conférence de Presse du 25/04/19

Analyse critique de la conférence de presse d’Emmanuel Macron du 25 Avril 2019

Didier BERTIN – 2 Mai 2019

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I- Le rôle et l’action des élus

Ce que l’on attend du plus haut dirigeant d’un pays c’est qu’il connaisse les données économiques mondiales dont  celles de son  propre pays et qu’il ne fasse pas d’erreur de raisonnement ; ces points sont  des conditions nécessaires mais non suffisantes pour concevoir une politique adéquate.

Lorsqu’il y a un doute et que l’assemblée nationale ne peut pas jouer son rôle de modérateur et de correcteur, certains citoyens mieux formés et mieux informés que jadis se sentent obligés de rappeler leurs représentants politiques à leurs devoirs notamment en manifestant sur la voie publique. Malheureusement les démonstrations publiques attirent aussi certains  individus  aux idées extrémistes qui ne résistent pas à l’attraction de la violence et des « groupes de terroristes » qui devraient être traités comme tels par la justice. Cette dérive violente ternit les porteurs du message initial mais pas le message lui-même. Le Président devrait en tenir compte pour rétablir la sérénité en France par des mesures socio-économiques favorisant le progrès social qui a été la cible du Président, du gouvernement et de sa majorité de godillots. On doit malheureusement rappeler que les forces de l’ordre qui subissent les mêmes problèmes que le reste de la population  ne peuvent pas résoudre les problèmes socioéconomiques de fond qui sont la racine du mal.

Les citoyens  mécontents n’entendent pas pour autant remplacer les représentants politiques puisqu’ils ont déjà la charge de créer la richesse nationale annuelle qui leur prend l’essentiel de leur temps de vie; en conséquence ils ne désirent pas créer de nouveaux partis politiques et cela ne décrédibilise en rien la valeur du message qu’ils portent.

Ces citoyens ont aujourd’hui un niveau de compréhension au moins égal à celui de leurs représentants et ne peuvent que mener « en sacrifiant leur temps de récupération et de loisirs » une action de contrôle du travail de leurs élus. Il est urgent que les représentants politiques se mettent sérieusement au travail en excluant les solutions simplistes et accomplissent les tâches pour lesquelles ils ont été élus et qui doivent converger vers l’amélioration du bien-être. La complexité du monde économique d’aujourd’hui requiert de réelles compétences pour permettre aux élus de jouer pleinement leur rôle.

II- La Travail : Sa perception oscille en France entre le réel et le spirituel

Loin de la réalité des chiffres trop de dirigeants français se plaisent à discréditer tant le volume de travail que  l’efficacité au  travail de leurs concitoyens sur la base de préjugés très ancrés et d’une philosophie de droite envahie par des valeurs spirituelles rétrogrades. Dans l’inconscient de nombre d’entre eux le besoin  de récupération et de loisirs de la population active serait un refus de la souffrance salvatrice et rédemptrice selon la morale chrétienne alors que l’aspiration aux plaisirs terrestres est la source de tous les vices. Curieusement ces dirigeants ne s’appliquent pas les mêmes principes peut-être parce que le fait d’être des premiers de cordée les rapproche suffisamment des cieux. L’ampleur donnée par le Président au drame de Notre Dame, ont le prestige est surtout dû à l’imagination de Viollet-le-Duc et à celle de Victor Hugo, reflète un mélange des genres entre réel et spirituel. Là encore les premiers de cordées ont immédiatement fait preuve d’une générosité qu’ils refusent à leur personnel dans la gestion de leurs empires. La restauration rapide du monument est nécessaire car il constitue un élément identitaire important surtout pour l’activité touristique qui joue un rôle économique substantiel.

Afin de faire admettre une politique réductrice des avantages sociaux dus aux français, il a été dit lors de la conférence de presse et de façon méprisante et non significative, qu’ils travailleraient moins que les espagnols, les Italiens, et les anglais.

Pour porter un tel jugement il ne faut s’en tenir qu’aux chiffres. Seule la population active réalise le PIB alors que  la population nationale comprend notamment des citoyens dont le travail n’est pas comptabilisé, les retraités,  les enfants et les étudiants qui ne produisent pas mais qui sont le futur de la nation. En Allemagne cette composante existentielle (enfants et étudiants) est en voie de disparition et par suite le pays lui-même au point qu’on a dû y adapter des postes de travail pour des personnes âgées. 

Les statistiques qui soutiennent les déclarations du Président sont celles de l’OCDE (concentrées sur les salariés). La productivité n’est pas prise en compte et la plupart des pays dont les équipements sont insuffisants doivent recourir à un temps de travail plus long pour compenser une productivité insatisfaisante;ainsi l’Allemagne qui est très équipée, est le pays où l’on travaille le moins en comparaison avec les 35 autres pays de l’OCDE. Par ailleurs l’OCDE fait un travail comparatif en mélangeant des chiffres hétéroclites qui datent de 2016 à 2018.

