Nécessité de changer le système et la classe politique

L’impérative nécessité de rénovation  du système et de la classe politiques en Israël dans l’intérêt des

citoyens

Didier BERTIN – 26 Mars 2018

1-L’impitoyable réalité des faits économiques  

A-PIB –  Croissance économique - Inégalités - pauvreté

Chaque année et à mesure que le PIB (Produit Intérieur Brut) s’accroit de façon très satisfaisante, l’inégalité entre les citoyens se creuse. La conséquence de cela  est que  la grande majorité des citoyens lourdement taxés et en première ligne sur les fronts militaires en raison de la longue conscription et de la beaucoup plus longue période de réserve, ne tire pas de bénéfice d’une croissance qui ne profite qu’à quelques uns.

Parmi plusieurs chiffres qui illustrent cette situation on peut souligner l’écart très important entre le PIB par habitant en valeur nominale et celui en parité de pouvoir d’achat (PPA). En effet en valeur nominale le PIB per capita atteint le  niveau très respectable de 39 974 USD selon le FMI et se place  au 22e rang mondial, avant celui de la France de 39 673 USD au 23e rang mondial alors que la réalité des faits reflété par sa conversion en parité de pouvoir d’achat est autre avec un chiffre de 36 200 USD au 53e rang mondial voisin de ceux de la Slovaquie ou de la Slovénie tandis  que celui de la France est revalorisé  à 43 600 USD au 39e rang mondial devant celui du Royaume Uni ou du Japon selon le classement du CIA factbook.  Ceci signifie que les prix sont maintenus à un niveau élevés en Israël dans de nombreux domaines et restreignent significativement le pouvoir d’achat mais cela n’est pas le seul problème.

Globalement le PIB israélien atteint en 2017 environ 348 milliards USD (+9,8%) en valeur nominale réduit à 315 milliards USD (+2,9%) en parité de pouvoir d’achat. Le manque de concurrence, les privilèges de quelques grands groupes, la spéculation  invraisemblable dans l’immobilier, influencé par des projets luxueux destinés à une classe privilégiée très minoritaire et à des investisseurs étrangers alors que le pays souffre d’un parc très insuffisant de logement sociaux destinés aux classes modestes et défavorisées qui son majoritaires notamment parmi les plus jeunes citoyens explique cette situation. Toutefois la racine de cette situation est l’indifférence et l’incompétence d’une partie importante de la classe politique dirigeante eux-mêmes engendrés par le système politique.

L’absence de politique responsable à l’égard des citoyens aggrave les inégalités  croissantes résultant des prix élevés, de la part des dépenses immobilière qui absorbent un partie significative du budget des ménages et font que la majorité de la population est privée du bénéfice de la croissance économique qu’elle crée. Afin que ces problèmes ne se voient pas il a été créé un seuil de pauvreté particulièrement et sans fondement économique alors qu’Eurostat recommande un seuil de 60% du salaire médian qui correspond aux impératifs de pays développés et dont nous sommes très loin en Israël.

 Le calcul des indices d’inégalité ne sont pas mis à jour mais nous savons qu’entre 2008 et 2013 l’indice GINI est passé de 39 à 42,8% et nous n’avons pas de raison de penser que cette tendance n’ait pas continué (rappelons qu’un  indice de 100% signifier que le revenu national est accaparé par une seule personne). Cet indice est de 21,5% en Finlande : meilleur résultat et de 29,2% en France.

Avec au moins 42,8%, Israël se place dans un groupe de pays africains les moins développés (Cameroun, Mozambique, Sud-Soudan). En 2010 10% de la population vivait avec 1,7% du revenu des ménages et 10% avec 31,3% en comparaison en France l’écart était de 3,6% à 25,4% alors qu’il y a même dans ce pays des progrès à faire.  Selon CIA factbook 22% de la population israélienne vivait en 2014 sous un seuil de pauvreté ridiculement bas et sans doute destiné à masquer la situation de 7,30 USD par jour et par personne soit 2 664 USD par an ou 222 USD par mois en 2014. Par comparaison le seuil de pauvreté en France à 60% du salaire médian atteignait en 2017,  1 333 USD sur la base duquel la population sous le seuil de pauvreté était de 14.1%.

