UE Démographie & implosion

LA STRATEGIE DEMOGRAPHIQUE DE L'UNION EUROPEENNE A L'ORIGINE DE SA PROBABLE IMPLOSION

Didier Bertin - 10 février 2016

 

En plus de la politique libérale et du contrôle budgétaire, imposés aux États membres, l'Union Européenne (UE) voudrait aussi leur suggérer une stratégie démographique incluant une forte immigration à long terme en mettant au second rang leur identité nationale et leurs valeurs humanitaires universelles apportées au monde (cas particulier de la France). Ces considérations ont été exprimées par le Conseil de Justice et des Affaires intérieures (Conseil JAI) et ont sans doute inspiré la politique démographique suggérée par Eurostat à l'horizon 2060. L'objectif sous-jacent est sans doute de conserver une taille analogue en nombre d'habitants avec les États Unis (USA) en 2060 mais en menant une politique relativement similaire à celle de ce pays. Alors que l'UE n'a normalement pas de pouvoirs particuliers en matière d'immigration et de modèle d'intégration la remise en cause de l'identité nationale des États membres et les troubles qu'elle peut entraîner, ne pourraient qu'apporter de l'eau au moulin des Eurosceptiques et des extrémistes populistes qui entraîneraient  l'implosion de l'UE.

EUROSTAT ET LE CONSEIL JAI (Justice et affaires intérieures)

Eurostat a établi des statistiques sur la période 2010-2060 qui suggèrent une politique démographique très particulière qui affaiblit la concept de nation dans l'UE. L'UE n'est pas une nation à la différence des USA mais une union de nations et on ne créé pas une nouvelle nation en détériorant celles qui la composent.

La ligne conductrice de l'UE pourrait être l'obsession de rester démographiquement comparable aux États-Unis à long terme. Les statistiques d'Eurostat et les considérations du Conseil JAI présentées par Michèle Tribalat (INED -Institut national d'études démographiques) lors d'un Colloque en 2014 parlent d'elles-mêmes. La situation démographique en 2010 impliquerait sans immigration selon Eurostat, la perte progressive de 70 483 000 d'Européens d'ici 2060. La seule solution envisagée pour maintenir en 2060 le niveau de population est la venue de  86 379 000 migrants extérieurs à l'UE.

Cette nouvelle population équivalente à celle de l'Allemagne d'aujourd'hui entrainerait un changement substantiel de l'identité européenne dont les autorités ne paraissent pas se soucier ainsi que cela est reflétée par les positions prises par le Conseil JAI et par Eurostat.

Les chiffres globaux sont accompagnés de l'analyse détaillée de 10 États qui constituent 80% de la population des 27 États membres en 2010 (la Croatie est devenue membre de l'UE en 2013 et ne compte que 4.3 millions d'habitants).

PROJECTIONS EUROSTAT 2010 - 2060 (en milliers)

Scénario convergence sans migration

 

2010

2060

Variation

           .%

 

UE 27

501 044

430 361

-70 483

-14,1

Allemagne

81 743

58 087

-23 655

-28,9

Italie

60 340

45 074

-15 267

-25,3

Portugal

10 638

8 081

-2 556

-24

Roumanie

21 462

16 682

-4 780

-22,3

Autriche

8 375

6 563

-1 812

-21,2

Pologne

38 167

31 581

-6 586

-17,3

Espagne

45 989

37 583

-8 406

-18,3

Suède

9 341

9 331

-10

-0,1

Royaume Uni

62 008

63 745

1 737

2,8

France

64 714

68 156

3 442

5,3

PROJECTIONS EUROSTAT 2010 - 2060 (en milliers)

Apport démographique de l'immigration

   

%

 

UE 27

86 379

16,7

 

Italie

19 916

30,6

Espagne

14 696

28,1

Autriche

2 305

26

Portugal

2 185

21,3

Royaume Uni

15 180

19,2

Suède

2 195

19

Allemagne

8 273

12,5

France

5 568

7,6

Roumanie

626

3,6

Pologne

1 129

3,5

PROJECTIONS EUROSTAT 2010 - 2060 (en milliers)

