Lacunes des nouveaux philosophes et outrances polémiques

Les  lacunes des nouveaux philosophes et les outrances polémiques

Publié le 19 Novembre 2019 dans le "Times of Israel"

Didier BERTIN - 17 Novembre 2019

Un débat a eu lieu le 21 octobre 2019 sur CNews entre Bernard-Henri Lévy (BHL) et le polémiste Eric Zemmour. Ce débat aura permis  de constater des lacunes chez eux que l’on peut constater  aussi chez d’autres prétendus sachants français qui influencent l’opinion publique, notamment sur le récit de la seconde guerre mondiale, le rôle de Vichy à l’échelle globale, le sort des Juifs en Europe et en Algérie, le comportement des alliés anglo-saxons,  ainsi que sur  l’Islam en France et dans le monde.

I-Classe politique et nouveaux philosophes

La Classe politique française traditionnelle s’étant disqualifiée nous avions pensé que les nouveaux philosophes pouvaient à titre compensatoire exprimer  des idées innovantes fondées sur une pensée rigoureuse  mais il apparaît trop souvent qu’ils  sont prisonniers d’idées partisanes qui n’apportent pas vraiment de nouvelles perspectives. Un trop grand nombre d’entre eux justifient la légitimité de leurs opinions en arguant du fait qu’elles sont en accord avec celles de brillants penseurs du passé. Les références à d’autre enrichissent l’esprit un temps mais il faut ensuite s’en libérer lorsque l’on veut se réconcilier avec le processus de création indispensable pour relever les défis des nouvelles problématiques. Par ailleurs L’engouement des média pour des polémistes provocateurs qui font monter l’audimat et par suite les recettes publicitaires,  appauvrit les débats.

II-Dérives polémiques

Lors du débat du 21 Octobre dernier, Eric Zemmour a fait preuve comme d’habitude de cynisme  à l’égard de la pensée humaniste ; pour lui les dictateurs comme Kadhafi ou Saddam Hussein ont eu un rôle positif en limitant l’immigration même si pour cela il leur a fallu stabiliser par la violence des populations hétérogènes réunis dans des nations créées sous l’ère coloniale. Il reconnait même des qualités à Pétain qui a pourtant été un des meilleurs alliés de l’Allemagne nazie. Dans ce débat Eric Zemmour fustige BHL pour sa passion des peuples et des grandes causes et remet en cause la nécessaire prédominance des Droits de l’Homme qui  feraient de l’ombre aux nations.

III-Les Juifs d’Algérie

A-Juifs et Musulmans

Les deux interlocuteurs ont une forte volonté d’intégration dans la nation française qui les a guidés vers des voies différentes : L’intelligentsia française et ses dérives pour l’un et le culte à outrance de la Nation française et ses dérives pour l’autre. Contrairement à ce qui se dit souvent, les Juifs d’Algérie dont ils sont issus n’ont pas été les seuls à pouvoir devenir pleinement français car le Sénatus-consulte  du 14 Juillet 1865 de Napoléon III permettait aux indigènes arabes de devenir français sous réserve qu’ils renoncent à leurs traditions comme la polygamie et la répudiation et qu’ils se soumettent à la loi française. Ils n’ont en général pas désiré devenir français en 1865   alors qu’au cours de la même année de nombreux Juifs signèrent une pétition par laquelle ils demandaient une naturalisation collective. Cette requête répétée ne s’arrêta qu’avec la promulgation du décret Crémieux en 1870. La possibilité d’acquérir la nationalité française pour les musulmans sur requête individuelle est aussi confirmée à la même date sous réserve d’accepter « d’être régi par les lois civiles et politiques de la France ».

