L'offensive contre la Charte de Droits fondamentaux en Europe

 

L’offensive contre la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, en Europe

Didier BERTIN-9 Mars 2011

Le traité de Lisbonne a donné une force juridique à la Charte des Droits Fondamentaux et pourtant nous verrons au travers de certains événements que son application reste difficile et que les manquements aux règles démocratiques ne peuvent pas être considérés comme des traditions culturelles locales contre lesquelles l’Union Européenne ne pourrait rien faire.

 

I-Atteinte à la Mémoire de la Shoah et montée de l’extrême droite

Nous tenons à attirer votre attention sur une campagne regrettable menée au sein de l’Union Européenne à l’initiative de la Lituanie visant in fine à instaurer une équivalence entre la Shoah et les souffrances des pays de l’Est de l’Union Européenne vécues sous les régimes communistes et à commémorer ensemble la mémoire de la Shoah et celle des souffrances infligées par les régimes communistes.

Bien évidemment la Shoah a un caractère unique et ne saurait être comparée à des évènements de nature tout à fait différente. Cette campagne tente d’obtenir une formalisation de cette révision historique au moyen de symboles forts tels que la signature de déclarations de principe (en particulier celle du 23 Septembre 2008) par des députés du Parlement Européen dont certains ne semblent pas avoir réalisé la portée de ce qu’ils signent et qui en général appartiennent à la droite et à l’extrême droite.

Deux de ces pays ont déjà instauré des lois permettant d’incarcérer tous ceux qui ne partageraient pas cette nouvelle vision de l’Histoire.

Nous pouvons d’ores et déjà constater des faits montrant que cette nouvelle conception historique est réalisée dans la pratique aux dépens de la mémoire de la Shoah et nous ne voyons pas pourquoi la Shoah ne mériterait pas en Europe, une commémoration particulière indépendante de celles concernant les souffrances infligées par les régimes communistes.

Nous pensons aussi que l’Europe d’hier a une responsabilité dans la Shoah en raison de ses erreurs et de ses atermoiements qui ont favorisé la montée du Nazisme entre les deux conflits mondiaux et qu’une bonne qualité de l’information et de l’enseignement est une meilleure garantie de mémoire que des lois spécifiques.

 

II-Le caractère incomparable de la Shoah

Nous tenons à rappeler les faits:

  • près de 92% des exterminations de la Shoah ont eu lieu dans les des pays de l’Est qui en sont donc les principaux témoins qui ont prioritairement et à ce titre un devoir de respect de la mémoire de la Shoah
  • 63% de la population Juive Européenne a été exterminé, cela constitue la Shoah
  • -Seulement 12% de la population juive vit aujourd’hui en Europe contre 60% en 1939

Rien de cela n’est comparable avec les crimes des régimes communistes et le mot génocide que certains pays de l’Est s’attribuent pour désigner leurs souffrances sous les régimes communistes, ne souffre pas d’être galvaudé sans risque que nous échappent les véritables tentatives génocidaires comme celles ayant eu lieu en Ex-Yougoslavie ou au Rwanda. 

 

Le mauvais aspect des régimes communistes était de vouloir contrôler par la violence leurs populations et de les maintenir de force dans leurs frontières et non pas de procéder à une extermination systématique de leurs peuples.

 

III-Apparition de la censure et de peines de prison pour délit d’opinion

 Les pays de l’Union Européenne acteurs de cette campagne sont la Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et la République Tchèque. Nous vous rappelons que la Hongrie libérée du communisme a cru bon de revenir aujourd’hui à un régime de censure en opposition avec les règles de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne.

Une loi criminalisant le déni des crimes communistes est déjà en place en Pologne, Lituanie, Hongrie et en République Tchèque dont l’interprétation pourrait laisser la porte ouverte à des débordements. Une loi criminalisant ceux qui n’accepteraient in fine un parallèle entre la Shoah et les crimes des régimes communistes est déjà en vigueur en Lituanie et en Hongrie.

La législation pénale mise en place dans ces pays constitue en effet un risque légal et réel de 2 années d emprisonnement en Lituanie et de 3 années en Hongrie, pour les personnes qui ne partageraient pas l’avis de ces Etats sur l’ampleur des crimes des régimes communistes et sur leur équivalence in fine avec la Shoah. Ces lois touchent à la fois les citoyens de ces

 

pays mais aussi tous les autres citoyens en déplacement dans ces pays et qui ne seraient pas informés ou pas habitués à la censure.

Ces lois remettent donc en question les libertés d’expression et de circulation garanties par la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne  à laquelle le traité de Lisbonne de 2009 donne une force juridique.

