Le rôle de la sérendipité en politique française

Le rôle de la sérendipité en politique française

de 2011 à 2017

Perception historique d’évènements récents ayant mis en cause le processus démocratique:

Didier BERTIN - 20 juillet 2017

I-PERIODE 2011-2012

1-La remise en cause inattendue de la candidature  de Dominique Strauss-Kahn (DSK) à l'élection à la Présidence de la République

Environ un mois avant le dépôt de sa candidature aux élections primaires du Parti Socialiste (PS) pour la présidence de la République, DSK, Directeur Général du FMI fut arrêté à New-York le 14 Mai 2011 alors qu'il était à bord d'un avion d'Air France encore au sol et à destination de Paris ; il fut  incarcéré à la prison de Rikers Island. Cette arrestation avait fait suite  à des accusations portées par une femme de chambre du Sofitel de New York pour comportement inapproprié. Le 19 mai il fut libéré sous caution et sous diverses autres conditions, puis finalement « sur parole » le 1er Juillet en raison du flou des accusations de la femme de chambre. Le 23 août 2011 le Juge Michael Obus abandonna les poursuites sur l'avis du Procureur Cyrus Vance. Cette affaire en raison de son retentissement médiatique n'a pas permis à DSK de se présenter aux élections  primaires du PS d'octobre 2011 et la France  qui était dans une situation économique difficile a dû se priver de son expertise. En effet DSK avait été Professeur d'Économie, Président de la commission des Finances de l'Assemblée Nationale, Ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, puis Ministre de l'Économie et des finances et de l'industrie et enfin Directeur Général du FMI.

Face à lui les autres candidats faisaient pâle figure dans ce domaine et en particulier François Hollande.

2-La désignation de François Hollande à la candidature à la Présidence de la République

François Hollande fut choisi en raison du vide laissé par DSK et qui devait être le favori.

François Hollande a terminé ses études en 1980 (ENA) puis fut auditeur à la Cour des Comptes pendant 9 ans durant lesquelles aucune mission ne lui aura été confiée compte tenu de son manque de disponibilité. En 1986 il fut l’un des conseillers de Lionel Jospin puis fut  élu député de Corrèze de 1988 à 1993. Il regagna son siège en 1997. En 2001 il devint aussi Maire de Tulle puis fut  réélu député en 2002.   Il devint Premier secrétaire du PS jusqu'en 2008 puis conseiller général de la Corrèze. Il ressort de ce parcours que  François Hollande contrairement à DSK n'avait ni les compétences ni l'expérience requises pour exercer la fonction de Président de la République dont le principal challenge serait l’Economie. Ce parcours est celui d’une personnalité ayant fait de son activité politique sa profession ce qui ne l’a pas préparé à connaître véritablement le monde de l‘entreprise.

3-L'élection de François Hollande à la Présidence de la république

Malgré ses lacunes François Hollande a été élu en raison de concours de circonstances concernant tant DSK que Nicolas Sarkozy. Les chances de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 avaient été affectées par de mauvais résultats économiques et en particulier par l’augmentation du chômage et la dette publique et par de nombreuses affaires et scandales qui avaient entre autres réduit  sa cote de confiance ; dés 2009 les sondages lui étaient peu favorables dans l'hypothèse où il se représenterait.

Les déboires de DSK et de Nicolas Sarkozy ont donné à François Hollande une chance inattendue d’être élu alors qu’il n’était pas l’homme de la situation. De plus le coté modeste de la personnalité de François Hollande pouvait être perçu comme une marque d’honnêteté au milieu des scandales.

II - PERIODE 2012-2017

1-Le quinquennat de 2012 à 2017 et le comportement de nombreux parlementaires de gauche : Une autoroute pour la victoire de la droite en 2017.

Le manque d’ambitions de François Hollande avait pu être perçu dés le début du quinquennat alors qu’il avait pris ses distances avec ses propres promesses de campagne en arguant du fait qu’il découvrait la réalité. Il a progressivement et confortablement adapté sa ligne politique personnelle aux faits au lieu de tenter de les modifier. Il est ainsi passé de socialiste à social-démocrate puis à social-libéral ; ce changement d’identité politique permet de passer d’acteur à spectateur dans le monde économique.

