DEFENSE DES RETRAITES

MESSAGE AUX DEPUTES SOCIALISTES

RETRAITES: PARADIGME ET COGNITION

Didier BERTIN - 23 AVRIL 2010

 

Cher (e)s Camarades

La présentation qui va suivre comprend des évidences mises bout à bout ; pourtant ces évidences semblent échapper aux acteurs de la vie politique et pire encore à certains élus du Parti Socialiste qui ont encore très récemment présenté sur les médias des points de vue en  désaccord avec la position du Parti Socialiste adopté le 26 Janvier 2010.

De plus nous assistons actuellement à une campagne télévisée par laquelle le Gouvernement prévient les citoyens qu’il entend  réformer, c'est-à-dire de remettre en cause, les conditions actuelles de retraite.  Cette campagne mérite une réaction à la hauteur.

Le mélange que l’on fait entre la détermination des retraites et  le problème de leur financement n’a ni logique sociale ni économique, mais procède d’un raisonnement  simplificateur dans le but de continuer la modification bien entamée des spécificités de notre société en un modèle libéral.

I-PLACE  DE LA RETRAITE DANS LA VIE DES CITOYENS

En dehors de nombreux élus et de certaines professions privilégiées qui vivent une version très édulcorée du monde du travail, la majorité de  la population doit se satisfaire  tous les jours de l’Entreprise organisée sur le mode féodal ou paramilitaire et ne connaissent la Démocratie qu’au cours des exceptionnels jours d’élections.

Au quotidien, les citoyens voient passer la Démocratie par les meurtrières des Entreprises-Citadelles dans lesquelles ils sont prisonniers alors que leur sort est fixé par ceux qui vivent au dehors.

« Le temps de travail » n’est qu’un  leurre tant que l’on ne remplace pas ce concept  par « le temps dédié au travail. » Le temps dédié au travail comprend le temps de travail lui-même « qui est le seul objet des préoccupations du législateur »,  auquel on doit ajouter  les  pauses sur le lieu de travail ou à proximité, le temps de transport et de rapatriement des enfants et ainsi huit heures deviennent douze heures. Le temps de récupération physiologique nécessaire à la répétition du travail portent ces  douze  heures à vingt heures et l’on peut donc dire quel le temps dédié au travail est total et celui dédié à la vie démocratique est nul.

La réalité de la vie pour la majorité de la population est un cadre hiérarchique rigide avec son lot de discipline et de sanctions humiliantes. Cette vie est souvent proche du modèle féodal avec sa petite noblesse, ses jeux de cour, le règne de la peur et les grands seigneurs aux pouvoirs démesurés sur l’avenir de leurs sujets qui va jusqu’au droit de vie ou de mort économique par la voie du licenciement ou du harcèlement.

La Loi entre difficilement dans les Entreprises privées ou en est détournée, et les avantages ne sont jamais acquis sans une lutte permanente. La vie dans l’Entreprise est par nature anti-démocratique et il ne faudrait pas que nos institutions suivent le même chemin en imposant des réformes hostiles aux citoyens.

La retraite est le dernier espoir avant la mort et dans des conditions physiques amoindries de s’affranchir de ce cadre de vie subi et non choisi. Les mouvements progressistes doivent donc continuer à prôner la réduction de la  durée du travail tant hebdomadaire que sur l’ensemble de la vie sans se laisser abuser par de fausses problématiques ou des vérités convenues. La réduction hebdomadaire du travail à 35 heures devait être impossible à réaliser alors qu’aujourd’hui elle est la règle.

Les entreprises ne font pas bon ménage avec la Démocratie et ont horreur des quinquagénaires quelque  soit leur espérance de vie allongée ou non  Les entreprise ne veulent pas rémunérer l’expérience et désirent avoir des sujets très malléable ; c’est un choix conscient et bien déterminé.

