SOCIETY FOR THE PROMOTION OF A EUROPEAN HUMAN RIGHTS MODEL
30 AVRIL 2004: Des idées en avance
V- QUELQUES SUGGESTIONS
1-ETAT DES LIEUX
Les citoyens de la République d’Athènes exprimaient directement leurs doléances et avaient le temps de le faire. C’était la démocratie idéale. On a souvent dit que cela était possible parce que les esclaves assuraient la production.
Depuis le XIXe siècle la production bénéficie d’une automatisation en croissance grandissante conjuguée a une très forte augmentation de la productivité, au point que la présence humaine est devenue négligeable dans de nombreuses unités de production. Cette évolution peut créer la réplique moderne et humaine des esclaves de la République d’Athènes. Pourtant les individus n’ont pas bénéficié d’une réduction du temps de travail proportionnelle à l’accroissement de l’automatisation et de la productivité. En fait l’automatisation n’est pas simplement conjuguée à l’accroissement de la productivité, mais ne vise qu’à l’amplifier par la réduction des coûts du personnel sans considération humaine. Un temps de travail figé et combiné à une plus grande productivité, reflète la prédominance économique sur le bien-être humain.
La séparation entre macro et micro-économie a faussé la mesure du profit. L’accroissement du profit a un caractère fictif pour une grande part lorsqu’il est fondé sur la réduction de l’emploi. Dans ce cas, les économies sont faites par transfert comptable de charges de l’entreprise sur l’ensemble des autres individus y compris les entreprises elles-mêmes pour une part qu’elles veulent limiter bien qu’elles soient à l’origine de ces charges. Au plan macro-économique le profit des réductions d’emplois est limité à la baisse du revenu des salariés au chômage ou retraités par anticipation, augmenté du coût de la gestion du chômage (ASSEDIC, ANPE, Organismes de Formation). Il n’y a donc pas véritablement création globale de richesses et le profit ainsi obtenu est fictif pour la nation.
Alors que le Libéralisme a horreur de l’Etat, cette doctrine demande de plus en plus d’Etat pour créer la flexibilité sur laquelle elle est fondée. Ainsi aux USA, la « Federal Reserve», a dû intervenir pour sauver des Banques de première importance, ruinées par leurs spéculations souterraines dans les « Hedge Funds ». La possibilité d’amortir sur d’interminables périodes des créances sans espoir est une autre forme de soutien des Etats libéraux à leurs Entreprises et en particulier à leurs Banques. Le Libéralisme fait des concessions à ses entreprises, mais pas aux individus, ainsi que nous l’avons constaté pendant 30 ans.
De plus en raison de cette navigation à vue, beaucoup de Capitaines d’Industrie ou plutôt de Capitaines du Libéralisme, ont recours aux Banques pour maintenir leurs actifs au prix de lourdes charges financières qui réduisent le profit et encouragent les licenciements.
· Que ce soit par de nouveaux investissements qui accroissent la productivité et permettent de réduire l’emploi ou,
· pour compenser une augmentation de charges,
La solution issue de la pensée unique est toujours la réduction des coûts de Personnel.
2-SUGGESTIONS
a) Détermination du bien-être matériel
Déterminer la nature du bien-être, permet de donner à l’économie une mission, afin que ce ne soit pas celle-ci qui nous en donne une. Cette mission étant fixée, on pourra plus facilement dégager du temps que les individus pourront consacrer à la bonne marche de la Démocratie.
· Habitat: L’habitat est un droit de base de l’individu et son acquisition doit être à la portée de tous. Il ne peut être une source de spéculation. La montée des prix implique une plus grande dépendance des individus et de leur temps vis-à-vis de l’économie.
· Biens de consommations, écologie: La création artificielle de besoins vise à maintenir un niveau élevé de la demande génératrice de profits et par suite de production, elle-même consommatrice du temps des individus. Cette conception consumériste crée de plus des déchets néfastes à l’environnement.
· Transports: L’amélioration des transports fait gagner du temps aux individus, utile à leur épanouissement, toutefois une politique de l’habitat qui permet d’être proches des centres d’activités est aussi importante. Les transports sont faits pour faciliter les échanges (biens et personnes) et favoriser l’environnement et non pas pour compenser une politique inadéquate de l’habitat.
· Energie: Un processus économique moins envahissant permettrait une moindre consommation.
