Inopportunité hommage à G.Clemenceau

L’inopportunité de l’hommage à Georges Clemenceau

pour le centenaire de la fin du premier conflit mondial (1914-1918)

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Cet  article a aussi été publié dans le Times of Israel

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Didier BERTIN – 18 décembre 2018

Le Président Macron avait pensé rendre hommage au Maréchal Pétain puis y avait renoncé en raison de nombreuses protestations. Nous n’avions pas manqué de souligner à ce moment des faits insuffisamment évoqués et qui sont les très lourdes conséquences hors de France de la politique du Maréchal Pétain au cours de la seconde guerre mondiale. Sa politique avait de facto permis à l’Allemagne de concentrer plus de forces et de moyens sur le front de l’Est  et ainsi de prolonger le conflit et par suite d’augmenter ses victimes.

La volonté humaine de vouloir se référer à un grand personnage pour commémorer les grands évènements a sans doute  amené le Président Macron à rendre un hommage soutenu à Georges Clemenceau et là encore ce fut selon nous un mauvais choix. L’acharnement de Georges Clemenceau avait permis d’aboutir au traité de Versailles dans le but de briser l’Allemagne qui était  pourtant devenue une République démocratique et véritablement parlementaire déclarée par Philipp Scheidemann deux jours avant l’armistice en remplacement d’un Empire autocratique et belliqueux. Le traité de Versailles engendra le second conflit mondial que beaucoup craignaient dès 1919 en raison du fort ressentiment que ses conséquences suscitèrent.  Nous allions donc passer d’un premier conflit (1914-1918) ayant entraîné la mort de 18. 6 millions de civils et militaires dans le monde à un autre (1939-1945) qui fut le plus meurtrier de l’Histoire de  l’humanité (60 à 80 millions de morts dans le monde).

Un hommage aux soldats et aux victimes civiles de la première guerre mondiale aurait été suffisant avec une attention pour Aristide Briand et Gustav Stresemann qui ne ménagèrent pas leurs efforts pour éviter de créer une situation menant à un second conflit et qui reçurent conjointement à ce titre le prix Nobel de la paix en 1926.

Dans le cadre la relation privilégiée que la France veut avoir avec l’Allemagne, Georges Clemenceau n’était pas la bonne référence.

Avant 1914 Clemenceau s'illustra par sa férocité contre les mouvements sociaux et en 1914 par son attitude belliqueuse. Le 6 aout 1914 il écrivait : « La parole est au canon […] Et maintenant, aux armes ! Mourir n'est rien, il faut vaincre. » 

Georges Clemenceau représenta la France lors de la conférence de la Paix en1919 et fut élu président du Conseil des quatre comprenant le président Wilson  (États-Unis), le ministre Lloyd George (Royaume Uni) et le président Orlando (Italie) qui lui permit d’exercer une influence prédominante sur les conditions du  traité de paix. Lors de sa ratification par la Chambre le 23 octobre 1919, la SFIO  accusa Clemenceau d'avoir surchargé l'Allemagne et compromis la paix.

L'intransigeance de Clemenceau suscita des réticences du Royaume-Uni et des États-Unis désirant  préserver la stabilité de la nouvelle République allemande dite de Weimar en raison du lieu de vote de sa constitution. Les États-Unis allégèrent à deux reprises le fardeau financier de l’Allemagne après le traité de Versailles mais cela fut insuffisant pour juguler le vif ressentiment des allemands qui favorisa fortement la montée du nazisme.

En 1919, l'Allemagne fut amputée de 15 % de son territoire et de 10 % de sa population par

  • La restitution à la France de l’Alsace-Lorraine 
  • l’intégration à la Belgique des cantons d'Eupen et Malmedy
  • La restitution au Danemark des villes d’Åbenrå, Sonderborg et Tønder
  • les importants territoires attribués ou réattribués au nouvel Etat Polonais

Par ailleurs :

  • le Bassin de la Sarre fut placé sous administration internationale pour 15 ans.
  • l'Allemagne dut livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses blindés, toute sa flotte et son armée fut limitée à 100 000 hommes
  • la rive gauche du Rhin, Coblence, Mayence et Cologne furent démilitarisées
  • Le  Rhin, l’Oder et l’Elbe furent internationalisés
  • L'Allemagne perdit la propriété de ses brevets
  • L'Allemagne  dut payer à la France et la Belgique 132 milliards de marks-or  d’indemnités correspondant à 47 312 tonnes d'or soit l’équivalent de plus de 1 400 milliards d’euros aujourd’hui.  

Malgré son esprit offensif le Maréchal Foch fut conscient de l’injustice du traité de Versailles qui lui fit dire : « ce n'est pas une paix, c'est un armistice de 20 ans ».  Les Etats-Unis ne ratifièrent pas le traité de Versailles.

La république de Weimar ruinée par la guerre  et confrontée à des conditions économiques particulièrement difficiles ne put faire face aux paiements des réparations ce qui entraîna l’occupation de la Ruhr en 1923 par la France et la Belgique.

