PENSIONS ET RETRAITES

MENACE CONTRE LES PENSIONS ET RETRAITES

Pour une Nouvelle Politique Economique

Didier BERTIN - 2 Janvier 2020

I-APPROCHE ACTUELLE : VERS UNE IMPASSE

1-Considérations générales

La réforme du système des retraites actuellement en cours repose sur approche empiriste et triviale qui écarte les problèmes de fonds et les priorités réelles. Cette approche s’exonère de toutes considérations morales ce qui est une caractéristique du néo-libéralisme qui s’oppose à la notion de Droits Humains Fondamentaux pourtant prise en compte « symboliquement » par l’UE. La conception simpliste de  l’équilibre financier fait dévier de son rôle une classe politique superficielle qui devrait d’abord prendre  en considération le modèle de société souhaité par les  citoyens et conforme aux principes républicains, puis se donner les moyens d’appliquer la politique sociale qui lui correspond.

Le ralentissement de la croissance, l’augmentation de la précarité entraînée par la priorité donnée au secteur entrepreneurial, la perte de l’autorité de l’Etat corollaire du Néo-libéralisme, ont notamment entrainé une baisse démographique  en raison de perspectives incertaines. Un politique de Gribouille mène donc à vouloir réduire le poids global des pensions notamment en repoussant l’âge de la retraite, c'est-à-dire à traiter les effets et non les causes. Le fait de vouloir obliger les séniors à s’épuiser plus longtemps au travail si les entreprises y avaient convenance, ce qui n’est souvent pas le cas, consisterait à vouloir réduire volontairement l’espérance de vie ce qui est plus qu’immoral. On parle beaucoup de progrès médicaux avec l’aide de l’intelligence artificielle et de thérapies géniques mais nous n’en sommes toujours que dans une phase expérimentale.

2-Considérations pratiques

Les propositions actuelles visent à réduire sensiblement le montant des retraites comme ceci avait déjà été fait et cela finira par entrainer le recours aux fonds de pensions spéculatifs pour compléter des retraites qui deviendront insuffisantes. Le mécanisme de réduction des retraites est le suivant :

  1. Calcul des retraites : le point selon le modèle Agirc-Arco pourrait ne pas poser de problèmes si le droit à la retraite continuait à être calculé sur la base des trimestres cotisés et non par sur les seuls points. De plus le système des trimestres est flexible (60 à 90 jours selon les cas).
  2. Salaires pris en considération : Les dix meilleures années de salaires ont déjà été remplacées par les 25 meilleures années puis il s’agit maintenant de prendre en compte la totalité des années cotisées dans le but clair de réduire les retraites et pour ce critère on ne peut pas faire pire. Les salariés devraient subir « en même temps » le fait qu’une pension n’est qu’un pourcentage du salaire et celui de la prise en compte de leurs salaires de début de carrière. Le seul changement acceptable serait déjà de revenir au dix meilleures années.
  3. Durée de cotisation : L’allongement de l’âge de la retraite à 62 ans puis à 64 ans en 2027 pour éviter un très lourd malus (âge pivot) amplifiera considérablement la chute des retraites due aux effets (a) et (b) du fait  que les entreprises ne veulent souvent pas de seniors en raison de leur forme physique et aussi du refus de payer le prix de l’expérience professionnelle car  l’effet comptable immédiat prédomine . Il est à craindre que les propositions actuelles mènent aussi à une paupérisation aggravée à partir de 50 ans en cas de perte d’emploi.

L’Etat abandonne donc les citoyens à la sphère privée qui n’est mue que par des considérations comptables à court terme.