B- Second conflit mondial

BHL a montré qu’il croyait en une version de la seconde guerre mondiale propagée par les américains en raison de leur aversion pour le  communisme et pour l’URSS.  L’Europe a adopté  à cette version au travers des livres scolaires, des musées et en diffusant largement les films Hollywoodiens sur ce thème. BHL comme beaucoup de français, pense que les américains ont gagné la guerre contre l’Allemagne simplement en débarquant tardivement en Normandie le 6 Juin 1944 alors que l’Allemagne n’avait déjà plus d’autre perspective que la défaite. BHL pense même que ce débarquement a sauvé sa famille en Algérie en omettant complètement l’opération Torch du 8 Novembre 1942 (débarquement américain en Afrique du Nord)  qui a certainement évité la déportation des juifs (devenus des étrangers par l’abolition du décret Crémieux le 7 Octobre 1940). Toutefois l’arrivée des américains  n’a pas immédiatement amélioré la condition des Juifs car ils avaient maintenu à la tête de l’Algérie le pire des Pétainistes pro-allemands: « l’Amiral Darlan ». Après qu’il fut assassiné, les américains nommèrent le Général Giraud à sa place qui confirma une seconde fois l’abrogation du décret Crémieux le 14 Mars  1943 en en faisant écrire le texte par Marcel Peyrouton auteur de la première version en tant que précédent  Ministre de l’intérieur de Pétain.  Le Général De Gaulle entra dans le CFLN à Alger, mit de coté Giraud et enfin le décret Crémieux fut remis en vigueur le 3 Juin 1943. Cette décision « temporaire » ne sera plus remise en cause et  il est important de noter que la plupart des principaux cadres de « la France libre en Algérie » étaient juifs.  

IV-Islam et Islam de France

BHL a une vue angélique des américains (qu’il dénonce pourtant pour avoir abandonné les Kurdes) comme de l’Islam en pensant qu’il existe ou a existé un Islam radical, un Islam modéré et un Islam des Lumières. Il existe plusieurs courants dans l’Islam dont la pierre angulaire commune reste le Coran. La pratique religieuse dépend de l’initiative de chaque croyant dans le suivi des commandements du Coran qui n’est pas qu’un simple récit mais la parole divine révélée au prophète. Ce texte  établit des règles d’inspiration divine qui ne peuvent pas en principe être contestées par les croyants. L’Islam des lumières s’est terminé au XIIIe siècle et a été rendu possible par des musulmans ouverts aux autres cultures de la méditerranée à l’Inde.

L’intégration en France demande un effort sur la voie de la laïcité alors que le Coran demande un effort sur le chemin de la vérité de Dieu et cela est le véritable sens du mot Djihad. De nombreux musulmans français dont la réussite culturelle et économique est incontestable ont fait l’effort d’aller vers la République et de prendre des distances avec le Coran. Le Coran en tant que vérité universelle et divine révélée a engendré un prosélytisme de combat. Les devoirs envers Dieu surpassent les Droits de l’Homme qui restent difficiles à faire adopter dans les pays musulmans.  La Judéophobie comme l’antichristianisme sont inscrits dans le Coran révélé au VIIe siècle c'est-à-dire bien avant l’actuel conflit avec Israël. L’Eglise a aussi fait preuve d’un violent prosélytisme mais cela en s’éloignant par les décisions prises au cours de ses multiples conciles, de l’enseignement de Jésus.

En France beaucoup de musulmans appartenant aux nouvelles générations se sont tournés vers les racines de l’Islam alors que les anciennes générations avaient souvent suivi le chemin inverse. On pourrait faire l’hypothèse que la crise économique en Europe n’a pas permis d’intégrer correctement ces nouvelles générations de musulmans qui ont pu se sentir rejetées géographiquement, économiquement et culturellement et ont pu voir dans le renouement avec leurs racines une façon d’exprimer leur amertume.

Dans les autres pays musulmans, le printemps arabe a montré que loin des modèles de société occidentaux, la jeunesse révoltée pouvait ne pas aspirer à la liberté, à la modernité et  à l’émancipation des femmes mais au contraire à retourner vers le passé par la voie des urnes.  Cela montre aussi que la démocratie est un mot vide de sens si elle n’est pas précédée d’une éducation universelle et de la conviction de la légitimité des Droits de l’Homme.

En France l’enfermement dans des banlieues pauvres où l’Etat a renoncé à exercer son autorité a amené le développement non seulement du communautarisme mais aussi de la délinquance. Les imams « radicaux » ont pu ainsi prêcher librement tant les quartiers abandonnés par l’Etat que dans les prisons. Le communautarisme s’oppose à l’idée d’intégration qui fait partie des idées de base de la République française et s’il s’impose il ne permettra plus à la France de maintenir sa vocation de terre d’accueil. L’Etat a longtemps fait preuve de laxisme en raison semble-t-il à la fois d’un sentiment de culpabilité à l’égard de son passé colonial, de considérations électorales ainsi que d’une relative tolérance à l’égard de l’antisémitisme. Le récent réveil de l’Etat aura été surtout motivé par le risque de voir l’extrême droite portée au pouvoir.

