EVOLUTION DU SYSTEME BANCAIRE ET FINANCIER ET RISQUE SYSTEMQUE

 

 Evolution du système bancaire et financier

et risque systémique

Renforcement indispensable et urgent du contrôle de l’activité des Banques

Analyse et propositions

Didier E. Bertin – 10 Novembre 2010

 

Les observations et suggestions qui vont suivre sont fondées en grande partie sur une expérience personnelle du marché depuis les années soixante dix.

 

I – Une première étape notable

Un nouveau marché : l’Euromarket

Vers la fin des années de années soixante et les années soixante dix, les principaux acteurs du marché bancaire ont pris conscience de la masse importante des dollars détenus par des entités ne résidant pas aux Etats Unis telles que les bénéficiaires de financements américains,  l’URSS et  les Pays fournisseurs de pétrole et ont décidé de s’organiser pour les utiliser comme source de financement d’investissements. Dans un premier temps, les Banques ont préféré avancées groupées en terra incognita derrière des  banques consortiales ou Euro-Banks agissant en éclaireurs pour leur compte. Finalement bien que le dollar soit resté la principale devise du marché,  les principales devises ont été utilisées.

Les ressources de ce marché n’étant disponibles qu’à court terme leur utilisation économique optimale requérait leur transformation en financement à long terme indispensables aux  investissements. Cette transformation a été réalisé par des salles de marché actives et rendant transparent les disponibilités interbancaires et qui ont eu un rôle fondateur pour ce  nouveau produit issu de flux asymétriques à trois dimensions : taux, cours, durée.

 

II- Recherche d’applications aux nouvelles ressources :

Modification de l’approche du risque

Les risques pris par les salles de marché se sont progressivement éloignés de l’orthodoxie bancaire traditionnelle appliquée dans les établissements qui prenaient en conséquence une allure bicéphale. Les vertus dont on dotait à l’époque le risque souverain  (risque sur pays) a permis pour une grande partie d’assurer des débouchés à la hauteur des disponibilités. On pensait qu’un Etat ne pouvait pas faire faillite en raison du jeu des alliances internationales et du besoin absolu pour les grandes puissances de maintenir l’équilibre politique mondial. « Cet acte de foi » permettait simplement de s’éloigner de l’analyse du risque classique et de pouvoir faire du volume en compensation de marges réduites. Les nombreux pays qui se développaient ou consolidaient leur développement, ouvraient de très larges perspectives de profits faciles, de l’Asie à l’Amérique latine  en passant par l’Afrique. 

Dans cette nouvelle conception du risque, les Banques ont préféré parmi les pays en développement  les dictatures supposées garantir   l’ordre social et le travail plus efficacement que les démocraties ; le bloc soviétique qui regroupait un ensemble de dictatures obtenait les faveurs des Banques qui ne demandaient qu’un nombre minimal d’informations économiques dont on se consolait de l’absence en se disant qu’elles auraient été établies selon des conceptions marxistes  impossibles à interpréter. La faillite  des pays émergents et l’inexcusable victoire des peuples sur les dictatures du point de vue des Banques, ont ruiné leur rêve d’argent facile.

A cette occasion les Banques ont rompu avec la vocation Saint Simonienne de leurs fondateurs qui souhaitaient être partenaires des  entreprises industrielles pour assurer un développement commun.

 

III-Une seconde étape notable : Le succès du tout virtuel 

Beaucoup d’activités et peu de retombées réelles

Chicago avec le CME (Chicago Mercantile Exchange) et le CBOT (Chicago Board of Trade), a été le premier marché où les agriculteurs ont pu se couvrir à terme contre les variations de prix des denrées alimentaires, notamment pour des raisons climatiques. Partie d’un besoin spécifique à l’agriculture, l’utilisation des premiers produits dérivés a été généralisée à d’autres domaines  et la place de Chicago a vu naître le premier marché de produits financiers dérivés qui s’est rapidement étendu à d’autres places.

Il est nécessaire aujourd’hui de faire la différence entre les produits qui ont une réelle utilité pour le développement économique et ceux qui ne servent que la spéculation.  Les produits utiles à l’économie réelle sont ceux qui se rapportent à des risques de cours et de taux utilisés  par les entreprises industrielles en ce qui concerne le commerce extérieur et les décisions d’acquisition de biens de production.