Par ailleurs la promesse clef de François Hollande sur laquelle il n’était pas possible de revenir était la baisse du chômage or le chômage s’était accru de 20.69% entre le début et la fin du quinquennat. François Hollande menait sa politique économique avec ce qu’il appelait « sa boite à outils » c'est à dire  en appliquant des mesures incitatives coûteuses et vaines. Le quinquennat de François Hollande aura été un immense gâchis illustré par la forte détérioration de sa cote de confiance comme jamais cela ne s'était produit au cours de la Ve République.

Le pouvoir de l'État s’est réduit au cours de la Ve République pour devenir en économie très inférieure à celui des entreprises ;la puissance de l’Etat avait connu son apogée sous le Général De Gaulle et sous François Mitterrand.

L'État est passé du rang d'acteur majeur et direct de l’économie et de l’emploi à celui de simple incitateur sans garantie de résultat. De 1970 à 2016 le chômage est passé de 0.6% de la population active à 10%. Les mesures incitatives auraient dû être accompagnées par des mesures coercitives mais pour cela il fallait affronter la Commission Européenne  qui prône une réduction du rôle de l’Etat selon les critères du libéralisme. Tout en restant dans l’UE et l’Euro les Etats membres  doivent résister et agir dans l’intérêt de leurs concitoyens comme vient de le faire l’Allemagne le 12 Juillet dernier  en ayant décidé de protéger ses actifs stratégiques et par suite l’emploi et le pouvoir d'achat. Au début du quinquennat Jean-Marc Ayrault avait affirmé que les lignes bougeaient au sein de l'Union mais ce n'était pas le cas. De nombreux parlementaires de gauche ont renoncé à leur devoir de rappeler au Président ses promesses de campagne et ont préféré le suivre alors qu’il avait affirmé qu'il n'y avait pas d'autres alternatives à sa politique défaillante. Ainsi la population à commencer à ressentir du désintérêt voire du dégoût pour la classe politique. En 2017 la cote de popularité de François Hollande est tombée au plus  bas (14%) dans l’histoire de la Ve République au point qu'il a dû renoncer à se représenter aux élections présidentielles. Dans ces conditions François Fillon devait gagner les élections sans difficultés bien qu’il ait été pour une grande partie l’artisan de la défaite de Nicolas Sarkozy dont il avait été le premier ministre.

Evolution du Chômage: Mai 2012 - 2 900 000 chômeurs  - Mars 2017 -    3 500 000 chômeurs  

Cote de confiance de François Hollande :

Juin 2012 = 55% - Décembre 2012 = 35%. 2013 = 21% - 2014 = 15%. Décembre 2016 = 13% -  Mai 2017 = 14% 

2-François Fillon

François Fillon devait devenir le prochain président de la République si encore une fois les concours de circonstances n'avaient pas eu raison de la raison. François Fillon à commencé son propre sabotage en présentant lors de sa campagne électoral un programme d'austérité dur et brutal qui devait affecter la majeure partie des français. Malgré cela il avait gardé toutes ses chances car il pensait incarner la morale et la rectitude catholique dont il se réclamait.

Les révélations sur les cadeaux qu’il avait reçus et sur les rémunérations sur fonds publics qu’il avait versées à son épouse et au reste de sa famille ont très vite éliminé tout espoir pour lui d'être Président. La légalité de son comportement était devenue sans importance car ce qui comptait c’était l’aspect moral ; alors même qu’il accroissait objectivement les revenus de sa famille sur fonds publics il voulait imposer l'austérité aux français. Il a lui même reconnu que ces pratiques n'étaient pas normales mais traditionnelles dans le monde politique ce dont les citoyens n'ont pas douté mais qui a accentué leur divorce avec la classe politique ; ceci a aussi fait le jeu des partis extrémistes comme le Front National et le Parti de la France insoumise tous deux dangereusement anti-européens.

Ce qui a très probablement contribué à accroître le mécontentement des électeurs c'est que François Fillon n'ait pas été immédiatement remplacé comme candidat de son Parti (LR) comme si les faits qu'on lui reprochait étaient jugés comme n’étant si importants. De plus François Fillon s'est entêté a rester candidat probablement parce que s’il avait été élu il aurait été dans une meilleure situation ou qu’il n’avait pas pris la mesure du ressentiment des électeurs à l’égard de son comportement.