L’obligation du  port de l’étoile jaune pendant la guerre était pour les nazis un moyen indispensable pour que les juifs soient clairement différenciés des autres alors que  le communautarisme revendique le droit à une ostensible différenciation. En conséquence  l’instrumentalisation de l’étoile jaune pendant la manifestation du 10 Novembre 2019 contre l’islamophobie relève d’un contresens et les slogans religieux qui y ont été prononcés ne conviennent pas à la laïcité requise par la République.

V-Le Coran et la Bible

Il est devenu courant de comparer le Coran à la Bible pour excuser « maladroitement » la présence de passages violents dans le Coran en soulignant le fait qu’il en existe aussi dans la Bible alors que leurs conséquences  ne se comparent pas. Les passages violents de la Bible sont le plus souvent descriptifs alors que ceux du Coran sont plutôt prescriptifs. Ces deux ouvrages sont dissemblables par leur nature que reflètent notamment leurs volumes. Le Coran est un ouvrage concentré sur le chemin que doivent suivre les croyants et notamment les cinq piliers de l’Islam et revient en plusieurs endroits sur la haine des Juifs et des Chrétiens, les obligations des femmes, la Justice et le Djihad, le Paradis et l’Enfer. Traduits dans la même langue (français) pout être comparés en volume  le Coran comprend approximativement 161 000 mots,  la  bible hébraïque 591 000 mots et les évangiles 185 000 mots. La taille de la Bible est due au fait qu’elle inclut de nombreux récits qui sont légendaires, métaphoriques ou historiques issus de temps antiques et cela sans requérir que les évènements violents qui y sont parfois rapportés soient immuablement répétés.  Le Coran en tant que parole divine révélée au prophète édicte des prescriptions immuables. Ainsi Tariq Ramadan n’avait demandé qu’un « moratoire » en ce qui concerne « la lapidation des femmes » et non pas son annulation. Bien entendu la lapidation qui est aussi mentionnée dans la Bible est totalement inimaginable dans le monde Judéo-chrétien d’aujourd’hui. Par ailleurs les communautés chrétiennes et juives qui ont vécu en terre d’Islam peuvent témoigner que la Judéophobie et l’antichristianisme inspirés par le Coran y sont toujours en vigueur au point que ces communautés ont dû et doivent s’exiler en Occident et n’existeront bientôt plus du tout en terre d’Islam. La Bible a tenté d’instaurer des règles d’humanité dans un monde encore peu civilisé et sa lecture évolue avec les progrès de la civilisation. Le Judaïsme est opposé au prosélytisme et tend à décourager les conversions. La conversion ne mène d’ailleurs qu’au Judaïsme religieux qui n’est qu’une partie du Judaïsme et à ses décourageants 613 commandements. Saint Paul qui voulait propager le Christianisme  avait compris que le maintien du Judaïsme comme porte d’entrée au Christianisme gênait le prosélytisme et avait supprimé cette condition préalable.

VI -Le second conflit mondial

L’URSS après la révolution d’Octobre avait été isolée par les puissances occidentales comme l’avaient fait les Monarchies  pour la France après sa Révolution. Il s’agissait dans les deux cas de mettre en place un cordon sanitaire pour éviter les risques de contagion. Menacés de toutes parts ces deux pays avaient dû accentuer leurs efforts de guerre aux dépens de leurs populations.  

Le 29 septembre 1938 la France et le Royaume Unis signèrent les accords de Munich par lesquels ils abandonnaient une partie de la Tchécoslovaquie     à l’Allemagne nazie en donnant une indication claire de leur manque  de détermination face au pangermanisme clairement revendiqué dans « Mein Kampf ». Malgré ses problèmes économiques l’URSS avait proposé  d’intervenir dans les Sudètes en 1938 pour mettre fin aux appétits nazis et peut-être ainsi changer le cours de l’Histoire. L’opposition de la Pologne et de la Roumanie au passage de l’Armée Rouge pour atteindre la Tchécoslovaquie aboutit à l’abandon par les Français et les Britanniques des Sudètes puis de toute la Tchécoslovaquie aux Nazis et ouvrait la voie de l’invasion de la Pologne dés le 1er Septembre 1939. L’invasion de la Pologne ou résidait la plus grande communauté juive d’Europe allait aussi permettre aux nazis de commencer le processus menant à l’extermination qui représentait un autre volet de la pensée nazie clairement exprimée dans « Mein Kampf ».