II - CONSIDERATIONS SOCIETALES

1-Travail

Il est une contrainte liée aux besoins biologiques vite intégré dans un système économique permettant au-delà de ces besoins de créer des richesses pour ceux qui dominent ce système. Les luttes sociales ont donné à l’Etat représentant la nation un devoir de modération de l’appétit entrepreneurial. L’Etat dépassé par le néolibéralisme induit par la globalisation a progressivement abandonné son pouvoir au bénéfice de la sphère privée dénuée de conscience morale. Ainsi la compression du coût travail est devenue une priorité qui inclut aussi la perte progressive du droit à la retraite. L’Etat devenu impuissant par manque de conviction et d’idées n’est plus que spectateur de la situation. La dernièrelimite protectrice et fragile des salariés est le besoin des entreprises en consommateurs qui forment le marché permettant le maintien du cycle économique.

2- Durée de vie

Les hommes ont fait progresser la science, la médecine et par suite la durée de la vie en valeur moyenne et devraient en bénéficier directement. Vouloir détourner ce que les hommes ont créé pour eux-mêmes au bénéfice de certaines entités du système économique serait une perversion de la science.

Le fait que la classe politique chargée de représenter l’intérêt des citoyens intègre dans ses paramètres de décisions la spéculation sur l’âge de la mort pudiquement appelé « espérance de vie » pour décider de ce qu’il convient de sacrifier au labeur est d’autant plus choquant qu’il existe d’autres alternatives évidentes.  Dans ce cas on est proche d’une société qui déterminerait le droit à la retraite sur la base d’un pronostic vital individuel réévalué régulièrement.

3–Progrès en matière de production de biens et services

Depuis la révolution industrielle on constate un progrès fulgurant de la productivité c'est-à-dire de la capacité de production humaine à être démultipliée constamment grâce au génie humain.

Ce changement aurait pu être perçu immédiatement comme une opportunité de libérer progressivement l’Homme du travail mais l’avidité a masqué cette opportunité et donc l’accroissement de la productivité a surtout été consacré à produire plus au moindre coût pour augmenter le rendement des capitaux.

Les améliorations sociales ont été gagnées de haute lutte et ainsi le pouvoir d’achat a pu être augmenté et la durée du travail diminuée tout en conservant l’idée que la plus grande partie de la vie de veille tant que l’état de santé le permettait devait être consacrée à produire. Ce principe est fondé sur la conviction que la croissance économique maintient le système en vie même si celle-ci s’éloigne de la notion d’amélioration du bien-être humain.

Les points positifs sont que grâce à l’accroissement de la productivité et au développement des technologies de l’information qui sont notamment à la base de l’intelligence artificielle qui démultiplie les capacités humaines, on peut produire beaucoup plus avec beaucoup moins de main d’œuvre. Cette opportunité permettrait donc de travailler moins, de mieux répartir le travail pour atteindre le plein emploi et de partir plus tôt à la retraite en dépendant beaucoup moins de la croissance démographique. La question essentielle que ne se pose pas la classe politique et de décider de la juste répartition de ces gains  de productivité entre salariés et entreprises dans un esprit de solidarité.

Le volume des profits des principales entreprises mondiales donnent une idée de l’ampleur de la richesse résultant d’une meilleure productivité et d’une meilleure gestion. Les richesses existent donc pour permettre un plus grand bien-être avec pour seule limite la résistance de la planète à la croissance économique.

III – MODELE DE SOCIETE - FINANCEMENT DES RETRAITES ET CONCLUSION

1-Modèle de société

La mauvaise gestion de l’économie par la puissance publique a assombri les perspectives des citoyens. La classe politique manquant de références éthiques s’est contenté de s’attaquer aux effets et non pas aux causes des problèmes. Avant d’envisager une réforme des retraites et de leur financement il faut donc définir le type de société souhaitable pour maintenir le bien-être dans le cadre démocratique, éthique et solidaire selon les valeurs de la République. Quatre points importants non exhaustifs sont indiqués ci-dessous :

A-Limite du temps de présence sur le lieu de travail : Il est à noter que beaucoup de pays incluent la pause du déjeuner dans le temps de travail et par ailleurs il faut aussi prendre en compte le temps de déplacement vers le lieu de travail. Une société de qualité doit assurer à ses citoyens  un temps de veille quotidien disponible minimum hors du temps consacré au travail et qui devrait faire partie de la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE.