La réduction apparente des déficits des retraites entrainera l’accroissement des caisses d’assurances chômage et il faudra bien rémunérer le nombre croissant des quinquagénaires en fin de droit ou voir changer le visage de la France en celui d’un pays clochardisé.

Le bon sens consiste à constater une réalité dans laquelle la sortie effective du travail devient 58 ans et à prendre les mesures économiques nécessaires pour prévenir la paupérisation d’une partie de la population. Les diverses politiques d’intégration des séniors ont été un échec et se feraient au dépens de l’emploi des jeunes lui même à un niveau inquiétant.

Il est temps de se conformer à la réalité et de constater que l’âge de la retraite doit être réduit de 60 ans à 58 ans. Il faut donc prendre  les mesures économique nécessaires pour faire face non pas au financement des retraites mais à la crise économique « qui ne met en  cause que l’autofinancement  des retraites » et implique une nouvelle approche de sa couverture financière.

Si l’on ne peut pas gérer cette réalité, c’est que l’on n’est pas qualifié pour gouverner. Le gouvernement actuel  peut envisager des régressions sociales, mais nous n’avons pas vocation à  le suivre dans son action qui in fine vise à créer une fiscalité favorable à son électorat.

L’Etat a décidé de se retirer de la gestion des entreprises et ceci n’étant plus à l’ordre du jour ; nous n’avons rien à espérer de mesures incitatives et devons envisager un programme interventionniste efficace.

II-PENIBILITE DU TRAVAIL

La pénibilité au travail ne doit pas être  limitée à la pénibilité physique. Les nombreux suicides de cadres, ingénieurs et médecins hospitaliers montrent que la haute pénibilité peut aussi affecter les fonctions de recherche, d’encadrement ou de soins. La pression, l’humiliation et le harcèlement peuvent être tels que la vie prolongée de certains cadres, ingénieurs et médecins hospitaliers ne vaut plus selon eux la peine d’être vécue.

Dans ce cas le droit de vie ou de mort économique et devenu un droit de vie ou de mort tout simplement. Pour y parvenir, les Entrepreneurs ont inventé le concept de l’Enfer sur terre qui s’applique indifféremment à l’ensemble de leurs sujets.

III- SACRIFICE DE L’EDUCATION SUR L’AUTEL  DE L’ECONOMIE

Non seulement l’essentiel du fonctionnement de notre Société marche à l’heure de l’économie de l’entreprise, mais nous avons aussi trop souvent sacrifié la mission générale de l’Education Nationale  pour répondre aux demandes de quelques aventuriers d’un moment.

Les entreprises n’ont ni morale ni perspective à long terme, elles se contentent de s’adapter à l’instant présent et demandent l’intervention de l’Etat c'est-à-dire de l’ensemble des citoyens pour compenser leur absence de vision au-delà du court terme.

L’Education a une mission à long terme qui ne peut qu’être détruite par un top grand contact avec le commerce. Nous nous trouverons toujours surpris par les cycles à court terme de l’économie  si nous ne donnons pas à nos nouvelles générations une mission plus universelle que celle déterminée par les entreprises. Seule l’Education Nationale peut protéger l’emploi à long terme si l’on garantit son indépendance à l’égard de l’instant.

Le concept d’entreprise a de plus radicalement changé en raison de leur changement d’échelle et des nouvelles contraintes qu’elles s’imposent. Les Entreprises doivent rémunérer d’abord le marché financier dont elles se sont rendues dépendantes et qui est indifférent aux contraintes industrielles et sociales. La rémunération des marchés financiers affecte l’autofinancement et engendre dans un cercle infernal la dépendance des entreprises à leur égard. Ainsi les entreprises sont devenues les lieux de culte de la superficialité économique et de l’irresponsabilité sociale.

IV-FINANCEMENT DES  RETRAITES

Tout effort financier demandé aux entreprises sera toujours et par principe considéré par elles comme néfaste ; ceci est dû à leur nature amorale ou immorale et économique qui chasse de son champs tout effort financier qui n’est pas pour son bénéfice direct.

