FRANCE/UE:Désagrégation de l'Etat

LES CONSEQUENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES DE LA DESAGREGATION VOLONTAIRE DE

L'ETAT ET DE LA CLASSE POLITIQUE EN FRANCE

Didier BERTIN - 31 OCTOBRE 2015

 

I- DECEPTION DES CITOYENS QUI SE REFERENT A CE QUE L'ETAT A ETE MAIS N'EST PLUS

Traditionnellement la puissance publique représentait la puissance suprême de la Nation et disposait de moyens qui lui permettaient d'intervenir politiquement et économiquement pour sauvegarder au mieux les intérêts des citoyens. L'adoption croissante d'un modèle libéral a entrainé le dépeçage de la puissance publique qui ne peut plus tenter que de vaines politiques d'incitation en utilisant les fonds publics. Au sein de la Nation, l'État n'a plus qu'un pouvoir secondaire et inférieur à celui des Entreprises qui ont imposé comme règle le rendement du capital en dehors de toutes considérations morales, sociales ou nationales.

Cette politique de vaines incitation appelée au plus haut niveau "boite à outils" n'a eu aucun résultat depuis 2012 et n'a rien changé à la politique menée avant cette date mais qui était en conformité avec la doctrine des gouvernements alors en place. Dans les faits les citoyens ne différencient plus clairement la droite libérale et la gauche qui ne sait plus si elle est socialiste ou sociale démocrate ou centriste de droite. Assez rapidement les gouvernements formés après 2012 n'ont pas pu modifier la politique économique et financière de droite mais s'y sont pliés en s'exonérant de leurs obligations pré-électorales et en décrédibilisant ainsi la force du suffrage universel et donc la vie politique et la démocratie.

 

II- LES NECESSAIRES MESURES ECONOMIQUES NE SONT PLUS A LA PORTEE D'UN ETAT AMOINDRI

A-ECONOMIE

Jusqu'à une période récente l'État n'était pas un incitateur mais un acteur essentiel de l'Économie nationale dont les entreprises devaient prendre en compte les décisions. Il semblerait qu'au travers de leurs revendications, les citoyens aient gardé pour référence un État qui avait été il y a quelques années la puissance suprême et centralisée du la nation.

Il faut se souvenir que jusqu'à une période récente l'État a été en effet un acteur majeur de l'économie nationale. Avant même la seconde guerre mondiale l'État (représentant l'ensemble des citoyens) était propriétaire des réseaux téléphonique, des chemins de fer et des usines d'armements. La possession de ces biens stratégiques constituait la vocation naturelle de l'État. Après la guerre le Général De Gaulle a accru la puissance publique en nationalisant les charbonnages de France, Renault, les transports aériens, la Banque de France, les compagnies de Gaz et d''électricité et les onze plus grandes compagnies d'Assurances puis en 1948 les quatre plus grande Banques françaises ont été aussi nationalisées. Il paraissait naturel de ne pas laisser dans les mains d'intérêts privés des entités qui contrôlaient le fonctionnement existentiel de la nation. Cette logique de protection des biens stratégiques de l'État a encore étendue en 1983 par François Mitterrand qui a nationalisé des entreprises industrielles d'une importance majeure et sept autres Banques.

A cette époque l'État contrôlait directement le tiers des emplois et avait donc les moyens de peser sur l'économie nationale. L'État montrait sa suprématie et n'était pas qu'un spectateur dans la nation.

La puissance publique aurait pu être plus grande si les Entreprises d'État avaient gérées convenablement mais il s'agit là de choix politiques et en tous les cas les vrais outils étaient là. Le talon d'Achille de ce géant était en effet sa gestion calamiteuse ce qui aurait dû être une incitation au changement de la nature de la classe politique et de celui des dirigeants des biens publics qu'elle désignait, mais certainement pas à l'abandon de ces biens nationaux. Cette mauvaise gestion n'avait toutefois pas empêché la plus grande croissance que la France ait connue : celle des trente glorieuses.