Dans le domaine des produits virtuels les produits dérivés ont été suivis par la création des produits structurés  dont le point commun est une  démultiplication virtuelle visant à  accroitre une activité de façade d’une même réalité dont l’unicité est têtue.

Pour surpasser les contraintes de la réalité, les produits structurés avec trésorerie sont un moyen de démultiplier l’effet d’une même réalité pour le Corporate, tandis que les produits dérivées qui la plupart du temps n’impliquent même pas de trésorerie démultiplient pour les salles de marché, des opérations sur la base de courants d’opinions concernant d’autres réalités; les évolutions d’indices boursiers , de cours  ou de taux, reposent sur des groupes d’opinions relatives au devenir d’un risque particulier (cas par exemple des CDS- Credit Default Swap), d’entreprises, de devises ou d’intérêts par exemple. Les indices boursiers ont par exemple un effet pervers sur la réalité en favorisant la prise en compte de la croissance immédiate des fonds peuvent et en excluant d’autres paramètres garantissant un effet durable de la croissance de ce même rendement.

 

Virtualité dans le  « Corporate » : quelques exemples

 

1er exemple

Après le tarissement des opportunités souveraines, la cible de nombreuses Banques à la recherche de profits faciles allaient être les bonnes entreprises ayant un recours limité aux crédits. La solution trouvée pour forcer ces bonnes entreprises à s’endetter, allait consister à en changer les actionnaires et les dirigeants pour les remplacer par d’autres.

Il suffit pour cela de constituer une société avec des ressources issues d’un hyper- endettement et qui permettent de racheter les actions de la Société-cible.

Une fois les actions achetées, on fusionne les bonnes sociétés avec leurs acquéreurs : les sociétés-véhicules hyper-endettées et ainsi les bonnes sociétés deviennent à leur tour hyper-endettées.

Le surendettement a contraint les nouveaux dirigeants d’un certain nombre de sociétés précédemment bonnes à devoir liquider tout ou partie de leur actifs pour faire face au remboursement de leur  nouvel endettement.

Une telle intervention a au mieux un effet négatif limité à la réduction de la capacité d’investissement de l’entreprise par les nouvelles charges financière et au pire une perte de la substance industrielle. Ce type d’opération est un LBO (Leveraged Buyout) c'est-à-dire une prise de contrôle au moyen de capitaux empruntés.

2éme exemple

Certaines entreprises ne sont pas assez bonnes pour aller directement sur le marché financier ; Pour surmonter cette difficulté, il suffit de les transformer synthétiquement en bonnes entreprises. Pour cela on créé un véhicule qui va recueillir les meilleurs actifs de la société (immobilier, stocks, créances..), et on obtiendra  ainsi donc très bonne entité au détriment de  la précédente. La nouvelle bonne Société-véhicule  se porte alors  garante des titres d’emprunt qui seront émis par la société dépecée. Le montant de ces titres sera bien sûr limité au regard de la qualité du nouveau véhicule-garant. Les  titres auront donc  une meilleure notation que ceux qu’aurait pu obtenir la société initiale. Ce système est réalisable dans le cadre d’une titrisation, elle ne modifie pas la réalité mais permet un accroissement de l’endettement de la Société initiale. Les actifs qui améliorent l’opération ne sont déplacés que virtuellement (contractuellement) et en cas de défaut de la société émettrice, les actifs de la société garante, qui sont de facto ceux de la société en défaut  peuvent tout simplement  ne pas être utilisables.

 

 

Virtualité dans les salles de marché

Le Corporate inclut un nombre croissant d’opérations structurées qui l’éloignent d’une réalité industrielle qui reste toutefois sa référence de base ; ceci n’est souvent pas le cas des opérations des salles de marché. Par exemple les indices boursiers reflètent  des courant d’opinions sur les performances possibles d’une entreprises et dans cette logique on peut même créer, au moyen de produits dérivés, un second courant d’opinions sur les tendances qu’aura le premier courant d’opinions et se situer ainsi dans un univers  spéculatif de plus en plus autonome au point de pouvoir influer sur la réalité au lieu d’en être le reflet. Ce marché et ces risques sera vu plus en détail dans le paragraphe VI.

