoire musulman conquis de 711 à 732.  En 1063 le pape Alexandre II demanda aux croisés de reconquérir  ces territoires en promettant des "indulgences" aux volontaires. L'indulgence est une lettre signée par le Pape pour faciliter l'accès de son bénéficiaire au paradis.

La Reconquista fut terminée le 2 Janvier 1492 par la reddition du Royaume musulman de Grenade. Après la conquête de Grenade, un décret d'expulsion de tous les Juifs non convertis d'Espagne fut promulgué le 31 Mars 1492. Environ 120 000 personnes furent expulsées. A mesure de l'avance de la Reconquista, les Juifs furent enfermés dans les "Aljamas." Les Juifs qui ne voulaient pas fuir durent se convertir au christianisme et furent appelés Marranes ce qui signifie "cochon" en espagnol ("Marrano") alors que les musulmans convertis furent appelés Morisques.

Marranes et Morisques furent accusés de pratiquer secrètement leur religion  d'origine et une nouvelle loi fut appliquée dite « Liempieza de Sangre » ou «pureté du sang». La loi de la pureté du sang annonçait les futures lois racistes des XIXe et XXe siècles: ainsi on ne pouvait prétendre aux fonctions publiques que s'il on pouvait prouver sa chrétienté depuis au moins cinq générations.  De 1483 à 1498, l'accroissement de la violence de l'Église par l'inquisition força la plupart des marranes à fuir.

 

VATICAN II : BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Vatican II est le deuxième concile œcuménique du Vatican ouvert le 11 octobre 1962 par Jean XXIII et clôturé le 8 décembre 1965 par Paul VI en raison du décès de Jean XXIII le 3 juin 1963.

Des réformes majeures étaient attendues de ce concile qui devait inaugurer l'ouverture de l'Église au monde moderne, sa rénovation et la restauration de l'unité des chrétiens.

L’Église était marquée par l’autorité monarchique du Pape, les  évêques n'étant que ses  délégués, aussi   il fut déclaré que les évêques ne sont plus les «vicaires» du pontife romain mais exercent un pouvoir qui leur est propre. Paul VI créa un synode des Évêques pour les écouter  plus souvent que par le passé mais en fait le Pape garda intacte son autorité dominante et centrale.

Les seules décisions marquantes furent d'autoriser la messe en langue vernaculaire et  la déclaration Nostra Aetate qui déclare entre autres:

"Bien que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits... L'Église poussée par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions qui ont été dirigées contre les Juifs et les manifestations d’antisémitisme, quels que soient leur époque et leurs auteurs..."

L'Église n'abandonne donc pas complètement l'accusation des Juifs alors que le pouvoir était détenu par les Romains et que la sentence de mort du Christ fut décidée par Ponce Pilate. L'Église ne remet pas en cause les aspects théologiques et liturgiques qui ont façonné sa haine antijuive et en profite pour s'autoproclamer encore "Nouveau Peuple de Dieu." Ainsi en 1965 l'Église ne condamne les persécutions des Juifs uniquement par charité sans mettre en cause sa propre nature.

Dans son discours d'ouverture du concile Jean XXIII avait spécifié que la doctrine de l’Église est immuable et doit être fidèlement respectée, la tâche du concile étant de la présenter "de la façon qui répond aux exigences de notre époque". Il s'agit donc encore une fois pour l'Église de jouer sur la forme sans remettre en cause le fond. Sans modification de la doctrine il ne peut y avoir de progrès réels et qu'en conséquence il ne peut y avoir non plus un terme réel à l'antijudaïsme de l'Église.

Il était prévu de réduire sur le culte excessif de la Vierge Marie qui choque les Protestants, mais le concile ne put s'y résoudre et déclara que la place de la Vierge Marie était auprès de l'Église. Il était aussi indiqué  que la restauration de l’unité entre tous les chrétiens était l’un des buts principaux du concile Vatican II, mais le seul progrès dans ce sens fut la levée des excommunications réciproques  par le pape et le patriarche de Constantinople.

Le  6 août 2000, le Cardinal Ratzinger  (futur Pape Benoît XVI) déclara avec l'approbation de Jean Paul II, qu’aux yeux de son Magistère, l’Église catholique est « l’unique Église du Christ » et que les Églises nées de la Réforme « ne sont pas des Églises au sens propre du mot. » On voit donc que pour l'Église catholique l'œcuménisme et la tolérance sont de vains mots. 