· Santé et retraite: La couverture médicale est peut être chère parce la société n’est pas adaptée aux besoins individuels. La domination de l’économie sur la démocratie génère de la tension (productivité, défense de l’emploi, concurrence entre les personnes) et de la sédentarité (spécialisation des tâches, simplification des gestes de production). Cette situation provoque des problèmes de santé directs et indirects que la consommation de médicaments et l’absentéisme compensent mal. Il serait utile d’en chiffrer le coût. Nous avons souligné l’âge tardif du départ à la retraite (60 ans) qui revient à consacrer trop de temps au processus économique. Les valeurs prioritaires de la société devraient être mieux définies et leur respect requiert un esprit particulièrement innovant.
· Productivité et réduction du temps de travail: Aux USA, le PIB par habitant est supérieur de 44.6% a celui de la France, mais le PIB par personne active n’est supérieur que de 25.8%. On peut supposer qu’il y a effectivement une corrélation entre la répartition de la production sur un plus grand nombre et la réduction du chômage. En effet, en 2004 le taux de chômage devrait se rapprocher de 5% aux USA et de 10%, en France. La concurrence asiatique qui permet de justifier des licenciements en France, existe aussi aux USA. Si la répartition de la production sur une plus large part de la population active permet de réduire le chômage, elle devrait aussi permettre de réduire le temps de travail, et en particulier dans une société moins consumériste.
Le progrès est fonction de la « Recherche et Développement » et non pas du couple « profit – licenciements ». Un meilleur sens de la solidarité et de la démocratie couplé à une meilleure productivité mènent naturellement à la réduction du temps de travail nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie.
b) Pensée Unique
Un système de pensée unique paraît dominer l’ensemble des instances dirigeantes des organismes des pays démocratiques (Etat, services publiques, organisations diverses, entreprises, Banques), et représente un sérieux blocage de la démocratie. La pensée, l’éducation, le règne du conventionnel, la prédominance de l’établi, fige la création, l’ambition créative et appliquent toujours aux mêmes problèmes les mêmes méthodes de résolution. Les décisionnaires formés dans les mêmes milieux et dans les mêmes écoles se réfèrent au même système de pensée. La pensée unique engendre le même individu que l’on retrouve partout aux principaux postes. L’esprit innovant nécessaire au progrès nécessite la rencontre de flux de pensées de natures diverses et d’origines multiples.
c) Moralisation de la Société
Un interventionnisme intelligent couplé à une moralisation des entreprises, des Banques et des Organismes sociaux pourrait permettre une réconciliation entre les aspirations individuelles et démocratiques, et l’économie.
Une convention éthique et civique devrait être appliquée pour atteindre les objectifs suivants :
-Emploi: recrutement, réduction des licenciements
-Solidarité : réduction du temps de travail
-Recherche et développement : nouveaux produits, meilleure productivité,
-Réduction de la consommation énergétique
-Augmentation de la valeur ajoutée
-Respect de l’environnement.
-Critères de décision : prédominance du long terme sur le court terme, de la macro- économie sur la micro-économie, du bien être social sur le profit, du renouvellement des équipements sur la distribution de profit.
Le non-respect de telles règles ont amenés des entreprises diversifiées et solides à être mises en pièces en vue d’accroître le profit à court terme. Le prix en a été leur fragilisation.
A propos du chantage à la délocalisation :
Le chantage à la délocalisation est devenu très courant. Ils s’appliquent aux individus ou à l’Etat, pour tenter d’obtenir de l’argent des salariés en leur faisant accepter des moindres rémunérations ou de ne pas respecter la Loi (en particulier pour les 35 heures). Ces entreprises montrent à cette occasion qu’elles ont un état d’esprit délinquant, et que leur intérêt s’oppose à l’intérêt collectif ; ces entreprises ne sont pas du tout des démocraties bien qu’elles constituent le véritable cadre de vie des citoyens.
Il est pourtant facile de les mettre sur le droit chemin, car si elles veulent produire dans les pays à faible protection sociale, elles veulent cependant vendre dans les riches pays démocratiques. C’est encore une fois une illustration de la contradiction entre la micro et macro-économie. Il est paradoxal de vouloir bénéficier de vouloir bénéficier du pouvoir d’achat d’individus « au plan de la vente », que l’on veut réduire « au plan de la production ».
Si chaque pays démocratique interdisait la consommation des produits de ces entreprises, ce type de chantage s’arrêterait et les délocalisations se réduiraient.