 

Situation des grandes Banques en Europe

PNB* %

Intérêts nets

Négociation

Commissions

Autres

France

40,2

27,2

27,3

5,3

RFA

30,5

24,8

39,5

5,2

UK

48,8

11,9

24,2

15,1

*Produit net Bancaire 2006

Les profits  issus du crédit tendent à devenir très inférieurs à la moitié du PNB (Produit Net Bancaire dans ce cas) en raison de la part croissante des activités de marché (négociation) et de service (commissions et autres). Même l’activité de crédit ne correspond plus à une activité classique d’investissement  utile pour l’économie et l’emploi mais est due, en grande partie, à des opérations structurées telles que nous venons de les voir et qui consistent à réorganiser les actifs industriels sans les accroître. La Commission Bancaire dans son rapport de décembre 2007 fait le commentaire suivant:

 « …L’activité Corporate a été soutenue, en raison notamment du développement des opérations de fusion-acquisition, de « leveraged buy-out » (LBO) et des financements structurés.  Les opérations de négociation réalisées sur les marchés financiers ont connu un très fort développement dans la quasi-totalité des groupes…. »

 

Le problème des opérations sur fonds propres

Dans une entité, les flux financiers entre ressources et emplois forment un tout et les distinctions qui tendent à affecter certaines ressources à certains emplois ne sont que convenances de gestion quelques fois contractuelles Cette situation est vérifiée par l’établissement des ratios de structure ou l’on va veiller à ce que pour un ensemble d’applications, la fonds propres représentent une certaine part de l’ensemble des ressources.

En dépit de cela certains Etablissement pensent qu’ils peuvent accroitre le rendement des fonds propres, en prenant en contrepartie de leur valeur des risques spéculatifs élevés et en prétendant que ces risques n’affectent que les fonds propres et non pas les ressources des tiers.

Ce raisonnement n’a bien sûr aucun sens et un risque qui affecte les fonds propres affectent l’ensemble du risque de l’entité.

Au contraire un montant équivalent aux fonds propres devait être laissé à l’abri de tout risque pour justifier la logique des ratios de structure qui voient dans les fonds propres une marge de sécurité pour l’ensemble des applications.

 

IV-Quelques facteurs de crises systémiques potentielles ou avérées

On appelle crise systémique celle qui s’étend à plusieurs acteurs du marché par contamination.

1er exemple

Les crises de différents marchés ont atteint en 1998, les entités les plus exposés à des risques spéculatifs et en particulier  les Hedges Funds dont LTCM (Long Term Capital Management) a été de loin, le plus important. Les positions hautement spéculatives des Hedges Funds avaient provoqué une crise systémique en 1998, alors même que le  risque lié au Hedges Funds avait préalablement donné lieu à un examen  par la Comité  de Bâle (chargé de réduire le risque bancaire et d’en améliorer la mesure) sans que des mesures soient prises.  

Plusieurs Institutions financières en position sur les Hedges Funds et en particulier sur LTCM ont été menacées avec un risque d’effondrement du marché financier et par suite de l’économie. LTCM détenait seul 1200 milliards de dollars de positions spéculatives.

Une pression a été exercée sur les Banques pour qu’elles recapitalisent le Fonds et évitent les faillites en chaines.

Cette crise majeure et coûteuse avait été à l’origine du à l’initiative d’un individu, John Meriwether, qui avait fondé LTCM sur la base d’une idéologie très personnelle. John Meriwether  a pu continuer à exercer une activité néfaste jusqu’à ce jour en créant à nouveau  un Hedge Funds engagé dans les dangereuses opérations liées aux subprimes.

2e exemple

Malgré la crise de 1998, les Hedge Funds ont en effet continué à promouvoir  une activité spéculative et néfaste. En 2008, en raison de leur fort rendement et malgré leur risque important, les Hedges Funds ont accumulé d’importants volumes d’opérations basées sur des subprimes. Les subprimes sont des crédits à haut risque. La crise des subprimes a porté principalement sur des crédits immobiliers accordés à des débiteurs fragiles et mal conseillés, qui ne se sont même pas couverts contre les risques de variation de taux afin de maximiser le bénéfice de périodes à taux bas et d’augmenter artificiellement leur capacité d’emprunt. La hausse des taux a produit le défaut de ces emprunteurs et la chute de la valeur des subprimes et par conséquents des produits liés aux subprimes  utilisés comme couverture d’opération de titrisations : Collaterised Debt Obligations (CDO) et Asset-Backed Securities (ABS). 500 milliards de dollars de provisions ont dues être passés pour constater la chute de la valeurs des ABS et CDO principalement, liés aux subprimes, mettant une fois de plus le système financier international en danger.