B-Age de départ à la retraite : Celui-ci ne devrait pas excéder 60 ans compte tenu de la forte hausse de la productivité dont le bénéfice est à répartir équitablement. L’idée de faire travailler les séniors au-delà de 60 ans alors qu’ils sont rejetés par le marché de l’emploi est hors du champ de la réalité et participe au raccourcissement inadmissible de l’espérance de vie. Afin de mettre de coté les idées qui portent atteinte à la vie, l’âge de la retraite à 60 ans au plus tard devrait aussi faire partie de la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE.

C-Inclusion dans le temps de travail des Etudes supérieures et de la formation continue : Pour libérer le plus possible l’être humain du travail, l’innovation et le développement de la technologie de l’information sont indispensables et nécessitent un fort investissement dans la formation et les études supérieures. Les études  sont à considérer comme du travail au bénéfice de l’intérêt général.

Le faible nombre de brevets déposés en France (hors CEA) et les derniers résultats médiocres du test PISA (2019) de l’OCDE soulignent le fait que la France n’a pas les dirigeants qu’elle mérite car elle ne fait pas partie du groupe des principaux pays innovants ce qui est plus grave que le temps perdu en raison d’une tentative maladroite et inopportune de réforme des retraites.

Plus de temps doit être consacré à l’innovation, à la robotisation et au travail à distance afin de produire mieux avec le moins de main d’œuvre possible pour pouvoir continuer à réduire le temps de travail au service du bien-être. La question clef est celle d’une plus juste répartition entre salariés et entreprises des bénéfices issus de ces améliorations technologiques.

D-Poursuites en justices des entreprises  qui bâtissent leur croissance sur l’obsolescence programmée pour création de bénéfices artificiels et en raison des atteintes portées au pouvoir d’achat et à la planète.

2-Financement des retraites

Il ressort qu’un modèle de société fondé sur l’innovation pourrait améliorer le bien-être humain en réduisant la dépendance au travail. Les gains de productivité en résultant pourraient constituer la base de financement des retraites sous réserve qu’une partie suffisante soit transférée de la sphère privée à la sphère publique. La solidarité doit en effet autant concerner les salariésque les entreprises. Les seules entreprises du CAC 40 ont dégagé 88.5 milliards d’Euros  en 2018 alors que le déficit moyen des retraites sur la période 2025-2030 serait de l’ordre 0.5% du PIB par an soit environ 13.8 milliards € (PIB 2018). Cela est une indication de la capacité de seulement 40 entreprises française à pouvoir couvrir le déficit des retraites avec une partie marginale de leurs bénéfices.

L’ensemble des Entreprises pourraient largement compenser les besoins des systèmes sociaux. Il appartient à la puissance publique d’adapter ses ressources de façon adéquate. C’est encore là un point qui pourrait être mentionné dans la Charte des  Droits Fondamentaux de l’UE. 

Une modification du système social et fiscal ne peut passer que par une harmonisation de l’ensemble de ceux des pays européens ou d’une partie significative d’entre eux (hypothèse dans ce cas d’une Europe à deux vitesses). La négociation avec les grandes entreprises aurait en effet plus de succès sur la base d’un grand marché.

Le Brexit devrait faciliter les choses dans la mesure où le Royaume Uni n’aura été qu’un mauvais élève de l’Europe en ce qui concerne la politique sociale et est le cœur du néolibéralisme en Europe.

La sauvegarde des systèmes sociaux européens pourrait aussi permettre de freiner le succès des partis nationalistes qui bâtissent leur succès sur la vaine nostalgie du passé alors que le contexte est à présent globalisé. Pour réussir la classe politique doit être convaincue de la priorité de la protection des systèmes sociaux et être compétente pour mener des négociations difficiles au niveau européen, ce qui semble être un point faible en France. Le fait d’avoir dû élire en France un Président uniquement pour écarter le pire des scénarios et non pas pour son programme est une sorte de régression de la démocratie.