Jean Paul II tenta aussi en 1988 de se rapprocher de la mouvance fanatique Lefebvriste dont les actes provoquèrent finalement des excommunications, mais tenta de nouveau une approche de cette mouvance à la fin de son pontificat. Marcel Lefebvre, le Fondateur de la mouvance lefebvriste fut un sympathisant de Charles Maurras (antisémite notoire) et un opposant à l'ensemble des réformes de Vatican II.

En décembre 2005 Benoît XVI   s'opposa  à la vision d'un concile Vatican II en rupture avec la tradition. Il revalorisa en 2007 la messe de rite tridentin, soit celle d'avant Vatican II de façon encore une fois à se rapprocher des fanatiques Lefebvristes. Il  alla jusqu'à lever en 2009 l'excommunication des évêque Lefebvristes ce qui marqua un net retour en arrière de l'Église.

Nous pouvons  constater  dans la réalité qui est loin des beaux discours, de Jean Paul II ou du Pape François, une marche arrière de l'Église  par rapport aux faible progrès de Vatican II et son impossibilité de remettre en cause sa doctrine qui entrainera fatalement sa disparition en raison des progrès mondiaux dans le domaine de l'éducation.

 

III-CONDITIONS DE VIE DES JUIFS DANS LES PRINCIPAUX PAYS CHRETIENS

 

 

EMPIRE RUSSE ET POLOGNE 

Des populations juives étaient présentes en Pologne avant et pendant les croisades, mais le roi Casimir III le Grand les encouragea à y venir durant son règne de 1333 à 1370. La Pologne accueillit les juifs de 1333 à 1572 et fut un véritable refuge parmi ceux qui furent expulsés de l'Europe de l'Ouest. La Pologne devint le seul refuge européen pour les juifs et fut appelé "Paradisus Judaeorum."

Avec des moments plus ou moins favorables, la Pologne resta  un centre où les juifs furent bien accueillis par de nombreuses dynasties jusqu'en 1572 en comparaison de leur situation dans les pays de l'Ouest européen, mais la population polonaise ne partageait pas toujours l'avis de ses souverains. Le sort des Juifs polonais changea définitivement avec les massacres fomentés par les Cosaque menés par Bohdan Chmielnicki puis par les conflits entre les suédois et les Polonais durant lesquels ils furent accusés de trahison par les deux camps.

Le sort des Juifs de Pologne devint semblable à celui de ceux de Russie lorsqu'une grande partie de la Pologne et de la Lituanie passa sous le contrôle de l'Empire Russe en 1793 et 1795. L'Empire russe en contrôlant  la Pologne et la Lituanie hérita de la plus grande population juive européenne. En 1897 (date de recensement), "5 200 000" Juifs vivaient dans l'Empire russe ou sous son contrôle.

A partir de 1791 les Juifs de Russie furent obligés de vivre dans les zones restreintes du "Pale." Ces zones comprenaient principalement une partie de la côte de la Baltique et de la mer Noire (Odessa), la Biélorussie, l'Ukraine  et  le Caucase. Les Juifs furent tenus à l'écart du territoire de la Sainte Russie; ils n'étaient pas autorisés à posséder des terres et à se déplacer librement. En 1897, 93 % de la population juive russe vivait à l'intérieur des limites du Pale.

Le sort des Juifs de Russie et de Pologne dépendit du besoin qu'on en avait avec des restrictions liées à l'idée de peuple déicide que s'en faisait l'Église.

 

Le règne d'Alexandre II (1855-1881)

Alexandre II (1818-1881) fut le Tsar de Russie à partir du 3 Mars 1855 et également roi de Pologne et grand-duc de Finlande; il a été le libérateur des serfs en 1861. Progressivement, Alexandre II assouplit les contraintes de la vie juive; les juifs furent autorisés à posséder des terres et des propriétés et à voyager librement dans toute la Russie. Les Juifs commencèrent à intégrer la société russe mais malheureusement Alexandre II fut assassiné en 1881.