3e exemple

En 1995, Nick Leeson, un trader de Barings Bank a pris des positions ouvertes sur son initiative dont la taille a influencé le marché japonais lors de leur  débouclage et a entrainé la faillite de Barings Bank : ses positions étaient de 27 milliards de dollars, 7 milliards sur des valeurs japonaises et de 20 milliards sur des instruments de taux liés à l’indice Nikkei. Il avait simplement pensé que l'indice Nikkei allait monter et faire baisser les taux d'intérêts. L’imperfection du fonctionnement des Banques peut ainsi donner à un seul individu une capacité de prise de risque digne d’une grande nation. La découverte de la fraude avait été rendue possible grâce à l’intervention non organisée du tremblement de terre de Kobe.

4e exemple

En 2008 et malgré les leçons  qui auraient due être tirées de l’affaire Barings Bank, il apparait que Jérôme Kerviel, trader à la Société Générale a pris sur son initiative des postions ouvertes de 50 milliards d’Euros  selon un schéma assez similaire à celui de Nick Leeson. Le plus inquiétant au niveau bancaire est que la  Société Générale ne semble pas avoir de méthodes de contrôle véritablement moins bonnes que celles des autres Banques. Les fraudes se sont pourtant étalées sur  trois années. Les fraudes ont été identifiées au hasard du calcul du ratio de structure et de positions inscrites sur un courtier non autorisé au même moment. La Société Générale occupe le deuxième rang des Banques en France huitième dans le monde ; sa faillite éventuelle aurait pu avoir des conséquences systémiques d’une ampleur difficile à évaluer : sans l’intervention du hasard, ces positions auraient pu continuer à croître et le risque lié n’est mesurable qu’au moment de leur débouclage. Une position ouverte de 50 milliards avait pu être prise en 2 jours, les 2 et 3 Janvier 2008. Le problème est moins le trader qu’un système inadapté de gestion du risque qui pourrait en fait être plus ou moins celui de la plupart des banques.

 

V- Marché bancaire et financier :

 Risque systémique lié au risque propre

L’activité de gros des Banques porte sur des rendements limités et entraine la prise   d’importants volumes de risques pour atteindre les profits espérés en valeur. Les grands volumes entrainent une intense activité  interbancaire d’échanges et de partage de risques avec pour corollaire un haut risque de contamination systémique. Paradoxalement et pour atteindre les objectifs de rendements en valeur, les prises de risques vont augmenter à mesure que leur rémunération diminue et par suite amplifier les risques systémiques. La recherche conjuguée de volumes et de rendements élevés, ont  aboutit à des situations dangereuses comme celle de LTCM et de Lehman  Brothers, hors du champ de ce que devrait être une activité bancaire et financière normale.

 

VI - Spéculation et Contrôle

Le système vu au travers du cas de la Société Générale

Pendant 3 ans, la Société Générale a vu ses comptes gonflés par des positions spéculatives non autorisées prises à l’initiative d’un trader « sans qu’elle ne s’en aperçoive » et cela malgré des montants particulièrement importants. Ces opérations se sont élevées jusqu’à 30 milliards d’Euros en 2007  pour s’accroitre jusqu’à 50 milliards en 2008, bien au delà du record établi par Nick Leeson.

La motivation de ce  trader était de construire des profits durables, très élevés mais dans la limite d’une activité normale d’un excellent trader (en occultant si nécessaire une partie des profits trop voyante pour les faire réapparaitre plus tard éventuellement et toujours dans la limite d’une activité normale mais excellente) afin de se construire une image de gagneur d’argent particulièrement appréciée dans les salles de marché et par les Etats majors des Banques et surtout afin de maximiser le montant des ses bonus tout en en garantissant  la régularité.

Avec seulement 7 années d’expérience professionnelle, ce trader junior en 2005, pouvait espérer recevoir de la Société Générales en 2008 pour un travail relativement simple  un bonus de l’ordre de 600 000 Euros selon ses propres calculs, soit 600 smic nets, ce qui est une grave iniquité par rapport à l’ensemble des salariés français.