SCENARIO AVEC MIGRATION

 

2010

2060

Variation

           .%

 

UE 27

501 044

516 940

15 896

3,2

Allemagne

81 743

66 360

-15 383

-19,4

Italie

60 340

64 989

4 649

7,7

Portugal

10 638

10 266

-372

-3,5

Roumanie

21 462

17 308

-4 154

-19,4

Autriche

8 375

8 869

493

5,9

Pologne

38 167

32 710

-5 457

-14,3

Espagne

45 989

52 279

6 290

13,7

Suède

9 341

11 525

2 185

23,4

Royaume Uni

62 008

78 925

16 917

27,3

France

64 714

73 724

9 010

13,9

PROJECTIONS EUROSTAT 2010 - 2060 (en milliers)

Population d'âge actif (15-64 ans)

 

2010

2060

Variation %

 MIGRATION

 

SANS

AVEC

SANS

AVEC

UE 27

335 772

231 566

290 577

-31

-13,5

Allemagne

53 878

30 075

36 329

-44,2

-32,6

Italie

39 656

23 239

36 313

-41,4

-8,4

Portugal

7 120

4 225

5 746

-40,7

-19,3

Roumanie

15 004

8 867

9 288

-40,9

-38,1

Autriche

5 654

3 420

5 090

-39,5

-10

Pologne

27 223

16 679

17 471

-38,7

-35,8

Espagne

31 371

19 125

29 171

-39

-7

Suède

6 100

5 145

6 559

-15,7

7.5

Royaume Uni

41 001

35 455

46 025

-13,5

12.3

France

41 967

38 722

42 054

-8,2

0.2

 

Ces statistiques d'EUROSTAT ont pu trouver un support de principe dans les indications du Conseil JAI (constitué des ministres de la Justice et de l'intérieur des États membres) du 19 novembre 2004 qui indiquait notamment les principes suivants :

"L'immigration est une caractéristique permanente de la société européenne. Si le flux d'immigrants est géré correctement et méthodiquement, les États seront gagnants sur de nombreux plans. L'économie sera plus forte et la cohésion sociale et le sentiment de sécurité seront plus grands, sans oublier l'avantage que représente la diversité culturelle. Pris dans leur ensemble et dans tous les États membres, ces avantages contribuent à faire avancer le processus européen et renforcent la position de l'Union Européenne dans le monde. Dès lors la gestion efficace des migrations par chaque État est dans l'intérêt de tous." 

Le Conseil JAI qui résume naïvement les problèmes de l'immigration quelque soit son ampleur à une question de gestion va encore plus loin dans l'œuvre de délitement des identités nationales européennes :

"L'intégration est un processus à double sens d'acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des États membres.

Les échanges fréquents entre immigrants et citoyens des États membres sont un mécanisme fondamental de l'intégration. L'organisation de forums communs, d'un dialogue interculturels, de cours sur les immigrants et leurs cultures, ainsi que l'amélioration des conditions de vie en milieu urbain favorisent les échanges entre immigrants et citoyens européens.

La pratique de cultures et de religions différentes est garantie par la chartre des droits fondamentaux et doit être sauvegardée, à moins qu'elle soit contraire à d'autres droits européens inaliénables ou à la loi nationale."

Le point de vue qui ressort des prises de position du Conseil JAI et des statistiques d'Eurostat en harmonie avec ces positions, soulignent un choix pour le mélange des cultures des immigrés et avec celles des européens. Le modèle européen n'est donc plus qu'une référence parmi celles des modèles des différentes populations immigrées. La voie choisie est celle du multiculturalisme et du délitement des civilisations autochtones dont la limite ne serait plus que la Chartre des Droits Fondamentaux de l'UE. Le fait d'affirmer que la migration renforcerait le sentiment de sécurité des européens est un argument qui a été démenti au plus haut point en 2015.