III- SITUATION DE LA FRANCE EN 2017

1-Élection du Président de la République : Emmanuel Macron

Emmanuel Macron né le 21 décembre 1979 a commencé ses études supérieures dans le domaine littéraire puis philosophique mais a finalement  choisi la voie Royale et traditionnelle de l’IEP-ENA. En France cette voie ouvre de nombreuses portes en raison d’un système de castes avec lequel la France ne veut pas finir et dont la pensée monolithique met en cause son adaptabilité aux circonstances. C'est cette même référence qui avait rendu François Hollande présidentiable alors qu’il était loin du compte. L'ENA avait pourtant pour seul but à sa création en 1945 de former des hauts fonctionnaires qui manquaient en France après la guerre.

Emmanuel Macron est sorti de l'ENA en 2004 mais s’est écarté de la fonction publique à partir de 2008 en rejoignant la Banque Rothschild jusqu’en 2012. Ce passage lui a valu la qualification de Banquier d'Affaires alors que celle-ci n’est pas justifiée par une expérience aussi courte. Les Banques d'Affaires recrutent d'anciens élèves de l'ENA qu’elles placent à des niveaux hiérarchiques  élevés et sans relations avec leur expérience en raison de leurs supposées relations apporteuses d’affaires et de leurs savoir faire en matière de communication avec les administrations publiques.

De 2012 à 2014 Emmanuel Macron devint ministre de l'Économie en remplacement d'Arnaud Montebourg dont les idées étaient alors incompatibles avec celles de François Hollande perçu comme un partisan du libéralisme économique. Arnaud Montebourg aurait souhaité la renégociation des traités européens à laquelle François Hollande s’était engagé pendant sa campagne électorale.

De 2015 à 2016 Emmanuel Macron se démarqua à droite dans les discussions sur les projets de lois au sein du gouvernement et s'opposa de plus en plus ouvertement à François Hollande et à Manuel Valls ; malgré leur sympathie pour le libéralisme, il leur reprochait de ne prendre que des demi-mesures et de plus il était probablement urgent pour lui de prendre ses distances  à la fin du quinquennat avec un Président devenu très impopulaire et cela afin de ne pas sombrer avec lui. Il fonda le 6 Avril 2016 un nouveau mouvement « En Marche » ou « EM » avec tous ceux de droite comme de gauche qui soutenaient  ses idées sur le renouvellement de la classe politique et sur les  réformes économiques. EM devint le parti LREM « La République  En Marche » pour les élections l égislatives. Il faut noter que l’appellation  « EM » ou « En Marche » serait fondée sur les initiales d’Emmanuel Macron ce qui serait aussi un révélateur de sa personnalité. Emmanuel Macron démissionna enfin le 30 août 2016 pour pouvoir se consacrer librement à sa candidature aux élections présidentielles de 2017 ; il aurait normalement dû n'avoir aucune chance de gagner les élections mais il a été lui aussi le bénéficiaire d'un concours de circonstances (comme François Hollande en 2012) et qui sont la soudaine disqualification « dans les faits » de François Fillon et « la disparition » des sympathisants du PS en raison du quinquennat catastrophique de François Hollande.

Ce concours de circonstances a été dans une moindre mesure favorable aux protestataires extrémistes comme le Front National et les Insoumis. On ne peut parler de victoire claire d'Emmanuel Macron car il a gagné faute de combattants sérieux face à lui, mais d’une défaite cinglante du système politique traditionnel français. Ainsi au 2e tour Emmanuel Macron s'est retrouvé face à Marine Le Pen bénéficiaire de votes protestataires et il a pu ainsi avec une grande facilité apparaître comme un grand économiste par contraste avec elle et notamment grâce aux propos de celle-ci concernant la sortie de l’Euro que le bon sens populaire a trouvé inconcevable.