La quantité de travail en heures dans les cinq principaux pays de l’UE (66.8% du PIB de l’UE) est  selon les chiffres de l’OCDE la suivante :

Pays

Heures /salarié /an

année

Allemagne

1356

2017

France

1526

2016

Royaume Uni

1538

2018

Espagne

1695

2017

Italie

1723

2017

La durée du travail en France est équivalente à celle du Royaume Uni, toutes les deux très supérieures à celle de l’Allemagne. Naturellement des pays moins équipés comme l’Espagne et l’Italie utilisent plus de main d’œuvre payée peu cher. Il est à noter que La durée annuelle légale du travail à temps plein est en France de 1 607 heures.

Toutefois ces chiffres ne comprennent pas les indépendants français dont la durée du travail par an  était selon EUROSTAT de 2335 heures en 2015 soit 42% de plus que la moyenne européenne.

En incluant le travail des indépendants à celui des salariés la France se place en tête des principaux pays européens selon le tableau suivant :

Pays - 2015

Temps de travail annuel

Rang

Allemagne

1956  heures

1

France

1928  heures

2

Italie

1886  heures

3

Royaume Uni

1824  heures

4

Espagne

1801  heures

5

La France est donc au même niveau que l’Allemagne en termes de temps de travail, mais encore une fois le temps de travail n’a qu’une signification restreinte si l’on ne tient pas compte de la productivité.

Même en durée hebdomadaire et selon la Direction de l’Information Légale et administrative de 2018, les chiffres de 2016 étaient les suivants qui montre que  la France se classe parmi les pays les plus travailleurs et que la durée hebdomadaire salariale est très similaire dans les cinq principaux pays de l’UE.

Durée hebdomadaire du travail en 2016

Rang

Royaume Uni

36.8

1

Espagne

36.4

2

France

36.3

3

Italie

35.5

4

Allemagne

34.8

5

En matière de volonté de travailler on doit aussi noter que 20% des actifs français considèrent qu’ils font un « Bullshit Job » c'est-à-dire un travail sans intérêt et désespérant.

La productivité est une donnée essentielle et la quantité de travail  évolue souvent de façon inversement proportionnelle à la productivité.

Ce qui compte c’est la création de richesses et non pas le temps que passent les gens à leur poste de travail.

Productivité :

2017

Population active  en 000

PIB en SPA*

en millions  €

Productivité

Euros/Actif

France

29 824

2 092 000

70 201

Allemagne

43 382

3 046 000

70 216

Royaume Uni

33 701

2 078 000

61 661

Italie

25 970

1 736 000

66 846

Espagne

22 807

1 287 000

56 447

Total

156 684

10 239 000

65 349

66.8% de l’UE

Total UE

15 330 000

*SPA= parité de pouvoir d’achat

En matière de productivité la France se place en tête avec l’Allemagne des cinq pays les plus importants de l’UE produisant 66.8% du PIB de l’UE.

EUROSTAT avait calculé la productivité en 2014 et appliqué des critères différents dont les résultats qui allaient dans le même sens. EUROSTAT avait fait un état comparatif en pourcentage des membres de l’UE en fixant à 100 la moyenne pondérée dans l’UE :

Productivité  en 2014

Base 100 – UE

Rang

France

128.5

1

Allemagne

126.9

2

Italie

101.4

3

Espagne

101

4

Royaume Uni

99.4

5

Par rapport à beaucoup d’autres pays de l’UE les français actifs travaillent longtemps  et avec une grande productivité.

Une croissance raisonnable aurait des effets immédiats sur le budget de l’Etat et sur sa capacité de financer la politique sociale dont le retour au plein emploi, requise par les citoyens.

III- Les problèmes de raisonnement lors de la conférence de presse

1-Retraites et séniors

Argument 1 : Le Président a déclaré ne pas vouloir allonger l’âge de la retraite  qui resterait à 62 ans (contre 60 ans précédemment), en prenant  en compte la difficulté des Séniors à conserver ou à retrouver un emploi (Il s’agit en fait plus d’impossibilité que de difficulté).

Argument 2 : L’âge de la retraite n’est donc pas prolongé mais la durée de la période de cotisations est prolongée pour une allocation de retraite normale. En cas de cotisation insuffisante les pénalités seront lourdes.

L’argument 2 contredit et annule donc l’argument 1, car il signifie que l’âge de la retraite est de facto repoussé si l’on veut éviter une forte paupérisation.

Le raisonnement tenu est donc tout à fait contradictoire : L’argument 2 révèle un raisonnement comptable et « statique » par lequel on comble  un supposé un futur déficit des caisses de retraites par la paupérisation des retraités. De toutes les façons la paupérisation est le point de convergence des deux arguments qui ne sont qu’une présentation différente d’une seule et même option.