 

Le règne d'Alexandre III (1881-1894)

Bien qu'il était le fils d'Alexandre II, Alexandre III (1845-1894) eut une politique opposée à celle de son père et replongea la Russie dans l'obscurantisme pendant son règne de 1881 à 1894. Alexandre III était antijuif. Les Juifs furent accusés par le gouvernement russe d'avoir assassiné Alexandre II, leur propre bienfaiteur. Ce fut le début des grands massacres de juifs et des destructions de leurs propriétés. Ces exactions furent appelées "POGROMS" et eurent lieu dans 166 villes. "POGROM" est composé des mots "PO" qui signifie "entièrement" et "GROMMET" qui signifie"détruire". Dans la seule année 1881 et 1882, une centaine de pogroms eurent lieu, les pires à  Elisabethgrad, Kiev, Odessa, Varsovie et Balta. En 1882, un journal anglais utilisa le mot "Pogrom" pour la première fois en dehors de la Russie.

Les Autorités, les représentants de l'Église et les agents de la police secrète du Tsar appelée "Okhrana Otdeleniye" (Section de la sécurité) ou plus brièvement "Okhrana,"ont incité la foule à commettre des exactions contre les Juifs. Les Juifs furent parfois maintenus dans des zones plus restreintes que celles du Pale,  bannis des zones rurales et leur accès à l'éducation limité. In 1886, les Juifs furent expulsés de Kiev et en 1891 de Moscou, puis de Saint-Pétersbourg et de Kharkov.

Alexandre III déclarait souvent : "Les Juifs ont crucifié notre Maître et ont versé son précieux sang." La politique russe  à l'égard des juifs fut alors appelée politique des trois tiers: un tiers à convertir, un tiers à expulser et un tiers à tuer.

L' "Okhrana" écrivit: « Le Protocole des Sages de Sion» en 1901 dans lequel vingt quatre  membres d'un gouvernement international juif secret et imaginaire,  expliquaient en vingt quatre chapitres leur plan pour dominer le monde. Ce livre de l'Okhrana visait bien sûr à attiser l'antisémitisme. En 1924, Hitler écrivit dans "Mein Kampf" : "Le Protocole des Sages de Sion  a montré à quel point toute l'existence de ce peuple reposait sur le mensonge permanent; le "Frankfurter Zeitung" a tenté de persuader l'univers que ce livre  n'était pas authentique. Ce livre expose clairement ce que beaucoup de Juifs peuvent faire inconsciemment."

Une vague de pogroms meurtriers eu lieu de 1903 à 1906, dont les plus importants furent ceux de Kishinev en Bessarabie et d'Odessa; ils augmentèrent après l'échec de la révolution russe de 1905. De 1881à 1914, de nombreux Juifs fuirent les pogroms et environ deux millions d'entre eux à émigrèrent en Amérique. En 1917, le nombre d'orphelins juifs s'élevait à plus de 300 000 enfants.

 

CAS PARTICULIER DE L'URSS

L'URSS promut l'athéisme et la Révolution  russe de 1917 donna aux Juifs les mêmes droits que ceux des autres citoyens soviétiques, ce qui ne les exonéra pas des graves problèmes que subirent l'ensemble des citoyens soviétiques.

Les armées russes blanches des Généraux tsaristes Koltchak et Denikine massacrèrent  60 000 Juifs en Ukraine en 1917. De 1917 à 1920, plus de 1000 pogroms furent perpétrés par les adversaires de la Révolution au cours desquels 30 000 juifs périrent. Les syndicats des travailleurs juifs "Bund" et "Poale Sion" rejoignirent le mouvement révolutionnaire.

Les Juifs furent reconnus en tant que nation et non pas en tant que religion, reçurent de Staline en 1928 un petit Oblast à la frontière chinoise: le Birobidjan, qui devint une région juive autonome en 1934; il fut un échec en raison de l'absence de liens culturels avec ce lieu et de son grand éloignement des régions traditionnellement habitées par les Juifs.

Toutefois l'URSS sut vaincre seule l'Allemagne nazie et mettre fin à l'extermination des juifs d'Europe. En 2012 Israël a inauguré un monument en mémoire de la victoire de l'Armée Rouge sur l'Allemagne Nazie dont le commentaire est le suivant: "L'État d'Israël et le peuple juif ont une dette de gratitude envers le peuple russe, les peuples de l'ex-Union soviétique et les combattants de l'armée rouge dont le sacrifice et l'héroïsme ont conduit à la victoire sur l'Allemagne nazie au cours de la seconde guerre mondiale et à l'arrêt de l'holocauste du peuple juif..."