Il n'y avait donc aucune autre alternative que de voter utile c’est à dire pour Emmanuel Macron soit par conviction ou soit par dépit ou de s’abstenir. En effet cette disparition du choix démocratique s'est accompagnée d'un record d'abstention et de bulletins blancs et nuls. Un résultat similaire avait été obtenu lors de l'élection de Georges Pompidou en 1969 à la suite de la soudaine démission du Général De Gaulle ; cette élection de 1969 était comme celle de 2017 due à un concours de circonstances inattendues. L’absence de choix lors des élections a ainsi permis à Emmanuel Macron de ne pas subir d’effets négatifs du flou de son programme (incluant des idées de droite et de gauche avec une prédominance à droite), de son âge, de son manque d’expérience et de ses choix non-conformistes concernant sa vie. Toutefois ce manque d’assise pour le poste pourrait conduire Emmanuel Macron à faire preuve d’un autoritarisme contreproductif pour tenter de s’affirmer. Le fait qu’Emmanuel Macron ait été imposé par le hasard des faits et non pas véritablement par un soutien populaire clair de ses projets ne signifie pas qu’il ne soit pas un candidat satisfaisant mais cela ne signifie pas non plus qu’il est le candidat idéal pour relever tous les défis qui mettent en cause la future qualité de vie en France ; toutefois aucun des autres des candidats ne paraissait être ce candidat idéal. Emmanuel Macron pourrait peut être se situer intellectuellement hors de la sphère monolithique IEP-ENA, ce qui est un point favorable,  car il aurait eu pour vocation de base la littérature et la philosophie et n’aurait (selon certains médias) adopté que par dépit la voie IEP-ENA. Son lien avec la littérature et la philosophie a été notamment perceptible lors de son brillant discours du 15 juillet 2017 commémorant le 75e anniversaire  de la Rafle du Vel d’Hiv et qui a combiné l’élégance du verbe à une volonté analytique et interprétative des faits.

Vème République (chiffres en %) – Elections présidentielles

 

1965

1969

1974

1981

1988

1995

2002

2007

2012

2017

Abstentions

15.69

31.15

12.67

14.15

15.94

20.34

20.29

16.03

19.65

25.44

Blancs et nuls

2.31

4.42

1.17

2.47

3.04

4.76

4.28

3.53

4.68

8.59

Total

18

35.57

13.84

16.62

18.98

25.1

24.57

19.56

24.33

33.99

Emmanuel Macron pourrait apporter à la France par sa jeunesse relative des éléments positifs, mais celle-ci ne le met pas à l'abri de maladresses comme par exemple et à notre avis, sa visite précipitée en Algérie durant laquelle ses propos accusateurs à l’égard de la France étaient trop simplifiés pour définir un lien historique particulièrement long  (132 ans). L’erreur sur la Guyane est du même ordre et il est par ailleurs apparu à la fin du quinquennat de François Hollande que la France n’avait qu’une perception méprisante de la Guyane limitée pour l’essentiel à sa base de lancement. Loin d’être une île la Guyane comprend la plus longue frontière terrestre de la France (730 km) et celle-ci nous sépare du Brésil qui est « par cette longueur » notre principal voisin ; par ailleurs notre administration des tribus autochtones en Guyane nous permettrait de protester contre celle du Brésil où les tribus autochtones sont considérées comme étant composées de citoyens de seconde catégorie.

2-Élections des députés

Les élections présidentielles et législatives de 2017 ont été marquées par le profond dégoût de nombreux français à l'égard de leur classe politique qui a engendré un mouvement massif de "dégagisme".  Ce mouvement de dégagisme a largement favorisé le nouveau Parti "La République en Marche" (LREM) d'Emmanuel Macron perçu comme différent des Partis en place et ayant la volonté de changer cette classe politique.

Les pratiques de la classe politique ont été perçues surtout sur le plan moral et au-delà de leur légalité car au travers de celles-ci de nombreux  élus donneraient la priorité à l’amélioration de leur propre vie privée au détriment de celle des français. Une partie substantielle des  députés avaient dans les faits, professionnalisé chacun leur mandat voire leurs mandats et semblaient être motivés par sa  ou leurs transformation(s) en CDI très rémunérateurs en agissant d’abord pour être reconduits dans leur circonscription par leurs Partis respectifs.  