L’immense territoire russe constituait aux yeux d’Hitler un lieu de prédilection pour le développement démographique de l’Allemagne comme cela avait été aussi clairement exprimé dans « Mein Kampf ».  Dés 1940, Hitler demanda qu’un plan d’invasion de l’URSS soit établi et cette invasion commença le « 22 juin 1941 et en même temps la Shoah par balles » exécutée par les Einsatzgruppen préalablement organisés, agissant à mesure de l’avance des troupes allemandes et trop souvent aidés par les populations locales des pays de l’Est. Le Front de l’Est devint rapidement le cimetière des armées allemandes grâce  à l’immense sacrifice des peuples de l’URSS et de l’Armée Rouge. Les peuples de l’URSS ont sacrifié environ 27 millions d’hommes et de femmes militaires et civils pour repousser puis anéantir  l’armée allemande contre moins d’un million de pertes pour les alliés anglo-saxons arrivés en Europe continentale lorsque la guerre était de fait perdue pour les allemands. Le vainqueur de la guerre est donc l’URSS menée militairement par le Maréchal Joukov et non pas les Etats Unis. Les allemands qui avaient préféré capituler devant les alliés occidentaux le 7 Mai 1945,  furent obligés de capituler une nouvelle fois et officiellement à Berlin en présence du  Maréchal Joukov le 8 mai 1945.

On pourrait penser que les américains avaient débarqué en Europe continentale pour protéger leur zone d’influence déterminée préalablement avec l’URSS alors que la charge de la victoire et le prix du sang avait été laissés aux seuls peuples de l’Union Soviétique. En 2012 Israël a construit un imposant mémorial (à Netanya) pour remercier les peuples de l’Union soviétique et l’armée rouge d’avoir mis fin à la Shoah et à la guerre. Israël a tenu à exprimer sa dette de gratitude envers les peuples de l’URSS et cela n’a aucun rapport avec la sympathie ou le dégoût que peut inspirer le Communisme. Il n’existe pas en Israël de mémorial similaire pour les Etats Unis.

On peut aussi rappeler qu’après  la Shoah les Etats Unis ont appliqué un embargo envers le Yishouv durant la guerre de 1947/48 et ont pensé, craignant de ne plus être livrés en pétrole arabe, remettre en question le partage de la Palestine qu’ils avaient voté. Les britanniques plutôt hostiles  au Yishouv favorisèrent l’expansion  de la Transjordanie. Israël doit son salut à l’aide des pays communistes et en particulier de la Tchécoslovaquie qui lui ont fourni des armes dont des pièces d’artillerie lourdes, des blindés et 233 avions Messerschmitt.

VII- Les conséquences sur la guerre de la politique de Pétain

Robert Paxton a parfaitement analysé la réalité de l’action de Pétain et ses responsabilités. Certains français soutiennent cyniquement que la collaboration a permis de ne sacrifier que les juifs étrangers. Cette perspective étroite ne leur permet pas de comprendre que Pétain est aussi responsable de  l’extermination de millions de Juifs et de Russes en offrant aux allemands une plus grande liberté d’action à l’Est. La France a en effet  maintenu le calme à l’Ouest, fourni des armes  à l’Allemagne, de la main d’œuvre et  financé son effort de guerre par le paiement des frais d’occupation qui ont représenté une partie substantielle de son PIB. La France a ainsi participé à faire durer la guerre en alourdissant corrélativement les pertes globales. A titre d’illustration une seule année de guerre a correspondu en moyenne à la mort de 5.4 millions de Russes et 1.2 million de Juifs. La responsabilité de la France dans la Shoah ne peut donc être limitée aux seuls 75 700 juifs déportés de France.