Les Etats-Unis intervinrent alors pour alléger et rééchelonner la dette allemande et faire libérer la Ruhr en mettant en place le Plan Dawes en 1924. Toutefois, la charge encore trop lourde conduisit au plan Young en 1929 (avec un rééchelonnement jusqu’en 1988) suivi du moratoire Hoover en 1931 car le plan Young devint inapplicable en raison de la grande crise économique de 1929. Le paiement de la dette ne pourra continuer qu’après la fin du  second conflit mondial pour se terminer en 2010 soit près d’un siècle après la fin du premier conflit mondial.

English version

Inopportunity of the tribute to Georges Clemenceau for the centenary of the end of the First World War

(1914-1918)

Didier BERTIN - December 18, 2018

President Macron had thought to pay tribute to Marshal Petain and then gave up because of numerous protests. At that time, we did not fail to point to facts that were not sufficiently mentioned and which are the very serious consequences outside France of Marshal Pétain's policy during the Second World War. His policy had de facto allowed Germany to concentrate more forces and resources on the Eastern Front and thus prolong the conflict and consequently increase its victims.

The human desire to refer to a great person to commemorate major events has undoubtedly led President Macron to pay a deep tribute to Georges Clemenceau and again this was, in our opinion, a bad choice. The relentlessness of Georges Clemenceau had led to the Treaty of Versailles in order to break Germany, which had become a democratic and truly parliamentary Republic declared by Philipp Scheidemann two days before the armistice to replace the autocratic and bellicose German Empire. The treaty of Versailles engendered the Second World War which many feared since 1919 because of the strong resentment aroused by its consequences in Germany. So we were going to go from a first conflict (1914-1918) that resulted in the death of 18.6 million civilians and soldiers in the world to a second one  (1939-1945) which was the deadliest in the history of the humanity with 60 to 80 million people killed worldwide.

A tribute to the soldiers and civilian casualties of the First World War would have been enough with special thought for Aristide Briand and Gustav Stresemann who spared no effort to avoid creating a situation leading to a second conflict and who jointly received the Nobel Peace Prize in 1926.

In the framework of the privileged relationship that France wants to have with Germany, Georges Clemenceau was not the good reference.

Before 1914 Clemenceau was distinguished by his ferocity against social movements and in 1914 by his bellicose attitude. On August 6, 1914 he wrote: "Let the cannons speak [...] and now, to arms! To die is nothing, you must defeat the enemy. "

Georges Clemenceau represented France at the Peace Conference in 1919 and was elected as President of the Council of the Four including President Wilson (United States), Minister Lloyd George (United Kingdom) and President Orlando (Italy) that allowed him to exert a predominant influence on the conditions of the peace treaty. At the moment of its ratification by the French Parliament on October 23, 1919, the SFIO (Socialist Party) accused Clemenceau of overloading Germany and compromising peace.

Clemenceau's intransigence aroused the reluctance from the United Kingdom and the United States to preserve the stability of the new German Republic of Weimar (in reference to the city where its constitution was adopted). The United States alleviated twice the financial burden of Germany after the Treaty of Versailles but this was insufficient to curb the strong resentment of the Germans which strongly favored the rise of Nazism.

In 1919, Germany was cut by 15% of its territory and 10% of its population by

• The return to France of Alsace-Lorraine

• The integration of the cantons of Eupen and Malmedy into Belgium

• The return to Denmark of the towns of Åbenrå, Sonderborg and Tønder

• The important territories allocated or reassigned to the new Polish State

Moreover:

• The Saar Basin was placed under international administration for 15 years.

• Germany had to deliver 5,000 cannons, 25,000 aircraft, its armored vehicles, its entire fleet and its army was limited to 100,000 soldiers.

• The left bank of the Rhine, Koblenz, Mainz and Cologne were demilitarized

• The Rhine, Oder and Elbe were internationalized

• Germany lost patents ownership

Germany had to pay France and Belgium 132 billion gold marks of compensation corresponding to 47,312 tons of gold i.e. the equivalent of more than 1,400 billion Euros today.

Despite his offensive spirit, Marshal Foch was aware of the injustice of the Treaty of Versailles which made him say: "it is not a peace; it is an armistice of 20 years". The United States did not ratify the Treaty of Versailles.

The Weimar Republic, ruined by war and facing particularly difficult economic conditions, was unable to cope with the payment of reparations, which led to the occupation of the Ruhr in 1923 by France and Belgium.

The United States then intervened to lighten and reschedule the German debt and liberate the Ruhr by implementing the Dawes Plan in 1924. However, the burden still too heavy led to the Young Plan in 1929 (with rescheduling until 1988) followed by the Hoover Moratorium in 1931 because the Young Plan became inapplicable as a result of the great economic crisis of 1929. Debt payments continued only after the end of the Second World War and end in 2010, almost one century after the end of the First World War.