L'URSS soutint l'indépendance d'Israël à partir de 1947 espérant probablement son alliance avec le bloc socialiste. En 1947, Andreï Gromiko, ministre des affaires étrangères de l'URSS accusa dans son discours à l'ONU et "à juste titre" le monde occidental d'avoir été incapable d'assurer la sécurité des juifs. La Tchécoslovaquie fournit des armes à Israël jusqu'en 1949, alors que les États Unis organisèrent un embargo.

Les Juifs, citoyens soviétiques comme les autres, ne furent pas épargnés de la folie paranoïaque du dictateur Staline

Staline qui voulait exercer un pouvoir sans partage soupçonna de nombreuses personnes et groupes de vouloir le renverser et notamment les juifs. Il fit fusiller de nombreux leaders politiques et intellectuels juifs. En 1951 il fit fusiller des dirigeants politiques juifs de premier plan en Tchécoslovaquie soupçonnés de complot. En 1952 il soupçonna les médecins Juifs de vouloir assassiner des dirigeants soviétiques. Sa mort mit fin à sa paranoïa le 5 mars 1953.

 

ROYAUME-UNI

En 1905, le premier ministre Lord Arthur Balfour fit voter l"Alien Act"  c'est à dire la loi sur les étrangers " afin d'empêcher les Juifs de Russie et de Pologne de fuir les pires pogroms en se réfugiant au Royaume Uni. Il sembla que pour le Royaume-Uni, la solution à la persécution des juifs européens devait être trouvée hors d'Europe. Nous pourrions donc penser, que le sens de la déclaration de Lord Arthur Balfour, alors secrétaire au Foreign Office dans le gouvernement de  David Lloyd George, du 2 Novembre 1917 sur la création d'un foyer juif en Palestine comme partiellement l'expression d'un tel vœu (illustré par la loi de 1905), et d'un calcul géopolitique autant que le résultat de efforts de Chaïm Weizman.

Le fait que de nombreux Juifs rejoignirent le mouvement révolutionnaire Russe qui s'opposait entre autres aux pogroms fut inacceptable pour le gouvernement britannique. En 1917, le "London Times" écrivit que Lénine et ses partisans avaient du sang germano- juif et travaillaient pour les Allemands.

Le Royaume uni fut chargé d'un mandat de partage de la Palestine comprenant un foyer national juif en 1920 dont les conditions furent entérinées par la SDN en 1922 et qui entra en vigueur en 1923. La création d'un foyer juif en Palestine s'opposa progressivement à l'intérêt des Britanniques qui avaient conçu une nouvelle stratégie géopolitique au moyen orient incluant notamment le pétrole. Le Royaume-Uni faillit à sa mission après 24 ans d'administration de la Palestine et sa partition fut décidée par l'ONU en 1947.

 

ALLEMAGNE

Avec les XIXe et XXe siècles le monde s'ouvrit aux Sciences et il devint nécessaire de donner à l'antijudaïsme chrétien la couleur pseudo-scientifique des nouvelles théories racistes en l'appelant "antisémitisme." La haine religieuse fut ainsi confortée par son expression raciste.  Ainsi les prétendus crimes que les juifs auraient commis pour des raisons religieuses provenaient en plus de leur prétendue race qui rendait leurs défauts incorrigibles. Cette politique est d'autant plus cousue de fil blanc que dans ce cas le mot Sémite ne concerne que les Juifs et aucune autre population. Le mot antisémite fut utilisé pour la première fois en 1879 par le pasteur et théologien allemand Adolf Stöcker (1835-1909) qui attira de nombreux protestants à ses idées antijuives.

En 1880, les livres antisémites de Heinrich von Treitschke Gothard " Noch einige Bemerkungen zur Judenfrage " et de Eugen Dühring "Die Frage der als Judenfrage Racenschaedlichkeit " devinrent des "best Sellers" en démontrant  que les problèmes engendrés par les juifs avaient pour origine leur race. Par ailleurs la croyance chrétienne médiévale antijuive traditionnel en "l'assassinat rituel d'enfants chrétiens par des juifs" continua et culmina avec les scandaleuses affaires judiciaires de Xanten en 1892 et de Könitz en 1900.