Le modèle humaniste exemplaire de la République française, les droits de l'Homme et de la Femme et la démocratie pourraient être fragilisés par le fait que les culture des peuples immigrés soient mises au même rang que celles des pays d'accueil; la voie serait alors ouverte pour considérer que la référence à la Chartre des droits fondamentaux qui serait une garantie pour les européens pourrait alors être considérée comme discriminatoire à l'égard des usages qui forment les cultures des  migrants.

De plus l'expérience montre que la Chartre des droits fondamentaux n'est pas réellement appliquée parce que l'UE l'a souvent trahie :

1-L'UE a exempté le Royaume Uni et la Pologne de l'application de cette Chartre qui devrait être une condition à l'entrée dans l'UE

2-L'UE n'est pas intervenue pour empêcher la Hongrie et aujourd'hui la Pologne de devenir des dictatures.

3-L'UE tend à ne prendre en considération les défaillances au respect de la Chartre que si celles-ci lui sont rapportées par les autorités judiciaires locales qui sont souvent contrôlées par des États membres qui ne la respectent pas.

En matière démographique d'autres mesures auraient pu être envisagées comme des investissements permettant de faire face à une réduction de la population active ou des mesures de politique familiale pour encourager les naissances en Europe.  L'immigration semble une obsession pour maintenir la population à hauteur probablement de celle des USA en 2060 sans tenir compte du fait que l'équilibre des pouvoirs repose d'abord sur le PNB global et par habitant et sur la volonté d'appliquer une politique différenciée.

L'appel à l'immigration est une solution honorable à condition que les migrants s'intègrent aux modèles culturels existants des pays d'accueil.  On a pu voir que la tradition de longue date d'accueil de migrants en France qui repose sur le principe de l'intégration et s'oppose au communautarisme, est à présent mise en cause par le refus d'une partie de la nouvelle génération de la dernière vague d'immigrants d'accepter son modèle Républicain et laïque ; ainsi aujourd'hui la France est obligée de vivre sous le régime de l'état d'urgence pour une période indéterminée compte tenu de son pouvoir de dissuasion à l'égard des actions violentes extrémistes des radicaux.

PROBLEME LIE AUX SOURCES DE L'IMMIGATION ET AU POIDS DES CULTURES QUI REJETTENT CELLES DES PAYS D'ACCUEIL

La montée de l'islamisme dans de nombreux pays arabes est fondée sur une lecture stricte du texte fondateur de l'Islam dont les valeurs sont en opposition frontale avec celles de l'occident à savoir la démocratie et les droits de l'Homme et de la Femme qui sont indissociables et la tolérance de l'altérité notamment en ce qui concerne les juifs et les chrétiens.

Une large partie des musulmans se sont accommodés d'une lecture distante du texte fondateur plus en accord avec la réalité, le développement économique et la recherche du bien-être mais cela leur vaut l'hostilité des mouvements radicaux salafistes et wahhabites en ce qui concerne le sunnisme et de l'islamisme fondamentaliste iranien depuis 1979 en ce qui concerne le chiisme.

La propagande financée par des mouvements et pays arabes "radicaux" et l'Iran caricaturant les conflits au moyen Orient et transmise par Internet et les paraboles a convaincu une partie des nouvelles générations musulmanes en recherche d'identité de retourner dans le passé c'est à dire à la lecture stricte du texte fondateur et à se faire prendre au piège des théories fantasmagoriques des complots qui remettent en cause pour eux l'intérêt de l'intégration en tant qu'ascenseur social.

Les guerres de conquête menées par les islamistes radicaux dans les pays musulmans (du moyen Orient à l'Afrique) entraînent actuellement une migration continue et de masse des populations ne partageant leur point de vue ou fuyant la guerre vers l'UE. Les USA et la Russie sont à la tête de la lutte à la source contre les mouvements radicaux pour résoudre le problème alors que l'UE n'a qu'un rôle négligeable principalement joué par la France. Cette lutte entraine aussi une migration que l'on peut espérer être temporaire des populations utilisées comme bouclier par les radicaux.

Les difficultés de la France dans l'intégration des derniers migrants montrent que la bonne gestion ne résout pas tout contrairement aux allégations du Conseil JAI.