La puissance publique est restée intacte jusqu'en 1986 avec l'arrivée de la Droite au pouvoir, mais les coups les plus durs lui ont été portés de1993 à 2007 tant par la Droite que par la Gauche. Le secteur public a été progressivement privatisé pour un montant négligeable tant par le rôle qu'il pouvait jouer, que par comparaison à la taille de la dette publique

VALEUR APPROXIMATIVE DES BIENS PUBLICS CEDES

1986-1988 (droite) : € 15.4 milliards

1993 à 2007: € 76 milliards

Droite : 43.7 milliards = 57.7% -période 1993-2007

1993-1995 : € 17.5 milliards - 1995-1997 : € 6.2 milliards

2002-2005 : €13 milliards - 2005-2007 : € 7 milliards

Gauche : 1997-2002 = € 32.3 milliards = 42.3% - période 1993-2007

En termes de dette publique (€ 1 212 milliards en 2007 et 2 089 au premier trimestre 2015 = 97.5% du PIB) ces montants sont tout à fait négligeables et pourtant les valeurs ajoutées auxquelles ils se rapportent privent l'État d'une partie importante de sa participation au PIB, de ses moyens d'actions économiques et sociaux dont sa politique de l'emploi.

Le secteur public couvrait un tiers des emplois. La participation de l'État à l'emploi est passée de 33.3% en 1983 à 18.5% en 2013. Si l'État avait maintenu sa part dans l'emploi il garantirait aujourd'hui environ 4 millions d'emplois supplémentaires sous réserve d'amélioration de sa gestion en ce qui concerne la création de valeur ajoutée.

Le plein emploi est ce à que doivent viser les gouvernements. Depuis 2012 aucun progrès tangible n'a été réalisé pour réduire le chômage en dépit des promesses. Le chômage reflète un drame et pourtant on joue plus sur les chiffres que sur sa réalité. Selon les sources en France le nombre de chômeurs en 2015 varierait de 2 852 000 en 2015 ((INSEE) à plus de      cinq millions en incluant toutes les catégories de chômeurs de A à E, les DOM, les chômeurs non inscrits à Pôle emploi, les demandeurs trop âgés et dispensés de recherche d'emploi et les travailleurs pauvres occasionnels.

B-DEFENSE

L'arrêt de la conscription fondé sur le fait que la puissance nucléaire et les armes sophistiquées ne la justifiaient plus a fortement réduits les effectifs militaires qui sont pourtant toujours amenés à faire des guerres tout à fait conventionnelles dans de multiples endroits de la planète.

Par ailleurs la conscription aurait été une opportunité de formation et d'emplois supplémentaires et aurait pu permettre de mieux assurer la sécurité du territoire en luttant contre le terrorisme et en reprenant le contrôle de territoires où la loi de la République n'est pas appliquée.

 

III - UNION EUROPEENNE ET IDEOLOGIE DE L'AFFAIBLISEMENT DE L'ETAT

L'idée de l'Union des peuples européens et de la fin de tout conflit guerrier entre ces peuples d'Europe était brillante ; l'idée de l'obligation de suivre des règles éthiques et d'accroître les droits de l'Homme au delà du strict nécessaire était tout aussi brillante.

L'histoire de l'Unification de l'Europe a commencé il y a 65 ans, mais le véritable recul du pouvoir des États au bénéfice d'un grand marché libre pour les entreprises a véritablement commencé avec l'acte unique européen de 1986 suivi par le traité de Maastricht de 1992. Les accords sur l'Union auraient dû prendre en compte les spécificités de chaque État et en particulier celles de la France et de son secteur public. Avec l'Euro qui est en fait le nouveau nom du Deutschemark imposé à tous avec la politique monétaire particulière à l'Allemagne, la perte de substance de l'État n'a fait que s'accroître.

Pourtant la France avait un rôle particulièrement important à jouer dans la constitution de l'Europe au delà de celui qui consiste à simplement suivre les directives de l'Allemagne. Ces deux pays sont de nature totalement différente : La France est une nation ancienne et centralisée alors que l'Allemagne est née d'un agglomérat récent de petits États unis par la victoire de la Prusse sur la confédération germanique à Sadowa en 1866. La Prusse s'était alliée à 14 Duchés, Principautés et villes et la Confédération germanique menée par l'Autriche avait pour alliés allemands12 Royaumes, Principautés, Duchés et villes. La partition territoriale était telle qu'il y avait des villes libres et ainsi Francfort s'était rangée aux cotés de l'Autriche alors que Hambourg avait choisi de se joindre à la Prusse.