De 1958 à 1981 la moyenne des abstentions au 2e tour des élections législatives avait été de 21.8%; de 1986 à 2012 cette moyenne s'était accrue à 33.9% avec déjà 40% en 2007 puis à 44.6% en 2012. Ce chiffre s'est accru à 57.36% en 2017 et en incluant les votes blancs et nuls à 61.5% marquant la fin de l'expression démocratique en France en raison du comportement décevant des élus. Seuls 42.6% des français inscrits ont voté en 2017 pour les législatives fragilisant ainsi la signification des  résultats électoraux.

En 2017 le PS a presque complètement disparu de l’Assemblée Nationale en raison du fort mécontentement accumulé durant le quinquennat  de François Hollande. Le PS n’a plus que 30 sièges à l’Assemblée Nationale contre 295 précédemment. La chute des Républicains (LR) a aussi été importante passant de 196 députés à 112 mais bien moindre car ils étaient à l’abri dans la position confortable d’opposants. L'écroulement des Républicains qui devaient être les bénéficiaires des élections, reste très significatif  et est dû dans une large partie aux problèmes rencontrés par François Fillon et au comportement inapproprié du parti LR à son égard.

LREM a obtenu 306 sièges sur 577 alors que ce mouvement devenu Parti politique n’existait que depuis à peine plus d’une année.

Avec 7 826 245 voix sur 47 293 103 inscrits c'est à dire 16.55% des inscrits, le parti LREM a obtenu 53.4% des sièges à l’Assemblée Nationale. Le système par circonscription et non pas par liste  avait traditionnellement permis d'éliminer les partis extrémistes et de donner une majorité suffisante au principal Parti pour éviter que les petits Partis fassent payer trop cher le prix de leur soutien. Ce n’est pas le système électoral qui est en cause  mais le désintérêt des électeurs inscrits fortement déçus. Avec 29 117 037 de suffrages non exprimés les abstentionnistes deviennent de très loin le premier parti de France et ce que les abstentionnistes ont voulu dire doit être très sérieusement pris en compte pour respecter l’esprit démocratique.

Au cours d'une période très courte qui a véritablement commencé lorsque l'élection d'Emmanuel Macron ne faisait plus de doute EM devenu LREM a dû désigner plus de 500 candidats pour couvrir la plupart des circonscriptions électorales. On est donc parti de l'élection présidentielle pour choisir des futurs députés qui conviendraient à la ligne présidentielle avec le risque de préférer des candidats malléables qui ne constitueront pas un contre-pouvoir issu du corps législatif. Un contrepouvoir législatif est indispensable pour modérer le pouvoir exécutif  comme cela peut être constaté aux États Unis.  Pour obtenir leur investiture LREM, les candidats ont dû signer "le contrat avec la nation" proposé par Emmanuel Macron. Le précédent système ne garantissait pas non-plus l'existence d'un contrepouvoir législatif tant il était corrompu par la professionnalisation de la politique.

La ligne de conduite de LREM a été fondée sur la volonté de renouveler les parlementaires afin de faire disparaître les très mauvaises habitudes qui ont engendré le dégoût d'une majorité des français à l'égard de la politique.

Une partie des nouveaux députés ont été choisis dans la société civile et ils ne peuvent cumuler ni plus de deux mandats parlementaires successifs ni plusieurs mandats en même temps. Toutefois le but de LREM était de trouver des futurs députés qui ne soient marqués ni à gauche ni à droite et ceci a été difficile puisque ce clivage continue à exister même sous d’autres appellations étant en principe et en général fondé sur la prédominance donnée soit à l’économie, soit aux citoyens. Sur les 308 députés LREM 109 sont marqués à gauche et 38 à droite et donc nous ne connaissons pas l’orientation de 161 d'entre eux (52%) qui pourraient ne pas avoir de repères politiques clairs autres que le soutien systématique de la politique présidentielle.