· moralisation des Banques: En matière de pensée unique, le monde bancaire est une caricature du monde industriel. Les réactions de caste sont fréquentes et la rigidité rassure car on l’associe à la prudence. Cette pensée unique et moutonnière apparaît dans les opérations de financement de projets où tout le monde se retrouve, car cette présence collective semble apporter réconfort et disculpation potentielle pour les mauvaises décisions. L’épargne est souvent dirigée vers les mêmes pôles. On préfère pousser les mêmes entreprises (qui ont une Histoire, mais pas nécessairement un Futur) au surendettement pour augmenter l’activité bancaire. L’initiative et la créativité ne sont ni comprises, ni désirées car elles sont synonymes d’Aventure. Le comble dans ce domaine a été atteint par la création des « LBO » (« Leveraged Buy Out »), encouragés par les Banques pour faire du chiffre et dont la finalité est de transformer des sociétés peu endettées en sociétés surendettées (rachat d’une entreprise saine par une autre surendettée, puis fusion des deux). Le secteur bancaire est un haut lieu du conservatisme et pourtant le rôle des banques est essentiel dans le financement des équipements qui apporteraient la haute productivité nécessaire à l’amélioration de la qualité de la vie des individus.
· moralisation des Organismes Sociaux: Le droit à la solidarité en matière de santé et à la retraite sont une priorité sociale qui impose une conduite équitable et morale. On doit partir des droits des individus et résoudre les contraintes matérielles pour y répondre et non pas l’inverse qui est inique.
Récemment les allocations de nombreux chômeurs ont été arbitrairement supprimées en France; ceci a révélé plusieurs aspects significatifs et graves :
1. Des organismes « dits représentatifs » ont pratiqué une rupture abusive de contrat, sans qu’aucune autorité morale ne les en empêche. Les premières décisions de Justice confirment l’aspect illégal de cette action, en conformité avec le bon sens.
2. Ces Organismes ont mis et vont mettre abruptement fin aux moyens de subsistance de centaines de milliers d’individus en France (400 000), sans qu’aucune autorité morale ne les en empêche, à l’instar de certains pays émergents et non démocratiques.
3. Par cette action et à notre avis, ces Organismes portent atteinte à l’ordre public. Si les victimes n’avaient pas été plus mûres que leurs représentants, en prenant le temps, malgré leurs difficultés économiques, de faire appel aux tribunaux, on aurait pu craindre des troubles sociaux.
4. Les autres Organismes représentatifs qui n’ont pas soutenu cette action, n’ont pas entrepris d’action de protestation massive.
5. Les victimes de cette politique ont dû se débrouiller seules.
6. Les responsables de ces décisions continuent à menacer l’ensemble des travailleurs privés d’emploi, d’autres sanctions, sans qu’aucune autorité morale ne les en empêche.
On a beaucoup évoqué le « Droit « au » Travail », mais il est humainement réducteur, il faut lui préférer le « Droit à la Subsistance » afin qu’il n’y ait plus d’équivoques.
c) Sécurité
La précarité remplacée par la solidarité, l’amélioration de la qualité du système éducatif et le ralentissement du consumérisme devraient réduire l’insécurité.
d) Accroissement du rôle de l’Etat
Dans une réelle démocratie vécue au quotidien par l’ensemble des individus et dont les instances sont fortement représentatives, l’Etat qui en est l’émanation doit jouer un rôle fort au quotidien pour assurer le bon fonctionnement de la démocratie. L’Etat doit avoir un rôle interventionniste intelligent et direct lorsque cela est nécessaire. Il doit être le garant de la morale à tous les niveaux de la Société.
Evidemment, l’Etat doit donner l’exemple en évitant le gaspillage des fonds publics. On pourrait ainsi avant de prendre des mesures contre les assurés sociaux, considérer le montant de l’économie que représenterait la suppression du Sénat. Depuis que la chambre des députés a le « droit de dernier mot », on peut s’étonner que le Sénat ait été maintenu. Sa seule fonction semble être de faire des suggestions « conservatrices » sur les projets de Loi. Nous n’avons ni les moyens, ni le besoin en tant que République de nous payer une Chambre des Lords.
L’Etat doit intervenir directement dans l’économie et ne pas abandonner l’intérêt collectif aux entreprises. Les erreurs des capitaines d’industrie ou de banques quand elles se corrigent mécaniquement engendrent des dégâts sociaux importants. L’Etat doit être le garant du bien-être des individus, et de la stabilité économique et sociale et de toutes les valeurs morales qui ne s’accordent pas avec les systèmes économiques mécanistes.