2-Evolution du chômage

Le Président  a fait état d’une baisse du chômage due à sa politique de plus de 500 000 chômeurs alors que l’INSEE mentionne une baisse  487 000 chômeurs  pour les années 2017 et 2018.

69.4% de cette baisse du chômage a eu lieu en 2017 dont il est logique de penser qu’elle a été  pour la plus grande partie  le résultat de l’action du précédent président Le chiffre de l’année 2018 à mettre pleinement en relation avec la politique du nouveau président n’est que de 149 600 chômeurs soit 30.7% des 487 000 chômeurs revenus à l’emploi en 2017 et 2018.

 

IV-Le bon ordre des priorités

Une politique économique ne consiste pas en la gestion des dépenses et revenus dans un univers figé mais en celle de leurs flux dans un cadre dynamique. Dans un univers figé on baisserait les dépenses pour les adapter à des revenus supposés eux aussi être fixes ce qui n’a aucun lien avec le monde réel. Un tel raisonnement ne tient pas compte de la dynamique et de l’interaction des paramètres économiques dans le cadre duquel par exemple une baisse des dépenses entraînerait une baisse des revenusL’accroissement du bien-être passe par d’abord celui du PIB et non pas par la réduction systématique des dépenses publiques.

De nombreux citoyens ont l’intuition qu’une trop grande simplification du raisonnement révèle de l’incompétence. Les représentants politiques doivent en effet se montrer à la hauteur de situations complexes qui impliquent de leur part un effort très accru. Les citoyens ont acquis par leurs efforts un certain bien-être et n’ont pas élu des représentants pour le réduire, d’autant plus que  le Président et les députés de sa majorité ont été surtout élus par siphonage de voix progressistes.

La croissance du  bien-être peut aussi se concevoir dans une décroissanceéconomique organisée sur la base de biens plus durables mais la majorité des citoyens des pays de l’UE n’ont pas choisi cette option.

La croissance du PIB passe par l’innovation et actuellement le nombre de dépôts de brevets reste insuffisant, la réactivité à la concurrence, la plus grande influence de l’Etat dans les entreprises et le plein emploi.

La participation des représentants de l’Etat dans les conseils d’administration où il est encore présent se caractérise trop souvent par un silence assourdissant.

L’entreprise est au cœur de la croissance et pour y avoir une influence les élus  doivent parfaitement comprendre son univers afin de pouvoir proposer des idées et des aides qui feront véritablement croître les ventes et l’emploi, tout en ayant une perspective économique qui aille au delà de celle à court terme du monde entrepreneurial.

Pour se différencier des dirigeants précédents que l’actuel président avait qualifié de paresseux, ses élus devraient passer la moitié  de leur temps à faire pression sur les entreprises en France et à l’étranger dans le domaine de la croissance er de l’emploi (en France) et doivent en avoir pour cela les compétences. Cette action doit faire l’objet de rapports réguliers et consultables par tous. On pourrait même imaginer que les élus aient une rémunération variable en fonction de leurs interventions réussies et prouvées en matière de croissance et d’emploi dans chacune des entreprises de leur territoire.

V- Le reste des propositions lors de la conférence de presse

Les réponses ne semblent pas avoir été à la hauteur de la très grande ampleur du « Débat National » et ont trop souvent porté sur des propositions envisageables mais incertaines en se défaussant sur l’action à venir du gouvernement.

L’indexation des retraites à l’inflation étalées sur deux ans a été  présentée comme une mesure de progrès alors qu’il s’agit simplement de venir à la situation antérieure.

Aucune mesure sur les taxes sur les carburants n’a été annoncée alors que leurs  prix  sont aujourd’hui supérieurs à ce qu’ils étaient avant la crise. Il avait pourtant été porté à l’attention du Président que la voiture restait très souvent le seul moyen de communication dans la plus grande partie de la France afin de travailler, de se nourrir , de se soigner et plus simplement d’avoir une vie normale.

 

VI-Situation politique globale et conclusion

 

Un concours de circonstances a fait de la situation politique française ce qu’elle ne devrait pas être, c'est-à-dire un Etat mené par un parti unique de godillots et par un président peu expérimenté. Cette situation est le terreau de la croissance du Rassemblement National qui pourrait jouer un rôle de principal parti d’opposition voire de parti de gouvernement ce qui est un risque grave pour l’ordre public, pour l’avenir de la France et de ses valeurs amplifié par la menace de sortie de l’UE. La France deviendrait alors inaudible dans le concert des nations.

Il serait souhaitable de refonder à partir de LaREM deux partis démocratiques. LaREM a siphonné une grande partie de la gauche et tend à mener une politique de droite. Les deux partis issus de LaREM seraient l’un progressiste et l’autre conservateur.

Pour ne pas désorganiser l’Etat ces deux partis formeraient immédiatement une coalition qui garantirait un  gouvernement stable jusqu’aux prochaines élections au cours desquelles chaque citoyen aurait une bien meilleure visibilité pour choisir celui qui le représenterait.