Si l’on prend les critères d’Eurostat plus conformes au pays développés  on obtient pour Israël en 2014 avec un salaire médian de  6 707 NIS soit 1 719 USD un seuil de pauvreté (à 60%)  de 1031 USD soit 4,6 fois le niveau du seuil retenu. Durant cette même année le salaire moyen s’était élevé à    9 317 NIS (2 388 USD) soit 1,39 fois plus que le salaire médian en raison des fortes inégalités de revenus dans la population. Selon  « Tribune Juive » du 22 mars 2018,  50% des salariés gagnaient moins de 72% du salaire moyen en 2014, c'est-à-dire moins de 1 719 USD.

L’approche du niveau de pauvreté en Israël est rendu difficile par l’absence d’information économique à jour et par le ridicule seuil de pauvreté de 222 USD au dessous duquel vivaient 22% de la population en 2014 et nous constatons que même Tribune Juive et CIA factbook doivent considérer des chiffres de 2014 en ce qui concerne la mesure de l’inégalité et du pouvoir d’achat.

Si l’on suit l’indication  que 50% de la population active moins de 1719 USD en 2014, et sachant que cette population active s’élevaient à cette même date à 3 500 000 personnes soit  42.7% de la population totale selon le FMI, ce chiffre rapporté à la population globale pourrait être de l’ordre de 734 USD par mois maximum par habitant soit un chiffre inférieur au seul de pauvreté calculé selon Eurostat. Nous savons déjà que 22% de la population à un revenu inférieur à 222 USD par mois (selon CIA factbook). Nous pourrions penser que le la population vivant sous le seuil de pauvreté de 1031 USD par mois selon les critères d’Eurostat serait supérieur à 50% en 2014.

Si l’on considère le PIB en PPA (parité de pouvoir d’achat) on obtient une consommation des ménages de 173 milliards USD (55% du PIB) soit 20 843 USDpar an ou 1 736 USD par mois et en France ce chiffre est de 1 932 USD par mois.

La différence entre la France et Israël concernant la consommation des ménages par habitant et par mois n’est pas si grande et souligne le fait qu’Israël est un pays particulièrement inégalitaire au point que cela  pourrait mettre en cause son statut de « démocratie moderne » si les choses n’étaient pas changées.  De plus un appauvrissement non visible dans la comptabilité nationale a lieu lorsqu’un ménage doit consacrer une part trop lourde de son revenu aux dépenses de logement et doit vivre dans la pauvreté si la part résiduelle l’implique ce que l’on peut soupçonner en Israël.

L’exploitation de la grande majorité de la population par une minorité de privilégiés sous les yeux d’une classe politique passive voire complice est indigne de la notion de foyer national Juif et implique des changements à la fois drastiques et urgents.

B- Cas particulier de l’immobilier 

Les copropriétaires de nombreux logements anciens n’ont même pas les ressources pour entretenir leurs bâtiments qui se délabrent régulièrement au point que certains quartiers ressemblent à ceux de pays sous-développés. La hausse des prix de l’immobilier n’est pas une source d’enrichissement quand elle est généralisée à l’ensemble de l’habitat. En effet si quelqu'un veut déménager il doit vendre son appartement au prix élevé du marché pour en acheter un autre dans les mêmes conditions de prix et ainsi le règne des prix élevés ne l'enrichira pas.

Le prix des appartements que le gouvernement devrait imposer pour faire décroître des prix artificiellement hauts  procède d’un modèle mathématique de bon sens.

Si l’on fait « l’hypothèse » d’un salaire médian en 2017 d’environ 7 000 ILS, les mensualités de remboursement d’un crédit hypothécaire ou le montant d’un loyer avec les charges ne devraient pas excéder selon les seuils maximaux appliqués dans les pays développés, le tiers du revenu soit 2 333 ILS ; ainsi le prix d’un appartement familial remboursé sur 30 ans au taux de 5% (assurance comprise)  ne devrait pas excéder 430 000 ILS et celui-ci devrait se situer à proximité  de zones d’emplois indispensables pour la population active.

Un ménage cumulant 2 salaires médians pourrait faire face à un prix maximum  de  860 000 ILS sous réserve de renoncer à élever des enfants.  Mais il faut d’abord penser aux 50% de la population active qui « par définition mathématique» touche moins que le salaire médian et qui ont un droit au logement dans un Etat démocratique moderne.