L’Etat doit s’assurer que toutes les décisions prises par des Organismes dits représentatifs, sont légales, équitables et morales.
VI – CONCLUSION
Les citoyens devraient vivre et ressentir au quotidien la réalité de la démocratie. En fait, les individus ne vivent ni dans la démocratie, ni la démocratie, mais dans des microsociétés de forme féodale ou militaire engendrées par un système au service de l’économie. L’Economie est au service de la Nation et non l’inverse.
Une pensée unique maintient ce type d’organisation car elle ne peut en concevoir d’autres et la faible part laissée à l’expression des individus se situe dans un cadre qui n’offre pas de véritables alternatives. Les citoyens abandonnent leurs droits à des représentants et sont rarement appelés à jouer ce rôle légitime. Il a même été dit récemment à un très haut niveau de l’Etat que la politique était un « métier ». Cette conception, contestable, écarte la plupart des individus de la gestion de la nation qu’ils forment.
L’Entreprise qui ne perçoit que des réalités éphémères avec une perspective limitée et qui n’a pas la responsabilité de l’avenir de la Nation, s’impose au monde de l’Education. Celui-ci se détourne de sa vocation d’enseignement des savoirs universels qui garantiraient pourtant l’emploi à long terme.
Le problème de l’emploi repose aussi sur le choix d’une société plus solidaire, plus éthique, plus morale et plus civique. Les banques et entreprises doivent être moralisées et l’Etat doit veiller à ce que l’intérêt à long terme de chacun soit respecté. Un système qui s’autorégulerait de façon libérale en provoquant des dégâts sociaux n’est pas moral.
L’Etat doit aussi veiller à ce que les classes dites dominantes au plan économique et qui ne le sont ni par la profondeur de leur savoir, de leur morale et de leur intelligence (pas de vue à long terme) ne prennent pas de mesures qui pourraient troubler l’ordre public. Cette situation a été illustrée récemment par des décisions prises contre des citoyens vulnérables (chômeurs) qui ont été réduits à faire appel aux tribunaux et non aux élus qui semblent s’en être détournés, et par les salariés victimes du chantage à la délocalisation.
L’Etat peut très facilement mettre un terme à ces tentatives de troubles à l’ordre public.
La loi sur la semaine de 35 heures est un exemple de ce que l’Etat peut faire en faveur des individus, mais est révélatrice de la culpabilité ou de la frayeur inspirée par la pensée unique ; ainsi ses créateurs n’ont fait valoir que son intérêt économique pour l’emploi, sans suffisamment souligner son apport prioritaire pour la qualité de la vie et pour la démocratie.
Si l’on cessait de parler de temps de travail et si l’on pensait en termes de temps relatif au travail, on comprendrait immédiatement pourquoi la réalité démocratique a si peu de place dans la vie des citoyens des pays démocratiques et les solutions à ce malaise seraient plus apparentes :
La vie démocratique mérite plus de temps qu’il faut gagner sur le temps de production.
Les Sciences et technologies sont une source de progrès et de meilleure productivité qui permettrait de réduire encore le temps de travail, c’est-à-dire le temps passé dans des entreprises qui ne sont ni un lieu démocratique, ni une fin, mais seulement un moyen. Ainsi plus de citoyens pourraient participer de façon plus active, à la vie démocratique, et peut-être aux dépens de ceux qui en font un métier.
Une nouvelle société peut sembler être un défi hors de portée. Ce défi n’est réalisable que si l’on sort de la pensée unique pour aller vers une pensée multiple, ouverte, créative et innovante. Cette pensée réside dans l’expression de notre diversité hors des limites habituellement convenues et dans l’enseignement de valeurs universelles et plus durables que les réflexes de l’économie. Cette pensée ouverte est à la base des grandes découvertes et du progrès.
L’appartenance à l’Union Européenne n’est pas nécessairement un obstacle à un libre choix de société. L’ensemble des citoyens européens peut souhaiter évoluer dans une voie ouverte par l’un de ses membres. L’Union Européenne a aussi été fondée sur des valeurs humanistes qui incluent solidarité, et ambition en matière de savoirs. Une croissance durable fondée sur le savoir, l’amélioration quantitative et qualitative de l’emploi dans une plus grande cohésion sociale est un défi que l’Union Européenne s’est elle-même lancée en mars 2000.
Didier BERTIN