Des nouveaux documents déclassifiés ont conforté  Robert Paxton dans l’idée que la France avait devancé les demandes allemandes concernant son aryanisation, c'est-à-dire l’expropriation des biens juifs, leur expulsion de différentes professions et l’organisation des déportations. L’Allemagne manquait de personnel en France pour y mener sa politique que Pétain  a volontairement compensé. Pétain était convaincu de la présence de beaucoup trop de juifs en France alors que la communauté juive ne comprenait que 330 000 personnes sur une population nationale de 41 millions d’habitants soit 0.8% de la population. Ce jugement qui ignore la réalité ne peut être lié qu’à une haine comparable à celle des nazis. L’ensemble des mesures prises par Pétain en faveur de l’Allemagne avait comme le souligne Robert Paxton, pour but de montrer à l’Allemagne que la France constituait un partenaire digne de faire partie de la nouvelle Europe menée par l’Allemagne. Robert Paxton a rappelé que l’Amiral Darlan pensait que la marine française aurait pu compléter efficacement les forces terrestres allemandes pour former avec l’Allemagne nazie une grande puissance.

La forte personnalité du Général De Gaulle et  la constitution  surtout « symbolique » de la « France Libre » ont permis d’éviter que la France soit considérée comme un des  principaux alliés de l’Allemagne. L’intégration de la France parmi les alliés des Etats Unis pouvait aussi correspondre à leur détermination de reconstituer des nations fortes pour faire face à l’expansion du communisme.

VIII – La judéophobie depuis  1881

En 1880 environ 74% des juifs du monde vivaient en Europe mais à la suite des violents  Pogroms dans l’Empire Russe qui commencèrent en 1881 nombre d’entre eux fuirent principalement aux Etats Unis et en Palestine et la population juive d’Europe n’a plus représenté que  59% des Juifs en 1939. La Shoah, la fuite des survivants, la nouvelle montée de l’antisémitisme ont fait qu’en 2015 l’Europe est devenue selon la terminologie nazie  « Judenrein ou Judenfrei» c'est-à-dire épurée des juifs avec une population juive de seulement 1.37 million de juifs dans toute l’Europe soit 9.6% de la population juive mondiale. Nous assistons en Europe à « un antisémitisme pratiquement sans juifs » avec entre autres l’apport de la culture judéophobique islamiste encouragée par des Gouvernements défavorables à Israël pour maintenir de bonnes relations avec les pays arabes et les communautés musulmanes. L’antisionisme qui est une autre face de l’antisémitisme ne touche pas que les individus mais aussi nombre de gouvernements européens.

En 1905 Arthur Balfour, premier Ministre du Royaume Uni fit voter une loi ouvertement antisémite  que fut l’ « Aliens Act » destinée principalement à empêcher les juifs victimes des Pogroms de se réfugier en Grande Bretagne. Par ailleurs en 1912 Arthur Balfour inaugura le 1er congrès d’Eugénisme qui est une doctrine favorablement considérée par les mouvements racistes et notamment par Hitler. La déclaration d’Arthur Balfour  du 2 Novembre 1917 alors qu’il n’était plus que secrétaire au Foreign Office dans le gouvernement de Lloyd George, sur la création d’un foyer juif en Palestine avait des visées favorables à la  politique extérieure du Royaume Uni dont l’une d’entre elles « pouvait être » d’éloigner les Juifs comme en 1905.

La race supérieure Aryenne fut un concept créé par le français Arthur de Gobineau et introduit en Allemagne par Ludwig Schemann. L'Anglais Houston Stewart Chamberlain écrivit que la race Aryenne de Gobineau était la race allemande. Ses idées furent adoptées par Hitler dans "Mein Kampf" en 1925 et allaient dans le sens de sa croyance en des races inférieures, délétères  et exterminables. On aboutit ainsi aux lois anti-juives de 1935 qui entrainèrent la fuite des Juifs allemands puis celle des juifs autrichiens après l’Anschluss au point que le Président Roosevelt organisa la « conférence d’Evian » le 16 juillet 1938 pour décider du sort à réserver aux réfugiés juifs. Cette conférence révéla la même lâcheté que celle qui prédomina lors des accords de Munich deux mois plus tard. Trente et un des trente deux pays présents à Evian permirent à Hitler en refusant d’accueillir les réfugiés, de refermer son piège mortel sur les Juifs. Les noms de ces pays en commençant par les plus riches sont les suivants :  Etats Unis, Royaume Uni, France, Canada, Suisse, Suède, Belgique, Pays Bas, Danemark, Norvège, Australie, Nouvelle Zélande, Irlande,  Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Equateur, Guatemala, Haïti, Honduras, Hongrie, Mexique , Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela.  Seule la petite République Dominicaine accepta de recevoir 100 000 réfugiés et offrit pour cela 110 km2.  Le Royaume-Uni réduisit même substantiellement l'immigration des juifs en Palestine en contradiction avec son mandat et Les États-Unis et le Canada se comportèrent honteusement en 1939 en obligeant le navire St Louis à revenir d’Amérique en Europe avec ses réfugiés juifs allemands. L'attitude indécente de la Grande Bretagne fut aussi illustrée en 1942 par l'interdiction faite au navire Struma d’arriver en Palestine  entrainant ainsi son naufrage avec ses 769 réfugiés. 