L’activité qui a engendré cette situation était la commercialisation de produits dérivés avec comme sous-jacents des indices boursiers, principalement Dax, Euro Stoxx50 et Footsie. Le risque accumulé de 50 milliards d’Euros en Janvier 2008 portait sur l’indice Euro Stoxx 50  pour 1/3 et Dax pour 2/3.

Le Dax est un indice calculée sur la base des cotations des actions des 30 plus grandes entreprises allemandes et recouvrent 70% de la capitalisation des transactions sur le marché de Francfort.

L’Euro Stoxx 50 est un indice calculé sur la base des cours des  50 meilleures entreprises de la zone euro. Cet indices est  utilisé comme sous-jacent spéculatif de produits structurés et dérivés (il existe aussi un Euro Stoxx 600).

Le Footsie est un indice calculé sur la variation des cotations des actions des 100 plus grandes entreprises cotées à Londres (100 plus grandes capitalisations boursières). Le Footsie regroupe 80% de la capitalisation des valeurs traitées à Londres.

En créant des instruments de spéculation fondés sur des indices de spéculation, on ouvre la voie d’une spéculation sur la spéculation et la frontière  avec l’univers du jeu devient floue ; il faut noter dans ce sens que ce trader qui avait pris l’initiative du risque  de 50 milliards d’euros était abonné à une plate forme de voyance, selon l’enquête de la police.

 

Contrôle interne et auditeurs

L’ensemble de l’organisation de contrôle de la Société Générale  qui semble pourtant être très proche de celles des autres grandes Banques, n’a pas pu mettre à jour des positions non autorisées qui ont pu ainsi atteindre 50 milliards d’euros. On doit aussi noter que le système de risque de la Société Générale ne suivait que les postions nettes et non pas les risques globaux ; ainsi en créant une fausse couverture on pouvait faire disparaitre le risque du champ de contrôle et pourtant un risque se  compose à la fois du risque principal et de celui de celui de sa couverture. Les risques indument pris n’avaient été vus ni par  les   différents niveaux de la hiérarchie, ni par les différents niveaux d’exécution et de contrôle : Front office, Middle Office, Back office, ni par l’organe de supervision globale de l’application des règles : compliance, et ni par les auditeurs qui ont certifié les comptes.

La découverte de ces encours non autorisés a été le fruit du hasard sans lequel la prise de conscience des risques  aurait pu intervenir que par la faillite de la Banque pour un montant de perte non calculable à l’avance.

L’appât du gain tant au niveau du rendement des fonds propres pour les actionnaires et des bonus à tous les échelons de la Direction de la Banque est probablement le fait générateur majeur d’un dysfonctionnement comportemental conjugué au dysfonctionnement administratif. Ceci est très bien illustré dans le service du trader indélicat où la limite de risque était de 75 millions d’euros. Son dépassement aurait dû entrainer   le retour à une prise de risque adaptée et pourtant et  au lieu de cela, la Banque a augmenté cette limite de 66% en la portant à  125 millions. Naturellement, la nouvelle limite de 125 millions a ensuite été aussi peu respectée que la précédente.  Augmenter une limite au lieu de s’y conformer est aussi stupide que débrancher une alarme-incendie pour ne pas être gêné par le feu.

Un inspecteur de la Commission Bancaire a déclaré que les techniques de fraude du trader n’étaient ni particulièrement sophistiquées, ni imparables et que l’on aurait pu découvrir ses agissements plus tôt. La commission bancaire a reproché à la Société Générale des contrôles insuffisants et lui a infligé une sanction de 4 millions d’euros.

On peut aussi relever que la base tampon de la Société Générale (enregistrement comptable provisoire) où l’on pouvait loger des opérations hors contrôle n’était pas sous contrôle en raison du trop nombre d’opérations qui s’y trouvées. On doit aussi noter que la Banque  n’avait même  pas activé le système automatique de contrôle du trader.

La Justice a retenu que les positions non autorisées étaient insoupçonnables, étant donné le grand nombre d’opérations du trader (500 000 opérations) et que la découverte du détail des anomalies  avait requis  800 à 1000 jours-hommes. Cette position que nous retiendrons,  semble en apparence alléger la responsabilité de la Société Générale pour alourdir celle du trader, mais en fait elle remet en cause la capacité des Banques à pouvoir contrôler l’activité des salles de marché, au moins en ce qui concerne l’activité portant sur  les instruments de spéculation.