 

IV- La mémoire des 13 600 000 soldats de l’URSS morts pour la libération de l’Europe

Par ailleurs il faut aussi respecter la mémoire des 21 millions de citoyens soviétiques tués au cours de la seconde guerre mondiale dont 13 600 000 soldats de l’Armée Rouge sans le sacrifice desquels la libération de l’Europe de l’invasion allemande et du Nazisme n’aurait peut-être pas pu être possible ; les membres du Parlement Européen ne doivent pas l’oublier.

 

V-Les symboles forts du Nazisme et de l’extrémisme en Lituanie

La Lituanie a connu le plus fort pourcentage d’extermination de la population juive (environ 96%) et de grands massacres antisémites en 1941, qui marque le départ de la Shoah, lorsque l’armée rouge avait dû se retirer et avant que l’armée allemande n’arrive ;

  • pourtant ce pays a réhabilité la Croix gammée en tant que symbole national en 2010 (jugement du Tribunal de Klaipėda) et

 

  • le jour de l’Indépendance Nationale un défilé Nazi est autorisé sur la principale artère du centre de Vilnius qui est pourtant la capitale d’un pays de l’Union Européenne et de l’OTAN.

 

  • Le musée « dit » « des Génocides » de Vilnius exclut la Shoah,

 

  • tandis que le musée juif qui témoigne de la Shoah, est une baraque en bois très difficile à trouver.

 

  • En 2005 des immeubles ont été construits sur un cimetière juif.

 

  • Le musée du neuvième Fort de Kaunas porte principalement sur les victimes du régime soviétique alors qu’il est un passage obligé vers

 

  • le neuvième Fort de Kaunas qui avait été un camp de concentration (où notamment de juifs français avaient été déportés) et que

 

  • Kaunas avait connu à la fin du mois d’octobre 1941 les massacres antisémites les plus importants en nombre de morts par jour de l’Histoire des pays baltiques.

 

  • De plus, en Juillet 2010 des provocations antisémites ont eu lieu dans cette même ville de Kaunas.

 

  • Au cours de l'ère postcommuniste: Non exécution des sentences contre les anciens collaborateurs nazis - L'incapacité de la Justice lituanienne à punir les criminels de guerre nazis locaux a encouragé  les ultranationalistes à refuser d'admettre la participation  lituanienne dans la Shoah. Voir détails ci-dessous


 

Au moins quinze criminels de guerre nazis qui s’étaient enfui aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale et ont été  déchus de la nationalité américaine lorsque leur passé fut révélé  et ont dû retourner en Lituanie. Seuls trois d’entre eux ont été traduits en justice  en Lituanie pour leu participation au crimes de la Shoah. Les deux cas les plus importants,sont  ceux du district de Vilnius.Le commandant  de la Police Secrète Lituanienne  -la Saugumas - Aleksandras Lileikis et son adjoint ont été Kazys Gimzauskas-, après avoir été déclaré médicalement inaptes à subir leur procès, ne s’y sont pas présentés et n’ont pas  pu de ce fait encourir de condamnation. Le troisième cas est aussi   relatif  à un agent de la Saugumas du même  district, ,Algimantas Dailide.  Il a été reconnu coupable et condamné à une peine de prison ferme  que les juges n’ont pas voulu appliquer en raison de l’état de santé de sa femme dont il  était supposé devoir s’occuper .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI-Autres faits symboliques

En Pologne, à Varsovie,  peu de gens connaissent le monument du Ghetto,  alors qu’il existe un monument « dédié aux victimes des déportations » qui consiste en un wagon de marchandise  hérissé « de croix chrétiennes ».

 

VII- L’atteinte aux droits élémentaires des salariés

 

Nous devons aussi noter que de nombreux pays de l’Est de l’Union Européenne paraissent appliquer que d’une façon très imparfaite les clauses de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne dans les domaines de la protection sociale, médicale et de l’emploi et la Pologne qui est le plus important de ces pays a même été dûment autorisée en 2009 à ne pas appliquer la Charte de l’Union Européenne. Cela nous semble injuste et immoral pour les citoyens de ces pays dont les gouvernements n’ont pas pu être élus pour réduire leurs droits. Ces anomalies affectent la dignité des travailleurs de l’est et met en danger l’emploi de ceux de l’ouest en raison des délocalisations que ces lacunes encouragent et qui sont des vecteurs de propagation du paupérisme et non pas du bien –être, loin de ce que l’esprit de la Charte Européenne prône.

 

VIII –Impuissance de l’Europe à faire respecter ses propres règles

 

Notre échange de courriers avec la Commission Européenne montre que l’Union Européenne ne peut pas ou ne désire pas s’immiscer dans ce qui est appelé la politique interne des Etats-membres dans ce domaine et à notre avis manque à son devoir de faire respecter les articles et l’esprit de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union Européenne puisque le traité de Lisbonne de 2009 lui donne une force juridique.