Hitler adopta les théories racistes et antisémites en tant qu'élément clef de son programme pangermanique et trouva dans la doctrine de l'Église un bon support pour sa propre conscience, comme cela est indiqué à la fin du deuxième chapitre de "Mein Kampf" Années d'études et de souffrance à Vienne": "La nature se venge lorsque l'on transgresse ses commandements; donc je pense à agir dans l'esprit du Tout-Puissant, notre créateur, car en me défendant contre le Juif, je combats pour protéger l'œuvre du Seigneur."

En Septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne et la France et le Royaume Uni n'intervinrent pas "dans les actes" en ne respectant pas ainsi leurs engagements comme ils l'avaient déjà fait pour la Tchécoslovaquie en 1938. L'URSS n'avait pas pu alors protéger les Sudètes tchécoslovaques en raison du véto polonais et du manque de volonté de la France et du Royaume Uni.

La Pologne avait été reconstituée en 1918 et obtint de vastes territoires contrôlées précédemment par la Prusse, l'Autriche-Hongrie et la Russie qu'elle accrut en 1922 à la suite de la guerre contre l'URSS. L'indépendance de la Pologne commença avec d'importants Pogroms condamnés par les seuls parlements anglais et américain.

En conséquence de ces réorganisations territoriales, la Pologne rassembla en 1939 la plus forte population juive européenne (3.3 millions de personnes) dont 61% passa sous contrôle allemand en 1939 et la totalité en 1941.En contrôlant temporairement l'Est de la Pologne après l'invasion allemande, l'Armée Rouge permit à de nombreux juifs polonais de fuir en Russie et d'échapper à la Shoah.

 

 

FRANCE

 

La Révolution

En 1789, environ 50 000 Juifs vivaient en France à partir dont 25 000 en Alsace où de nombreuses émeutes antisémites eurent lieu. Grâce à la Révolution tous les Juifs devinrent des citoyens français en 1790 et 1792. Napoléon émancipa le statut  Juifs dans tous les pays européens qu'il conquit.

Après la chute de l'Empire en 1815, le chancelier autrichien Metternich convainquit les pays Européens d'annuler l'émancipation du statut des juifs fondée sur les  idées révolutionnaires françaises propagées par Napoléon. Les Pays Bas et  la France furent les seuls pays, qui maintinrent les droits octroyés aux Juifs.

 

La France antisémite

Le journal «La Croix»  créé en 1883 par les prêtres chrétiens de l'Assomption se déclara être, en sous titre, à partir de 1889 le journal le plus anti- Juif de France. En 1886, la publication du livre:" La France juive" écrit par le militant d'extrême droite  Édouard Drumont fut un succès. Édouard Drumont introduisit en France l'expression allemande "antisémitisme." Dans son livre l'antijudaïsme chrétien a été alourdi par la vision antisémite illustrée par l'extrait suivant : " Les Juifs ont ce fameux nez courbé , les yeux clignant, les dents serrées , les oreilles saillantes , les ongles carrés, un  trop long torse , les genoux ronds , les chevilles très saillantes  et la main molle et lisse de l'hypocrite et du traître . Ils ont souvent un bras plus court que l'autre."

L'antijudaïsme chrétien a toujours contenu l'antisémitisme par les représentations hideuses des juifs dans les illustrations qu'elle propageait. L'antisémitisme a été inspiré par l'Église et en fin de compte la différence est qu'elle n'a pas prétendu construire une théorie raciste mais a obtenu des résultats comparables par le biais de sa doctrine et de ses représentations. L'antijudaïsme chrétien a engendré l'antisémitisme et dans la pratique la différence entre les deux est impalpable.

La Ligue antisémite nationale de France, une organisation d'extrême- droite fut créée en 1889. Le quotidien antisémite: « La Libre Parole » fut créé en 1892 par Édouard Drumont.

 