Une bonne  illustration en est la dernière analyse de l’OCDE sur le Brésil. Il s’agit d’un pays où les disparités sont importantes et où le salaire minimum mensuel est d’environ deux cents Euros. Malgré ce très bas niveau de salaire minimum que ce pays pourrait facilement accroître, il est encore jugé trop haut par les entreprises. Beaucoup d’entre elles recrutent des travailleurs sans contrat  pour ne pas payer les quelques charges sociales sur ces deux cents Euros.  L’OCDE va dans ce sens en recommandant au Brésil  l’allègement substantiel  des charges sociales sur ces deux cents Euros.

Ceci montre qu’une entreprise ne peut jamais être satisfaite par une main d’œuvre qui n’est pas entièrement gratuite  même si cela la prive de consommateurs locaux qu’elle espérera trouver ailleurs.

1- Pouvoir d’achat :

Les salaires et le PNB ou RNB  n’ont aucune signification sans une prise en compte du pouvoir d’achat effectif des ménages et le concept de PNB ou RNB à parité de pouvoir d’achat n’apporte rien au plan de la réalité sociale. La réalité du pouvoir d’achat relève de l’efficacité organisationnelle de la production et de la  distribution,  doublée d’une volonté de limiter les marges bénéficiaires au strict nécessaire économique loin des impératifs des marchés financiers.

2-Pouvoir d’achat et Bien-être – Bien-être et Croissance

L’invasion économique du dernier siècle nous aura fait confondre bien-être et croissance. Partant  du respect de la nature, les écologistes ont découvert une vérité que le bon sens aurait pu nous faire apparaître bien avant ; les ressources et la résistance de la terre ne permettent pas l’application généralisée d’un système économique fondée sur une croissance constante.

Les citoyens aspirent à avoir une vie de qualité  que le consumérisme ne peut leur offrir en raison des contraintes terrestres et des aspirations humaines à ne pas être qu’un outil de production  devenu de plus très précaire compte tenu des cycles économiques.

Sans entrer dans le détail nous découvrons que des politiques en matière d’habitat, d’énergie, de transports et de biens de consommations courants mais durables peuvent apporter bien-être sans requérir une production en croissance constante. Le bien être est fondé sur une utilisation optimale de la richesse cumulée sans avoir besoin de la renouveler systématiquement. Il n’y a donc pas de lien conditionnel entre bien être et croissance.

La culture de la consommation d’objets et de services précaires destinés à accroître artificiellement chiffres d’affaires et PNB ou RNB ne concerne principalement que les pays de l’OCDE et n’a rien d’une vérité universelle. Le consumérisme est générateur de PNB ou RNB qui n’est pas corrélé systématiquement au bien-être. Sur des bases durables le temps de travail et les salaires pourraient être mieux partagés sans affecter la qualité nationale de vie. A long terme c’est aussi le financement des retraites sui pourrait être ainsi résolu.

Il devient indispensable de réformer les Sciences économiques et de renouveler les agrégats mesurant les performances économiques. Le PNB ou RNB n’est le produit d’une année de biens et services qui peuvent être plus subis que requis et qui ne reflète et pas les efforts cumulés qui participent au bien-être à long terme.

Le critère premier devrait être  la création de bien-être  qui pour sa partie économique repose sur des priorités qui ne sont pas celles déterminées par l’économie classique. Lorsque nous nous serons affranchis de l’économie classique qui a très récemment mis en cause l’équilibre mondial à plusieurs reprises, nous aurons une meilleure visibilité du choix des priorités.

3-Fiscalité

La France est laxiste au plan de la fiscalité car celle-ci n’est pas liée à une politique claire de répartition. La fiscalité ne doit pas répondre à des  besoins calculés par l’Etat mais doit procéder d’une claire politique de répartition et de solidarité dont elle est l’instrument.

En France la répartition du revenu montre une conception insuffisante du principe de répartition digne de notre Histoire et de la nature de notre Démocratie.