La solution est simple et est du domaine des obligations d’un Etat démocratique et moderne pour faciliter l’accès au logement des populations modestes et passe par la création de sociétés de construction et de financement immobilier chargées d'appliquer la politique de l'État puisqu’Israël. Bien qu’Israël ait une population dont la taille qui pourrait permettre la modération par le jeu de la concurrence, il est clair que cela ne fonctionne pas et commande l’intervention de l’Etat. Les stocks de logements sociaux construits  sont insuffisants et doivent être augmentés. L’Etat possède l’ensemble des terrains et ne les cèdent pas même en cas de construction par l’usage de baux emphytéotiques, par ailleurs les constructions sont principalement assurés par la main d’œuvre sous payée de Judée-Samarie. L’immobilier a donné lieu à un enrichissement scandaleux de certains promoteurs immobiliers tant au détriment des israéliens en raison des prix pratiqués qu’à celui des populations de Judée-Samarie en raison des salaires pratiqués. Dans le cas de programmes de construction dans des conditions exagérées l’Etat peut faire jouer son droit de préemption voire d’expropriation.

Cette double situation anormale pourrait être rectifiée et des programmes de logements sociaux pourraient être construits près des zones d’emplois à des prix prédéterminés par l’Etat selon les ressources de chacun sur la base d’un crédit de 30 ans et des remboursements n’excédant pas le tiers des ressources du ménage.

Des programmes de logements sociaux et familiaux, près des zones d'emplois dont les prix se situeraient entre 200 000 ILS et 600 000 ILS pourraient être envisagés. Les terrains restent la propriété de l'État et la majorité des la main d'œuvre venant de Judée-Samarie recevaient des salaires inférieurs aux salaires israéliens. Cette situation a sans doute été et continue à être à l'origine d'un scandaleux enrichissement de quelques promoteurs immobiliers au détriment d'une population qu'ils appauvrissent par la nécessité de consacrer à la l'habitat une part déraisonnable du budget familial. Par ailleurs il serait tant de mettre fin aux exigences de cautions personnelles par les Banques et les loueurs qui mettent et les acheteurs et les locataires dans des situations très inconfortables à l’égard des tiers et risque de propager la précarité. Cette activité est le domaine d’activité des compagnies d’assurances qui doivent aussi agir raisonnablement.

C- Budget militaire 

Le poids du budget militaire de 5.6% du PIB soit environ 19.5 milliards USD et substantiellement allégé « en valeur » tant par l'aide américaine de 2016 de 38 milliards USD sur 10 ans et par le montant record des transferts nets sans contreparties de 9.5 milliard en 2016 selon le FMI. Sauf exceptions le montant net de ce poste est négatif dans les pays développés. Si l'on tient compte de cet apport dont les applications sont certainement multiples on pourrait dire par hypothèse que l'effort militaire net est de 2.8% du PIB ce qui est raisonnable       (2.16% en France, 3,29% aux Etats Unis).

La structure du PIB entre les dépenses des ménages, de l’Etat et des investissements est sensiblement la même que celles de la France ou de l’Allemagne et n'affecte pas de façon sensible le rôle de l'État à l'égard des citoyens comme c'est le cas de Pays comme le Royaume Uni ou les USA. Ces deux derniers pays ont des dépenses publiques relativement faibles en pourcentage du PIB en raison du rôle effacé que veulent tenir ces États dans les affaires économiques intérieures au titre d’une stricte application doctrinaire du capitalisme loin de la notion de solidarité ou de fraternité recommandée dans les pays de l'UE.

D- La récente augmentation du salaire minimum

La récente augmentation du salaire minimum à 5 300 ILS au 1er Janvier équivaut à 1200 euros sur la base de 186 heures de travail par mois soit près de 44 heures par mois soit 1 090 Euros pour 40 heures ou 954 Euros heures pour 35 heures ce qui est inférieur au seuil de pauvreté en France de 1333 USD et reste inférieur aux salaires médian et moyen et ne résout pas l’inégalité pathologique qui règne en Israël. L’inégalité est partout, les femmes sont souvent moins bien payées que les hommes et les non-juifs souvent moins bien payés que les Juifs sous prétexte d’une formation insuffisante qui est pourtant le domaine de responsabilité de l’État.

E-Corruption

Le pays le moins corrompu est la Nouvelle Zélande et avec un indice de 89 selon « Transparency International » et le plus corrompu la Somalie avec 9 (180ème rang). La moyenne des pays occidentaux est de 66. L’Allemagne se classe au 12e rang avec 81 et la France au 23e rang avec 70. Israël se classe aux 32ème  rang avec 62, ce qui n’est pas trop éloigné de la moyenne des pays occidentaux et est plutôt satisfaisant. La corruption en Israël semblerait toucher plutôt la classe politique que le monde économique.

F- Le développement de la Judée-Samarie

Le développement économique en Judée-Samarie au bénéfice de la population locale est aussi un élément nécessaire pour la paix dans la mesure où le projet d’un Etat Palestinien s’éloigne dans les faits.  Le PIB de seulement 4 300 dollars par habitant en Judée-Samarie ne favorise pas la sécurité d’Israël.