 L'Affaire Dreyfus: 1894 - 1906

Alfred Dreyfus, un capitaine juif de l'armée française né en Alsace (occupée par l'Allemagne), fut condamné au bagne en 1894 pour espionnage en faveur de l'Allemagne sur la base de documents falsifiés. Le fait qu'il était Juif d'Alsace fît de lui le traître parfait pour les autorités militaires françaises traditionnellement chrétiennes et antijuives.  Le 13 Janvier 1898 Émile Zola publia dans le journal "L'Aurore" sa fameuse dénonciation, sous la forme d'une lettre ouverte au Président de la République française et commençant par "J'accuse ..." La droite et l'Église a déclarèrent que l'affaire Dreyfus était un complot des Juifs et des francs-maçons contre la France et l'armée française. Le politicien français Maurice Barrès fît la déclaration suivante: «Je crois que Dreyfus est capable de trahir, je le déduis de sa race. " En 1899, l'auteur des faux documents, le Colonel Henri fut identifié et se suicida et le véritable espion  le Major Walin Esterhazy fuit à Londres. Ce n'est qu'en 1906 que la Cour de cassation déclara Alfred Dreyfus innocent. L'Affaire Dreyfus  a montré qu'à la veille du XXe siècle que l'antisémitisme était profondément enraciné  même au sein du pays des Droits de l'Homme et que les juifs ne pouvaient pas espérer véritablement vivre en sécurité en Europe. Ceci a été le point de départ de l'organisation du sionisme moderne par Theodor Herzl qui couvrit l'affaire Dreyfus à Paris en tant que journaliste.

 

1939-1945

En 1939, le gouvernement français ferma les frontières pour empêcher les Juifs allemands de fuir le régime nazi. En 1940, après sa défaite, la France fut divisée en deux dans un premier temps: une partie sous occupation allemande et une autre libre, mais les deux sous l'autorité du Maréchal Pétain un proche allié de l'Allemagne. Le Maréchal Pétain Chrétien-antijuif et décida personnellement de mettre en œuvre des lois antisémites dès octobre 1940 en limitant les activités professionnelles des juifs. Le 10 juillet 1940, la République, par son assemblée nationale, avait mis en place une dictature en octroyant  les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain qui  bénéficiait d'un immense soutien populaire et fut largement soutenu par l'Église. Le 19 novembre 1940, le Cardinal Gerlier, Primat des Gaules de 1937 à 1965,  déclara "...Pétain c'est la France et la France...c'est Pétain." En 1941, l'assemblée des Cardinaux et archevêques de France assurèrent le Maréchal Pétain de leur profond soutien.

En Mars 1941 Pétain créa une Autorité spéciale pour les affaires juives chargée de leur recensement, de la spoliation de leurs biens et de la propagande française antisémite. A partir de mars 1941, les policiers français commencèrent à arrêter les Juifs pour les déporter. En Novembre 1942 la France fut entièrement occupée par les troupes allemandes et le chef de la police de Pétain, René Bousquet fut chargé de l'arrestation des Juifs sur l'ensemble du territoire.

 

1967-1989

En 1967,  le général de Gaulle alors Président de la République fit une allocution officielle dans laquelle il utilisa un vieux cliché "digne" du "Protocoles des Sages de Sion"; il déclara: "Les Juifs sont un peuple d'élite, sûr de lui et dominateur."

Dans les années quatre vingt, la France découvrit que le Président de la République, François Mitterrand entretenait une relation avec René Bousquet.

En 1989, l'association des Fils et Filles de déportés Juifs de France, la Fédération Nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la Ligue des Droits de l'Hommes déposèrent plainte contre René Bousquet pour crimes contre l'humanité.

 

IV-CONCLUSION

 

Le premier acte majeur de l'antijudaïsme européen fut l'organisation de la diaspora par les Romains qui mit le peuple juif en situation de grande vulnérabilité. La doctrine initiale de l'Église renforcée par les différents conciles semble avoir été orientée pour attirer en grand nombre de nouveaux adeptes et s'est ouverte pour cela à des hérésies qui ont creusé un fossé considérable avec le Judaïsme et plus généralement avec le monothéisme. L'Église a cru pouvoir combler ce fossé par des manipulations sémantiques.  Il est probable que le vertige de l'intangible ne pouvait convenir aux attentes  immédiates, pratiques et superstitieuses de nouveaux convertis toujours sous l'influence de leurs précédentes croyances. La domination dans les faits de  l'aspect anthropomorphique de la représentation la plus courante du Dieu chrétien fut renforcée par l'addition du culte de Marie. Cette soif de tangibilité et d'anthropomorphisme  a rendu bien sûr plus palpable le supposé sacrifice rédempteur du Dieu des Chrétiens mais malheureusement aussi l'idée du meurtre d'un homme qui ayant été considéré comme  Dieu lui-même, a engendré le concept de déicide opposé à celui d'éternité de Dieu.