La France se classe au 20ème des 27 pays de l’Union Européenne par la répartition du revenu des ménages loin derrière la Suède -1er rang- et l’Allemagne -7ème rang- et aussi derrière la moyenne de pays de l’Union Européenne : 16ème rang. Nous sommes au même niveau que la Grèce dans ce domaine et très proches du Royaume Uni -22ème rang - qui lui a fait des progrès dans ce domaine au cours des dernières années alors que nous avons stagné.

Ceci montre de façon objective et ultime que la fiscalité ne joue pas son rôle de régulateur. Si l’on prétend que notre fiscalité est égalitaire, il faut en conclure qu’il existe de nombreux moyens d’y échapper. Nous pouvons donc accroître la solidarité et en particulier celle en matière de retraites en nous mettant au même rang que les meilleurs pays de l’Union Européenne en ce qui concerne la répartition des revenus.

On peut classer en 10 groupes les pays de l’Union Européenne avec dans le premier groupe le meilleur pays et le seul membre de ce groupe : la Suède et dans le dernier groupe et le seul membre de ce groupe : le Portugal. Sans vouloir égaler la Suède nous pourrions au moins faire partie du deuxième groupe des six pays les plus solidaires dont fait partie notre partenaire allemand, alors que dans le 7ème groupe, nous en sommes loin. Nous avons pourtant un net avantage démographique sur l’Allemagne grâce à notre politique traditionnellement ouverte à l’immigration. Le retour à cette tradition d’accueil consolidera à long terme celle de notre solidarité et facilitera le financement des retraites.

Le départ à la retraite à 58 ans est un fait que nous imposent à la fois  la réalité têtue,  le monde économique et la volonté de progrès social. Nous devons faire face à son financement avec le concours des salariés « pour ce qui est possible » et avec le concours des autres agents économiques « pour le reste ». Nous ne demandons pas aux cancéreux de financer leur guérison, ni aux victimes de cataclysmes naturels de financer leur réinsertion ; il en est de même pour les retraites dont le déficit est lié à des causes qui dépassent ceux qui doivent y accéder et qui de plus n’ont pas d’autres choix ; les retraités ne font pas soudainement partie d’une autre nation.

V-CONCLUSION

 

1-La France doit rejoindre le deuxième groupe des pays de l’Union Européenne classés par solidarité, telle qu’elle ressort de la répartition des revenus en annexe. En effet,  notre fiscalité ne semble pas être au point dans ses règles ou dans son fonctionnement. Il y a là d’importantes ressources à appliquer au financement des retraites et à d’autres priorités sociales.

2-Nous devons aussi revoir les agrégats économiques qui nous donnent une mauvaise mesure  de la qualité de vie sous l’influence de l’obsession productiviste non nécessairement utile. C’est sur la base de nouveaux agrégats que nous pourrons nous orienter vers les véritables priorités. Les écologistes ont eu une excellente intuition dans ce domaine qui doit prendre une place plus importante dans notre gestion économique.

3-La régression sociale consiste à abandonner les citoyens à un système économique mécaniste et libéral et qui n’a jamais prétendu être moral parce que ce n’est ni sa fonction, ni sa nature, ni sa vocation. La fonction des élus est de prendre en compte les intérêts des électeurs en imposant morale et solidarité.

4-Nous ne devons pas mélanger les retraites qui sont du domaine social et du devoir national et leur financement de nature économique. L’autofinancement obsessionnel des retraites consiste à penser que les retraités ne font plus partie de la collectivité nationale. La couverture des retraites est de du ressort du Gouvernement qui a la charge de la gestion des finances nationales et du respect de l’ordre social.

4-Nous devons être pragmatiques et militants pour le  progrès social en acceptant la réalité qui s’impose aux citoyens est qui est celle du  départ effectif à la retraite à 58 ans.

Salutations Socialistes

Didier BERTIN - PS – CAEN  

didier.bertin@didier-bertin.org