3-La politique gouvernementale annoncée

Il semblerait que malgré les annonces faites d'une nouvelle direction fondée sur le rajeunissement des corps exécutif et législatif, les choix présidentiels et gouvernementaux exprimés lors du congrès et à l’Assemblée Nationale  soient pour l'essentiel une accentuation à droite de la politique du précédent quinquennat. En effet les grandes orientations généreuses sont reportées à plus tard pour donner une priorité à l’austérité et à l’équilibre du budget ; les mesures qui seront prises ne seront pas fondées sur une politique économique mais l’arithmétique élémentaire, c’est-à-dire sur la simple réduction des dépenses publiques sans prendre en compte les conséquences à moyen terme. Les résolutions fondées sur le calcul arithmétique élémentaire pourraient avoir des conséquences  contreproductives comme par exemple le ralentissement économique et l’accroissement du chômage avec pour corollaire la baisse des revenus de l’Etat et l’accroissement de ses charges et par suite du déficit. Les premières victimes de cette simplification du raisonnement sont les plus vulnérables qui n’ont ni syndicats, ni droit de grève : « les retraités. »  On peut donc se demander si un rajeunissement précipité de la classe politique ne risque pas de mener aux mépris des séniors en raison d’une dégradation de l’ordre moral.

Un autre pan de la politique de l’arithmétique élémentaire consiste à vendre les  participations de l’Etat dans les grandes entreprises, ce qui va faire entrer des fonds ponctuellement comme par maquillage (window-dressing) et faire perdre tout moyen de pression et d’information direct de l’Etat au travers d’entreprises stratégiques dont il serait actionnaire. L'État continuerait donc à n’être plus qu’un spectateur de la scène économique.

Il faut aussi noter qu’une partie du déficit budgétaire français pourrait être couvert par les autres membres de l’UE et en particulier par l’Allemagne car  par son action militaire la France agît dans l’intérêt universel et pour le prestige de l’UE. La France représente surtout depuis le départ en cours du Royaume Uni le seul bras armé de l’UE. En excluant le Royaume Uni seule la France agît militairement sur le plan international, les autres membres y compris l’Allemagne n’ayant qu’un rôle marginal ou symbolique. De 2012 à 2015 le budget militaire allemand a été réduit de 1.31% à 1.19% du PIB. Les horreurs du IIIe Reich ne peuvent justifier l’inaction militaire de l’Allemagne surtout lorsqu’il s’agit de mettre fin à d’autres horreurs humanitaires sur la planète.

Se gargariser de grands mots sur les nouvelles technologies n'est pas suffisant pour échapper à la réalité d’une politique sclérosée. La nouvelle politique pourrait n’être constituée que de mesures incitatives coûteuses et sans effet réel sur le monde de l’entreprise. Le gouvernement entendrait ajouter une mesure incitative nouvelle et qui serait la précarisation de l’emploi en France et par suite celle de la majorité des français. Cette précarisation risque de réduire la demande de biens durables et pourrait entrainer un ralentissement de l'économie.

Sur la base de contrats précarisés en rendant les licenciements plus simples et moins coûteux (notamment en limitant les pouvoirs des Prud’hommes), les banques pourraient durcir leurs conditions de prêts immobiliers et à la consommation (dont le financement des véhicules) et les consommateurs pourraient eux-mêmes ne plus demander de crédits qu’ils ne seraient pas sûrs de pouvoir rembourser en cas de perte d’emploi. Tout cela pourrait donc avoir un effet néfaste sur la production et par suite sur l’emploi c’est-à-dire l’inverse de ce qui était espéré. La précarisation a engendré des catastrophes sociales, aux Etats Unis qui n’a pas résolu les problèmes de fond. Le monde des entreprises doit être mieux compris avant de prendre des mesures. Deux modes de raisonnement sont souvent utilisés :

A- Le raisonnement complexe et dynamique en macro-économie :

La décision économique entraine la dynamique d'un nombre croissant de paramètres qui rendent le simple raisonnement arithmétique tout à fait inadapté à la réalité. Comme on l’a vu la décision arithmétique peut entraîner l’effet inverse de celui perçu car un ensemble de paramètres agissent dans diverses directions. La politique économique doit être complexe et ne peut pas être fondée sur les bonnes paroles les entreprises qui sont des entités non-humaines et donc amorales et prennent leurs décisions en fonction de leur nature.

B- Les réactions primaires et mécaniques des entreprises

L’influence de fonds d'investissements ou de pension de différentes nationalités a réduit le raisonnement microéconomique à la croissance du rendement sur investissement à court terme et à tout prix. Le mécanisme du marché engendre une contagion de cette déshumanisation des entreprises et de l’appauvrissement du raisonnement financierLes incitations n’ont donc que peu de prises sur des entités primales.