On n'au rait pu imaginer une monnaie commune et une politique économique plus flexibles mais la domination du libéralisme en Europe et l'accroissement vertigineux du nombre d'États-membres ont imposé l'application d'un libéralisme rigoureux. L'arrivée des anciens pays communiste partisans du libéralisme à outrance pour atteindre le rêve du consumérisme bâti sur la propagande en vigueur pendant la guerre froide n'a fait qu'empirer les choses. Plus de 20 ans après la fin de l'ère communiste la liberté et le bien-être auxquels ces peuples aspiraient n'est plus en effet une question de doctrine mais de pouvoir d'achat qui manque cruellement à la grande majorité des populations de ces pays et qui a été aggravé par la disparation substantielle des avantages sociaux. En 2011 le seuil de pauvreté moyen pour l'Europe des 15 de 1995 était d'environ 835 Euros alors le seuil moyen pour la Pologne, la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie était d'environ 316 Euros. Selon le seuil de pauvreté des pays de l'Ouest, c'est la presque totalité des populations de ces pays de l'Est qui vit sous le seuil de pauvreté. Le calcul d'un seuil de pauvreté par pays est choquant si le salaire médian ne permet pas d'y vivre décemment.

En matière des droits de l'Homme la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est un vœu pieux puisque l'on peut en être exempté (cas de la Pologne et du Royaume Uni) et qu'elle n'a un caractère contraignant que si dans les faits les autorités nationales le décident. La Commission européenne n'a aucun pouvoir dans ce domaine et ses prérogatives se limitent à l'économie et à la finance. L'Union Européenne comprend même une dictature (la Hongrie).

Le poids de l'Allemagne et la faiblesse morale de l'Union Européenne viennent d'être illustrés par l'adoption d'une autorisation d'une plus grande pollution par les moteurs diesel sans doute liée à la volonté de s'adapter à la malhonnêteté du groupe Volkswagen.

 

IV-UNION EUROPEENNE -DEMOCRATIE ET LIBERTE

La grande diversité des États membres de l'Union en ce qui concerne de nombreux domaines tels que les droits de l'Homme, les langues, les structures économiques, la place du secteur public, et leur Histoire ne font pas de l'Union Européenne une nation mais une association de nombreuses nations avec des intérêts divergents.

Le rôle de l'État est une aussi une caractéristique de chaque État-membre qu'il aurait fallu respecter. Au contraire la charte des droits fondamentaux devrait être imposée "dans les faits" à tous sous peine d'exclusion de l'Union.

L'Union Européenne impose à chacun une politique de droite strictement libérale ; l'action des gouvernements qui voudrait suivre une autre voie est neutralisée surtout lorsqu'ils n'ont pas la volonté de se faire entendre ce qui remet en cause la valeur du suffrage universel à l'échelle nationale. Les conséquences de ce comportement anti-démocratique sont une abstention majoritaire aux élections européennes, une abstention grandissante aux élections nationales et une décrédibilisation de la classe politique. Au delà de la montée de l'abstentionnisme cela encourage le développement des partis anti-européens et des partis extrémistes.

Le modèle économique américain que l'Union Européenne voudrait imposer ne peut s'appliquer aussi simplement à d'autres pays pour de multiples raisons. Les États-Unis sont une grande puissance économique et en cas de risque majeur le gouvernement américain et la Banque fédérale ne s'encombrent pas de la doctrine libérale et a les moyens d'intervenir lourdement pour sauver des pans entiers de l'économie industrielle et bancaire.Le pragmatisme a priorité sur la doctrine. Il n'y a pas aux États-Unis des disparités entre les États aussi choquantes qu'entre les États-membres européens. Les États-Unis sont une nation unie par leur langue commune et par leur culture principalement anglo-saxonne et comprenant une large influence afro-américaine et latino-américaine.

Il n'y a pas de politique internationale commune à l'Europe mais les principaux États-membres suivent celle de l'OTAN c'est à dire celle des États-Unis dont les initiatives ont mené à la déstabilisation du moyen orient, au flot de réfugiés qui en a résulté et au retour à la guerre froide entre l'Occident et la Russie.  L'Occident doit comprendre que le droit des minorités doit être respecté même s'il concerne des Russes.  En Lettonie qui est un État-membre de l'Europe les personnes d'origine russe nées en Lettonie n'ont pas de nationalité ; leurs documents lettons portent la mention outrageante de non-citoyen. Une situation analogue existe en Estonie. Encore une fois la Charte des droits fondamentaux est bafouée et la Commission européenne n'intervient pas.