L’hostilité de nombreux Etats membres de l’UE et du mouvement anti-israélien BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) à des projets de développement économiques en Judée-Samarie se retourne contre les populations arabes qui peuvent ainsi trouver localement des sources d’emplois et d’enrichissement mais les salaires locaux devraient être augmentés pour consolider la paix et la stabilité.

L’opposition à des projets de développement israéliens en Judée-Samarie  est objectivement hostile aux populations locales ; tout se passe comme ces organisations ou pays voulaient maintenir le stéréotype d’une population arabe pauvre, victime et devant vivre de l’assistanat international de façon à ce que la tension continue à régner.        

2- Le Système législatif

Le système législatif est fondé sur l'élection d'une pléthore de "partis politiques" ; les citoyens élisent des partis politiques et non pas leurs députés  qui n'ont que faire des électeurs puisqu'ils sont élus sur liste. L'élection est a la proportionnelle sur listes et il suffit d'avoir 1.5% des voix pour qu'un parti ait un député. Les partis peuvent ainsi nommer comme députés toutes sortes de personnes selon une cuisine interne qui inclut des luttes de pouvoir et des intérêts à l'insu des citoyens. Ainsi le dernier père fondateur Shimon Peres avait dû quitter son propre parti au sein duquel il était victime de calculs défavorables et avait dû rejoindre Kadima.

Le Premier ministre est la personne capable de faire le grand écart pour rassembler des partis politiques de natures foncièrement différentes.

Les mesures qui sont à prendre pour sauvegarder la démocratie en Israël seraient (i) de créer des circonscriptions géographiques qui obligeraient les candidats à faire valoir individuellement leurs compétences devant les citoyens pour être élus et qui devront leur rendre des comptes régulièrement et (ii) de relever le seuil d'éligibilité à 5% des voix. Des critères de découpages devraient permettre aux grands partis d'obtenir une majorité sans avoir à marchander quoique ce soit avec des petits partis de sorte que le système n'affaiblisse les courants d'idées les plus importants, et ne permettent pas aux petits partis d'avoir une représentation surdimensionnée dans l’exécutif en se livrant au chantage.

L’idée maîtresse doit être celle de l’intérêt collectif et démocratique dans le cadre de laquelle les partis religieux n’ont aucun rôle à jouer.  Le domaine  religieux porte sur des questions de convictions personnelles et intimes dont les lieux d’expression sont les lieux de cultes et non pas les corps législatif ni exécutif.

3- La Classe politique et Conclusion

Après la disparition des pères fondateurs, la classe politique intègre progressivement des personnages douteux, aventuriers, ou soupçonnées de possible méfaits dont certains ont été incarcérés ou le sont encore ou  ont échappé à la justice  de pays où ils vivaient ou sur lesquels des enquêtes de police sont en cours et qui semblent bien plus motivés par leur intérêt personnel que par l’intérêt commun.

Il existe pourtant une élite israélienne jeune qui remplacerait avantageusement l’ensemble de la classe politique actuelle au profit de l’intérêt commun.

Pour se faire élire nombreux sont ceux qui pratiquent une politique démagogique et populiste en utilisant dans leur intérêt la question sécuritaire qui est bien sûr une question clef en Israël. Cet argument fait mouche au point que la population perd de vue son désir légitime de mieux vivre pour échapper à la menace extérieure alors que les deux sont réalisables "en même temps".

Les partis populistes qui dominent la vie politique utilisent donc la l'insécurité pour s'exonérer de leur travail qui consisterait à faire vivre l’ensemble de la population au dessus du seuil de pauvreté des pays développés et non pas au dessus d’un seuil fantaisiste  scandaleusement pour éviter d’affronter en dehors des questions sécuritaires qui sont vitales,  les autres vrais problèmes et notamment celui d’insoutenables inégalités amplifiées par la situation du logement et dont la solution ne procède pourtant que d'une volonté politique puisque le PIB créé par l'ensemble de la population a déjà atteint un niveau suffisamment élevé qui ne profite qu’à quelques uns.

Le remplacement de la classe politique par des gens formés à la haute administration publique  et d’une grande rigueur morale, de sorte qu’ils agissent pour l’intérêt commun et non pour le leur sur la base d’élections régionales devrait permettre une amélioration.

Dans le contexte global de la montée de l'antisémitisme islamique et en particulier en France, il est urgent qu'Israël devienne un parfait foyer national juif.