Il n'y a plus dans ce cas de raisonnement à proprement parlé mais plutôt une réaction automatisée insensible aux incitations des États.

Il aura fallu attendre la réaction de l'Allemagne du 12 Juillet 2017 pour comprendre qu’un pays européen pouvait s’il le voulait protéger ses entreprises stratégiques contre des prises de participation hostiles pour les citoyens de ce pays. La France toujours admiratrice de l’Allemagne pour son libéralisme aurait pu en raison de ses valeurs prendre l’initiative d’une telle décision.

IV-SOLUTION POSSIBLE ET CONCLUSION

Nous avons vu que dans le cadre de l’UE il était possible de protéger les intérêts nationaux (récente initiative de l’Allemagne) et qu’il serait possible de faire contribuer les autres membres à une action d’intérêt commun (action militaire). Les traités de l’UE n’incluent pas que l’encouragement au développement du capitalisme à l’état sauvage et créateur de chômage mais ils comprennent  un texte dont les références sont humanitaires et sociales et qui est mis de coté par les Etats membres. Il s’agît de la Charte des Droits fondamentaux de l’UE signée à Nice le 7 décembre 2000. Ce texte est si peu suivi que l’UE a à présent en son sein des dictatures ; bien que cette Charte soit peu appliquée l’UE a poussé le cynisme jusqu’à exempter deux Etats membres de ce texte est pourtant obligatoire pour chacun et qui sont le Royaume Uni sur le départ et la Pologne qui est devenu une dictature comme la Hongrie. Cette Charte va au delà de la déclaration des Droits de l'Homme en y faisant entrer une dimension sociale qui devrait équilibrer l’importance du progrès social et économique. Nous allons reprendre ci-dessous quelques articles de cette Charte et les commenter :

PRÉAMBULE DE LA CHARTE : Les peuples de l'Europe, en établissant entre eux une union sans cesse plus étroite, ont décidé de partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. Consciente de son patrimoine spirituel et moral, l'Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d'égalité et de solidarité ; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l'État de droit. Elle place la personne au cœur de son action en instituant la citoyenneté de l'Union et en créant un espace de liberté, de sécurité et de justice. Elle cherche à promouvoir un développement équilibré et durable et assure la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, ainsi que la liberté d'établissement. A cette fin, il est nécessaire, en les rendant plus visibles dans une Charte, de renforcer la protection des droits fondamentaux à la lumière de l'évolution de la société, du progrès social et des développements scientifiques et technologiques.

Commentaire : La Charte place la personne au cœur de l’action de l’UE et non pas l'économie ; l'économie est au service de l'Homme et non le contraire. Paradoxalement l'action des autorités Européennes a été durablement inverse et c'est pourquoi la politique administrative européenne est ressentie comme pesante, contraignante voire appauvrissante. Malgré cela les citoyens qui ont une meilleure perception que leurs dirigeants pensent que l'UE et l’Euro sont indispensables mais mal gérés. Le choix du libéralisme et de la liberté économique totale des entreprises voulu par la Commission, le Parlement Européen et de nombreux États membres a pour corollaire l'affaiblissement des États face à la domination économique qui ne leur permet pas d'agir afin de faire valoir les principes de base de la Charte dont les idées donne la direction de la politique à suivre.

Article 1 : La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée.

Commentaire : Si l'UE ne s'implique pas "directement" dans la défense du pouvoir d'achat, du plein emploi et de la protection du travail  l'article 1 est un vœu pieux.

Article 14 : Toute personne a droit à l'éducation, ainsi qu'à l'accès à la formation professionnelle et continue.

Commentaire : L'accès à l'éducation se restreint progressivement en raison des conditions budgétaires imposées aux États membres les plus généreux dans ce domaine et qui sont en accord avec les termes de la Charte et la formation professionnelle dépend trop des entreprises qui  n'ont pas vocation à enseigner en raison  de l’absence de rentabilité de cette activité; seule la loi pourrait obliger les entreprises à jouer leur rôle.

Article 15 : Toute personne a le droit de travailler et d'exercer une profession librement choisie ou acceptée.