Le cas de la France est significatif car elle abrite la plus grande population musulmane de l'UE. La difficulté d'intégrer complètement une partie de cette population et en particulier une partie de sa nouvelle génération est illustrée par la documentation contenue dans le livre "Les territoires perdus de la République" de 2002 et dans sa postface de 2015.

Ce livre révèle que depuis les années 1990, une radicalisation d'une partie de la population musulmane s'est progressivement élevée contre les valeurs de la République au sein même de l'endroit où elles sont enseignées : "l'École publique".  L'enseignement des valeurs de la République est contesté au nom de celles de l'Islam, les professeurs perdent leur autorité et ne sont pas soutenus par une hiérarchie qui mène une politique de "déni". La Judéophobie qui fait souvent partie de la culture musulmane est instituée dans les écoles où les élèves musulmans sont en grand nombre au point que des que l'on recommande aux familles juives de se tourner vers l'enseignement privé pour la sécurité de leurs enfants. Toutefois cette sécurité reste incertaine dans les rues des quartiers difficiles et dans les lieux identifiés comme juifs. Les juifs ne représentent pourtant que 0.7% de la population française ce qui reflète une absence plus qu'une présence et l'hostilité envers eux repose sur des préjugés rémanents même en leur totale absence comme dans les pays de l'Est de l'Europe. L'antisémitisme (autre appellation de la Judéophobie) est devenu en Europe la mesure des lacunes en matière d'éthique, d'éducation et d'un déséquilibre psychologique collectif.

La difficulté d'intégration d'une partie de la population musulmane est aussi reflétée par des chiffres qui sont toutefois "incertains" puisqu'il n'existe pas en France de statistiques selon l'origine ethnique ou religieuse.

Le nombre de musulmans en France serait de l'ordre de 4.7 millions en 2008 selon Michèle Tribalat et entre 5 et 10 millions selon Claude Guéant en 2010 alors ministre de l'intérieur. Le Washington Post indiquait le 29 avril 2008 que les musulmans représenteraient moins de 12% de la population nationale avec une surreprésentation de l'ordre de 60% dans le système carcéral (chiffre repris par le Figaro en 2014).

Ce chiffre semble corroborer la violence soulignée dans les "Territoires perdus de la République" et par le fait qu'il est à présent souvent reporté que les prisons françaises seraient un centre de recrutement idéal pour le Djihadisme.

La France se bat à présent pour conserver ses valeurs républicaines et cela lui vaut l'hostilité de certains pays musulmans et d'une partie de sa propre population musulmane ; la participation militaire de la France à la lutte contre le radicalisme en Afrique et au moyen Orient a fait d'elle un objectif des terroristes qui ne visent plus que les juifs mais l'ensemble de la population française comme on l'a vu en 2015.

 Quelque soit la bonne volonté de certains leaders musulmans les informations qui circulent par internet et par les paraboles favorisent l'action de ce qu'il est convenu d'appeler "les loups solitaires" qui sont totalement incontrôlables. Les forces de l'ordre ont peut être besoin d'un plus large soutien pour assurer la sécurité de la population française dont l'une des clefs pourrait être le retour à la conscription puisqu'il s'agit de défendre les valeurs de la République sur le territoire français.

Conséquences politiques en Europe

Le radicalisme islamiste est un couteau à double tranchant : par lui-même et par le succès qu'en tirent les partis fascistes et racistes en UE comme  le DVU et NPD (Allemagne), le FPO (Autriche), le Vlaams Belang (Belgique), le DF (Danemark),le  FN (1er parti de France aux élections européenne de 2014), le Fidesz et le Jobbik (Hongrie) et en Pologne le PIS qui prend à présent l'allure d'un parti extrémiste....

 

CONCLUSION

La politique européenne en matière de démographie, d'immigration et d'intégration ne peut être livrée aux dérives des pensées simplistes de l'UE mais doit rester le domaine réservé de chaque État membre sous peine d'une dislocation rapide de l'UE. Il serait opportun de considérer qu'en matière d'immigration le monde est en majorité composé de populations qui ne véhiculent pas une pensée radicale mais une simple aspiration au bien-être.