Leur Dieu est parfois plus Dieu ou plus homme selon les besoins des théologiens chrétiens, mais le résultat de cette attitude fut  l'accusation de déicide de tout un peuple aux yeux du monde. L'exemption de toute responsabilité de Rome qui a prononcé et exécuté la sentence de mort est peut être due au fait qu'elle était un fort potentiel de futures conversions.

L'Église a envahi l'esprit européen tant au plan de l'entendement par l'art de la théologie, mais des sentiments par les représentations et la liturgie et y a introduit la haine et l'esprit de vengeance à l'égard du peuple juif accusé de déicide.

Cet ancrage de l'antijudaïsme dans les esprits chrétiens contenait tous les germes de l'antisémitisme qui n'est que l'antijudaïsme chrétien  exprimé dans une nouvelle terminologie et un nouveau cadre, ceux des théories racistes des XIXe et XXe siècles. En fait l'Église était antisémite avant que le mot ne fut créé. L'antijudaïsme chrétien a toujours contenu de l'antisémitisme par les représentations odieuses des juifs qu'elle propageait. L'Église n'a pas prétendu construire une théorie raciste mais obtint des résultats comparables par sa doctrine et ses représentations. L'antijudaïsme chrétien a engendré l'antisémitisme et dans la pratique la différence entre les deux est impalpable.

L'antisémitisme convient parfaitement à l'expression antijuive des mouvements extrémistes des XXe et XXIe siècles qui pourraient survivre à l'Église. L'antijudaïsme et l'antisémitisme sont un phénomène particulier puisqu'il continue même en l'absence de juifs tout simplement parce que la  haine universelle a besoin de cibles existantes ou virtuelles. Comme un être vivant l'antijudaïsme s'adapte en prenant la forme de l'antisémitisme et à présent celle de l'antisionisme qui procède des mêmes mécanismes générateurs.

La vie des juifs en Europe devint difficile bien avant la Shoah puisque dès 1922 la Société des Nations demanda au Royaume Uni d'organiser la création d'un foyer juif en Palestine d'ou les Juifs avaient été expulsés deux mille ans auparavant. De 1940 à 1945, 62,5 % de la population juive européenne fut anéantie. En 1880 environ 70% de la population juive vivait en Europe et ce chiffre a été réduit à 10.4% en 2007 en raison de la Shoah  et de la vaste fuite des survivants hors d'Europe.

La raison de la presque totale disparition du peuple juif d'Europe avait  ​​été justement évoquée dans le discours à l'ONU en 1947 d'Andreï Gromiko, ministre des Affaires étrangères de l'URSS: "Le monde occidental a été incapable d'accueillir et de garantir la sécurité des Juifs..."

A la suite du second conflit mondial, l'Église prit conscience de son total anachronisme qu'elle a tenté de  réformer "en vain" au cours du concile Vatican II car elle est totalement incapable de modifier sa doctrine et se contente de discours à la forme novatrice qui cachent mal son profond immobilisme.

Même la déclaration Nostra Aetate a été décevante car elle continue de faire mention de la responsabilité de dirigeants du Judaïsme et de leurs partisans à l'époque de la crucifixion et passe sous silence celle beaucoup plus lourde de Rome. La déclaration Nostra Aetate  dit regretter les massacres, antijuifs  par simple  charité mais ne met pas en question sa doctrine qui en est le moteur essentiel. La vérité est loin des beaux discours des Pape Jean Paul II et François  et nous constatons une marche arrière par rapport à Vatican II avec les Papes  Jean Paul II et Benoît XVI.

L'antisémitisme sous sa forme antisioniste vise replonger le peuple juif dans la vulnérabilité qu'il a connu; il serait  alors dépendant  du bon vouloir des pays hôtes et des humeurs de leurs dirigeants en vivant dans la soumission à ses accusateurs sans autre recours. Les antisionistes feignent de ne pas comprendre la loyauté des juifs de la Diaspora envers leur pays de citoyenneté et d'Israël alors que l'Histoire des deux milles dernières années a révélé que les pays d'accueil ne pouvaient pas ou ne voulaient pas assurer leur sécurité. Les récentes attaques d'autorités nationales ou supranationales et de mouvements extrémistes contre le Judaïsme, la reconsidération du récit historique pour s'ouvrir aux versions révisionnistes de double génocide et d'obfuscation de la Shoah sont autant de signaux d'alertes inquiétants en Europe.