 

VII - CONCLUSION

 

La recherche de l’argent facile sans considération particulière pour l’économie générale, a trop souvent amené les Banques  à abandonner une approche rationnelle de la mesure du risque pour la remplacer par de dangereux raccourcis. Ainsi l’analyse du risque a pu même faire quelques fois place  à des actes de foi pour des risques souverains choisis avec cynisme.

Le tarissement des opportunités sur risque souverain a conduit  les Banques à jouer aux apprentis sorciers en tentant rien moins que de démultiplier la réalité au moyen de produits structurés ; ces miroirs aux alouettes ont pu passagèrement améliorer les bénéfices des Banques, mais ont trop souvent in fine aggravé le réel et en tous cas n’ont rien apporté à notre société en quête d’expansion économique tangible et de lutte contre le sous emploi.

Parallèlement les produits dérivés ont principalement démultiplié les opportunités de spéculation sur une même réalité, en allant jusqu’à induire la spéculation sur la spéculation. Ils ne sont rien d’autre qu’une source de profits pour les Banques et leurs Etats major  toujours sans apport majeur à l’économie réelle, à quelques exceptions portant sur le commerce extérieur et la décision d’investissement industriel ; nous avons pu ainsi constater que les Banques peuvent développer  une virtualité à leur profit sur la base d’une réalité en contraction et dont les citoyens doivent se satisfaire.

Cette tendance ne correspond naturellement pas à la vocation attendue du secteur bancaire qui est d’aider le développement économique réel des nations et mets au contraire en réel danger les conditions de  vie de leurs citoyens.

Les Banques à qui les citoyens confient leur épargne, multiplient les opérations dont le contrôle leur échappe en contravention avec les principes de base d’une gestion responsable.

De nombreux et graves dysfonctionnements ont mis en cause l’existence du système financier et bancaire et par suite la situation de l’économie générale. A chaque fois des mesures de dernière minute ont dû être prises pour échapper au pire.

Les Banques ont même créer la possibilité de créer une risque systémique majeur à la portée d’initiatives de quelques individus assoiffés de reconnaissance et surtout d’argent grâce aux  récompenses invraisemblables qu’ils peuvent espérer de leur hiérarchie.

 

Il est urgent à notre avis de prendre les mesures suivantes :

 

1-Restreindre l’activité des Banque à l’aide au  développement économique

2-Limiter les produits structurés et dérivés aux quelques exceptions dûment justifiés par des besoins économiques

3-S’assurer qu’aucun risque n’est pris pour un montant équivalent au fonds propres et cela pour redonner du sens aux  ratios de structures

3-Abolir les zones de non-droit à l’intérieur des Banques telles que les salles de marchés  qui doivent revenir au sens du risque orthodoxe et rationnel dans le cadre d’une compréhension du monde réel de l’entreprise

4-Mettre fin à des systèmes de récompenses disproportionnées à l’effort qui peuvent induire des comportements  délinquants ou contraire à l’intérêt à long terme de l’entreprise.

5-Le salaire doit redevenir la rétribution essentielle du travail et les primes n’en être qu’accessoire.

6-Créer de nouvelles sociétés d’audit pour remplacer les traditionnelles sociétés anglo-saxonnes qui ont dépassé leur limite de compétence pour rendre fiable les états financiers

7-Créer une société européenne de Notation contrôlée par l’Union Européenne, qui garantirait l’appréciation des risques selon des critères rationnels, afin de se débarrasser de trop d’agence dont la compétence est finalement surtout de constater beaucoup trop tard des situations existantes, ce qui est sans intérêt

8-Organiser  une présence permanente de l’Etat avec un droit de véto dans les conseils d’Administration des Banques pour empêcher les décisions dangereuses pour l’Economie des nations. Cette présence est une nécessité relative à l’ordre public qui n’implique pas de couteuses nationalisations

9-Rendre obligatoire la transmission de la part du personnel et hors du cadre hiérarchique, d’informations pouvant   révéler des comportements dangereux  d’actions des Banques et Etablissements financiers,  à des agences de surveillance, comme cela est déjà le cas pour le blanchiment d’argent.