La Shoah n’avait donc  pas commencé avec la conférence de Wannsee du 20 Janvier 1942 mais avec le début de l’opération Barbarossa le 22 Juin 1941 qui a permis de commencer la « Shoah par balles » et qui a continué jusqu’à la fin de 1941 et parfois 1942 pour certaines régions. Le nombre de juifs abattus par balles s’éleva à environ 1.4 million soit environ 200 000 tués par mois ce qui est supérieur à la vitesse d’extermination des camps. 

IX-Les alliés avaient connaissance du génocide dès le début (complément aux thèses de Robert Paxton)

La déclassification relativement récente de documents  des services de renseignements américains et britanniques a confirmé qu’au delà des informations portées ouvertement à leur connaissance pendant la guerre, les alliés anglo-saxons avaient connaissance de la Shoah à son début. La philosophie de base qui les a amenés à ne pas en tenir compte c’est à notre avis  le mépris issu de la Judéophobie ambiante, le fait que pour eux la sauvegarde les Juifs n’était pas une priorité stratégique  et l’idée très superficielle qu’en battant l’Allemagne d’abord l’extermination des juifs s’arrêterait sans prendre en compte le fait que les juifs pouvait être exterminés en totalité avant la victoire sur l’Allemagne. Ce raisonnement cynique des alliés a en effet permis aux allemands de pouvoir exterminer environ 64% de la population Juive Européenne.

Les services secrets britanniques purent déchiffrer les messages codés allemands avec la machine Enigma grâce aux mathématiciens polonais et ainsi les Britanniques furent informés de l'extermination réalisée par les Einsatzgruppen au début de la Shoah. Par la suite ils interceptèrent des  messages contenant des statistiques d'extermination envoyés de Dachau, Buchenwald, Auschwitz et de sept autres camps.  Parmi les documents déchiffrés on doit noter le mémorandum de la conversation entre Hitler et le Grand Mufti de Jérusalem du 28 Novembre 1941. Hitler y expliquait que le but de l'Allemagne était l'extermination des Juifs en Europe et il utilisa pour cela le mot allemand "Vernichtung" (destruction) qui est sans ambigüité.

Aux États-Unis, les services de renseignement étaient le COI qui était informé des meurtres de masse depuis août 1941,  puis l'OSS à partir de 1942 (qui devint la CIA après la guerre). Abraham Duker et Charles Irving Dwork tous deux membres de l'OSS firent un dossier sur la Shoah à mesure de son exécution. Ce dossier appelé "Duker-Dwork Collection" fait partie des Archives des États-Unis. Duker et Dwork furent choqués par le manque d'intérêt de l'OSS pour la Shoah, « mais étant tous deux Juifs, ils craignaient d'être accusés par l’OSS de porter aux Juifs une trop grande attention. » Au début d'août 1942, Gerhart Riegner représentant du Congrès juif mondial à Genève, envoya par câble aux gouvernements britannique et américain des informations sur la Shoah suivies par un rapport de 30 pages. Une enquête fut demandée sur ce rapport par Sumner Welles conseiller du président Roosevelt, qui confirma l'exactitude du rapport. Une conférence de presse sur la Shoah eut lieu à Washington en Novembre 1942. « La presse occidentale n’y montra aucun intérêt ». Robert Borden Rams membre du Département d'État se plaignit que cette conférence de presse fut préjudiciable à la cible principale : la "Victoire sur l'Allemagne". En Octobre 1942 Jan Karski un résistant polonais travaillant pour le gouvernement polonais en exil à Londres, recueillit des informations sur l'extermination des juifs en Pologne afin de les transmettre aux alliés occidentaux. En 1943, il transmit l'information à de nombreuses personnalités au Royaume-Uni et au États-Unis et en particulier au ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden, puis  directement au président Roosevelt qu’il rencontra.