 

V-CONCLUSION : PEUT-ON SAUVER L'UNION EUROPEENNE ?

Il faudrait repartir de l'idée initiale d'une Europe Unie mais en respectant la diversité des États-membres qui comprend l'acceptation de leurs structures économiques nationales. La libre compétition n'est pas liée à la propriété de des entreprises et à leur éventuelle volonté de faire passer l'emploi après le rendement des capitaux. Seule la vente à perte peut fausser la libre concurrence et dans cette limite l'emploi peut-être prioritaire. Un grand secteur public pourrait donner cette priorité à l'emploi d'autant plus que le déficit de l'assurance chômage en 2015 pourrait atteindre 25 milliards d'Euros. Dans ces conditions au niveau macro-économique, les gains en France procédant de la course à l'augmentation du rendement des capitaux n'est en grande partie qu'un mirage ou un transfert d'argent du secteur public au secteur privé.  Mais on oublie trop souvent que la libre concurrence est faussée par l'exploitation de la pauvreté en profitant de salaires de certains pays à l'intérieur même de l'Union Européenne qui ne permettent pas de vivre décemment. 

La logique économique ne devrait pas être réduite à une équation mathématique mais devrait inclure une morale qui ne peut être imposée que par des États.

La France ne peut pas se passer d'un secteur public fort qui lui permettrait d'être un véritable acteur de l'économie et non pas simplement un spectateur-incitateur et cela de façon à respecter ses engagements pris à l'égard des citoyens.

Les défis économiques sont devenus compliqués et requièrent des compétences démontrées et un esprit innovateur et non conformiste tant pour les dirigeants que pour la classe politique incapable de proposer à l'Union Européenne une autre voie.

L'absence de choix politique réel pose le problème du rôle des partis politiques. Leur rôle a été essentiel au XXe siècle mais la donne semble avoir changé au XXIe siècle puisqu'ils suivent pour la plupart une voie similaire et ceux qui voudraient en changer n'ont n'en pas les compétences ni l'éthique requises (partis extrémistes).

Récemment un grand parti politique a utilisé ses membres pour faire élire ses leaders et a finalement appliqué une politique que ses membres n'avaient pas choisie. Cette utilisation a consisté à leur demander de l'argent (cotisations) et à fournir de la main d'œuvre gratuitement pour des actions de soutien à des leaders ayant un égo démesuré et une grande soif de pouvoir. On a donné à ces membres l'impression de jouer un rôle en les laissant s'exprimer dans des réunions au cours desquelles leurs opinions ne sont ni prises en compte ni mêmes notées ; la démocratie a semblé jouer lorsqu'on leur a demandé de se prononcer sur des motions mais celles-ci ont été rapidement oubliées une fois les élections passées. Ces partis commencent à ressembler à des sectes dans lesquelles les gourous demanderaient de l'argent et du travail gratuit à leurs adeptes utilisés au bénéfice de leurs seules ambitions. Heureusement les membres peuvent prendre conscience de la situation et partir ce qui est plus difficile dans les sectes.

D'autres modes d'expression devraient se développer pour remplacer les partis au travers d'associations et des réseaux sociaux conjugués à un système de votations fréquentes sur tous les points clefs de la vie politique. L'opinion de divers philosophes devraient avoir plus d'impact que celle des politiques pour apprendre à penser juste et loin.

Afin de lutter contre les programmes électoraux irréalistes ceux-ci devraient prendre la forme d'un contrat entre les citoyens et les élus, qui pourraient être révisé annuellement comme dans la plupart des organisations. S'il s'avérait qu'un programme qui a permis une élection n'était pas applicable le contrat serait rompu et les élus concernés devraient abandonner leur fonction comme dans la plupart des organisations. Cette idée ne vise pas à provoquer l'instabilité mais à obliger les candidats aux élections à se présenter sur des bases sérieuses.

L'Union Européenne et l'Euro restent viables sous réserve d'une grande rigueur éthique et d'une plus grande flexibilité dans leur fonctionnement, en particulier en ce qui concerne le droit des État à maintenir leur secteur public.