Commentaire : l'article 15 remet l'obligation qui sera faite en France d'accepter n'importe quel emploi après un premier rejet ; l'activité économique est importante mais la dignité des hommes l'est aussi.

Article 25 : L'Union reconnaît et respecte le droit des personnes âgées à mener une vie digne et indépendante et à participer à la vie sociale et culturelle.

Commentaire : L'agression financière que les retraités vont subir en France en 2018 alors que les pensions sont gelées depuis de nombreuses années et cela  parce que les retraités ne peuvent pas se défendre est indigne de l'article 25.

Article 27 : Les travailleurs ou leurs représentants doivent se voir garantir, aux niveaux appropriés, une information et une consultation en temps utile, dans les cas et conditions prévus par le droit communautaire et les législations et pratiques nationales.

Article 28 : Les travailleurs et les employeurs, ou leurs organisations respectives, ont, conformément au droit communautaire et aux législations et pratiques nationales, le droit de négocier et de conclure des conventions collectives aux niveaux appropriés et de recourir, en cas de conflits d'intérêts, à des actions collectives pour la défense de leurs intérêts, y compris la grève.

Commentaire : Les articles 27 et 28 remettent en question la déconstruction du droit du travail qui va être mise en place en France par ordonnances ; une question aussi essentielle voire identitaire requiert l'accord des représentants des salariés voire un référendum.

Article 30 : Tout travailleur a droit à une protection contre tout licenciement injustifié, conformément au droit communautaire et aux législations et pratiques nationales.

Commentaire : La reforme du droit du travail qui vise à faciliter le licenciement notamment par restriction des droits des prud'hommes est contraire à l'article 30.

Article 31 : Tout travailleur a droit à des conditions de travail qui respectent sa santé, sa sécurité et sa dignité.  Tout travailleur a droit à une limitation de la durée maximale du travail et à des périodes de repos journalier et hebdomadaire, ainsi qu'à une période annuelle de congés payés.

Commentaire : L'adaptation du travail aux contraintes commerciales ne devrait pas empêcher un repos hebdomadaire de deux jours coïncidant avec celui de la famille. Afin de protéger le droit des travailleurs des pays de l'Ouest de l'UE, il faut faire en sorte que l'article 31 soit aussi appliqué dans les pays de l'Est de l'UE. Il est aussi indispensable de ne pas permettre dans certains pays membre de l'UE  que le salaire médian soit inférieur au seuil de pauvreté  moyen calculé pour l'ensemble de l'UE.

Article 32 : Le travail des enfants est interdit.

Commentaire : Des sociétés de distribution de l'UE peu regardantes se sont fournis à bas prix dans des pays qui ne respectent pas l'article 32 et ont en conséquence importé dans l'UE l'irrespect de cet article.

Article 33 : La protection de la famille est assurée sur le plan juridique, économique et social.

Article 34 : L'Union reconnaît et respecte le droit d'accès aux prestations de sécurité sociale et aux services sociaux assurant une protection dans des cas tels que la maternité, la maladie, les accidents du travail, la dépendance ou la vieillesse, ainsi qu'en cas de perte d'emploi, selon les modalités établies par le droit communautaire et les législations et pratiques nationales.  Afin de lutter contre l'exclusion sociale et la pauvreté, l'Union reconnaît et respecte le droit à une aide sociale et à une aide au logement destinées à assurer une existence digne à tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, selon les modalités établies par le droit communautaire et les législations et pratiques nationales.

Article 35 : Toute personne a le droit d'accéder à la prévention en matière de santé et de bénéficier de soins médicaux dans les conditions établies par les législations et pratiques nationales. Un niveau élevé de protection de la santé humaine est assuré dans la définition et la mise en œuvre de toutes les politiques et actions de l'Union.

Commentaire : Les mesures qui viseraient à mettre en cause les prestations sociales, familiales et de santé seraient contraires aux articles 33, 34 et 35.

Article 36 : L'Union reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt économique général tel qu'il est prévu par les législations et pratiques nationales, conformément au traité instituant la Communauté européenne, afin de promouvoir la cohésion sociale et territoriale de l'Union.

Commentaire : Les privations des grandes entreprises de service public mettent souvent en cause pour des raisons économique la notion même de service public et dans ce cas ces privatisations sont contraires à l'article 36.